Economie

Gabon : 20 milliards sans preneurs

Libreville, Jeudi 18 Juin 2026 (Infos Gabon) – Alors que le chômage des jeunes demeure l’un des défis les plus sensibles du Gabon, une révélation du président Brice Clotaire Oligui Nguema lors de son discours sur l’état de la Nation a provoqué un véritable électrochoc.

Sur les 20 milliards de francs CFA mobilisés par l’État pour soutenir l’entrepreneuriat et l’initiative privée, notamment à travers la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), seulement 8 % des financements disponibles ont été sollicités.

Ce chiffre dépasse le simple constat statistique. Il révèle un paradoxe économique profond. Comment expliquer qu’au moment où une partie de la jeunesse réclame davantage d’opportunités professionnelles, des ressources financières aussi importantes restent largement inutilisées ? Pourquoi des fonds publics spécialement destinés à accompagner la création d’activités peinent-ils à trouver leurs bénéficiaires ? Derrière cette situation se cache sans doute l’un des défis les plus complexes de la transformation économique gabonaise.

L’argent existe, la demande n’est pas au rendez-vous

Dans la plupart des économies africaines, l’accès au financement constitue l’obstacle principal cité par les jeunes entrepreneurs. Au Gabon, le constat présenté par les autorités semble inverser cette logique. Les financements sont disponibles. Les mécanismes ont été créés. Les ressources ont été sécurisées. Pourtant, les demandes restent marginales.

Pour le chef de l’État, cette situation traduit un désintéressement préoccupant pour l’entrepreneuriat. Une analyse qui soulève néanmoins plusieurs interrogations. Car si les jeunes ne se précipitent pas vers ces dispositifs, est-ce uniquement par manque de culture entrepreneuriale ? Ou faut-il également examiner la perception qu’ils ont de ces mécanismes ?

L’expérience internationale montre que la disponibilité du crédit ne suffit jamais à créer une dynamique entrepreneuriale. Encore faut-il que les porteurs de projets maîtrisent les outils de gestion, sachent construire un modèle économique crédible, comprennent les exigences administratives et aient confiance dans leur capacité à réussir.

Or, dans de nombreux pays, le passage de l’idée au projet structuré constitue souvent le maillon faible de l’écosystème entrepreneurial.

Le révélateur d’un problème plus profond

Le président de la République a également mis en lumière une autre réalité, plus préoccupante encore. L’exemple d’un bénéficiaire ayant obtenu un crédit agricole de 60 millions de francs CFA avant de consacrer ces fonds à l’acquisition d’un véhicule de prestige plutôt qu’au développement de son exploitation illustre les limites du système actuel.

Au-delà de l’anecdote, ce cas révèle une question fondamentale. Les dispositifs de financement sont-ils suffisamment accompagnés et contrôlés ? Dans les économies où les programmes publics de soutien aux entrepreneurs produisent des résultats durables, le financement n’est qu’une partie de la solution. Il est généralement complété par des mécanismes de mentorat, de suivi technique, d’accompagnement comptable et d’évaluation régulière.

Le risque est simple. Sans encadrement rigoureux, les crédits destinés à créer de la richesse peuvent rapidement devenir des instruments de consommation immédiate. Cette situation fragilise non seulement les bénéficiaires mais également la crédibilité des politiques publiques destinées à soutenir l’entrepreneuriat.

Une génération à convaincre

L’enjeu dépasse désormais la seule question du financement. Le véritable défi consiste à comprendre pourquoi une grande partie de la jeunesse ne considère pas encore l’entrepreneuriat comme une voie d’avenir. Le système éducatif prépare-t-il suffisamment les jeunes à créer des entreprises ? Les programmes d’accompagnement sont-ils suffisamment visibles ? Les procédures sont-elles adaptées à la réalité des porteurs de projets ? Les success stories entrepreneuriales sont-elles suffisamment valorisées pour inspirer une nouvelle génération ?

Autant de questions qui méritent aujourd’hui des réponses concrètes. Le gouvernement affirme vouloir renforcer les formations, simplifier les démarches administratives et améliorer l’accompagnement des bénéficiaires. Cette orientation apparaît indispensable. Car la diversification économique du Gabon ne pourra reposer exclusivement sur l’investissement public ou les grands projets industriels. Elle dépendra aussi de la capacité à faire émerger un tissu d’entreprises locales capables de créer de l’emploi, d’innover et de produire de la valeur.

Le chiffre de 8 % ne raconte donc pas seulement l’histoire de fonds inutilisés. Il révèle l’existence d’un fossé entre les ambitions publiques et les réalités sociales. L’État a ouvert la porte du financement. Reste désormais à comprendre pourquoi la majorité des jeunes hésite encore à la franchir.

Car la véritable question n’est plus de savoir si les ressources existent. Elles existent. La question est de savoir comment transformer ces ressources en confiance, cette confiance en projets et ces projets en prospérité durable. C’est sur ce terrain que se jouera désormais l’avenir de l’entrepreneuriat gabonais.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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