Economie

Gabon : À Sibang, la CEAG défie la vie chère

Libreville, Mardi 04 Août 2026 (Infos Gabon) – Pendant deux jours, au stade Monédan de Sibang, dans le PK9, la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) a tenté de répondre à l’une des préoccupations les plus immédiates des ménages gabonais, celle de pouvoir acheter l’essentiel sans voir leur pouvoir d’achat disparaître avant la fin du mois.

Les 1er et 2 août, son Méga Marché a installé ses étals au plus près des populations, avec une promesse simple mais politiquement sensible, vendre autrement pour vendre moins cher.

Cette initiative, présentée comme la quatrième édition du Méga Marché après des opérations à Akanda, Port-Gentil, Minvoul, Nzeng-Ayong et Owendo, traduit une évolution dans la manière d’aborder la lutte contre la vie chère. Plutôt que d’attendre les consommateurs dans les circuits commerciaux habituels, la CEAG se déplace vers les quartiers où la pression sur les revenus est la plus forte.

Dans les zones périurbaines de Libreville, le prix des produits essentiels constitue en effet bien davantage qu’une question commerciale. Il touche directement à la capacité des familles à se nourrir, à se déplacer, à scolariser leurs enfants et à préserver un minimum de stabilité financière. Le choix du PK9 n’est donc pas neutre. Il place l’opération au cœur d’un territoire où la question du pouvoir d’achat prend une dimension particulièrement concrète.

Rapprocher les produits, soutenir les producteurs

Avec douze partenaires mobilisés, cette édition a également voulu donner une place plus importante à la production nationale. Des entrepreneures gabonaises ont notamment proposé du poulet fumé, de la queue fumée et plusieurs produits transformés localement. Derrière les stands et les prix affichés, l’enjeu est double. Il s’agit de permettre aux consommateurs d’accéder à des produits essentiels dans de meilleures conditions, tout en offrant aux producteurs et transformateurs locaux des débouchés supplémentaires.

Cette articulation entre consommation et production constitue probablement l’un des points les plus intéressants de l’expérience. La lutte contre la vie chère ne peut durablement reposer sur la seule recherche de prix plus bas. Elle suppose aussi de renforcer les capacités de production, de transformation et de distribution afin que l’offre locale puisse prendre une place plus importante dans les circuits d’approvisionnement.

La CEAG revendique cette orientation et inscrit son action dans la « vision » du président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a fait de l’amélioration des conditions de vie une priorité de son mandat. Société d’économie mixte détenue à 37 % par l’État et à 63 % par des privés, elle relève du ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie Chère.

Pour son directeur général, Théophile Boutamba, cette quatrième édition doit permettre de « rapprocher davantage les produits essentiels des populations », tout en donnant une meilleure visibilité aux producteurs et opérateurs économiques locaux.

Le vrai test sera après le Méga Marché

Le succès immédiat d’une telle opération ne doit toutefois pas masquer la question de fond. Que reste-t-il de la baisse recherchée lorsque les étals démontent et que les ménages retrouvent les circuits ordinaires d’approvisionnement ?

C’est là que se situe le véritable test de cette politique. Un Méga Marché peut constituer un soulagement ponctuel, créer une respiration pour les familles et démontrer qu’il est possible de proposer autrement certains produits. Mais la lutte contre la vie chère se mesure surtout dans la durée, dans la capacité à stabiliser les prix, à sécuriser l’approvisionnement et à rendre les produits locaux suffisamment compétitifs pour modifier durablement les habitudes de consommation.

L’expérience de Sibang pose donc une question plus large qui dépasse la seule opération commerciale. Comment transformer ces rendez-vous ponctuels en mécanismes permanents capables d’avoir un effet sur le panier quotidien des Gabonais, à Libreville comme à l’intérieur du pays ?

La CEAG a choisi d’aller au-devant des populations. C’est un signal utile. Mais l’attente désormais est celle d’un changement d’échelle. Car face à une vie chère qui s’installe dans les budgets familiaux, le véritable indicateur ne sera pas l’affluence devant les stands pendant deux jours. Il sera le prix payé par les ménages le reste de l’année.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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