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Gabon : Giresse ou la réparation d’une mémoire

Libreville, Jeudi 23 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Il existe des décisions qui continuent de produire leurs effets bien longtemps après avoir été prises. Dans l’histoire récente du football gabonais, le départ d’Alain Giresse, en février 2010, appartient à cette catégorie.

Seize ans plus tard, l’annonce de son retour au sein du staff des Panthères, officialisée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à Paris, dépasse largement le cadre d’un simple choix technique. Elle réveille une mémoire collective, referme une blessure jamais totalement cicatrisée et pose une question fondamentale. Un pays peut-il réparer une décision que le temps a fini par désavouer ?

À première vue, il ne s’agit que du retour d’un entraîneur. En réalité, c’est un symbole. Car Alain Giresse n’avait jamais véritablement quitté le cœur de nombreux Gabonais. Son nom était resté associé à une période où les Panthères retrouvaient progressivement une identité, une discipline et une ambition. Sous sa direction, le Gabon s’était qualifié pour la Coupe d’Afrique des Nations 2010 après dix années d’absence, retrouvant une crédibilité que beaucoup pensaient durable. Son départ brutal avait donc laissé un sentiment d’inachevé.

L’élan interrompu

Le jour où la nouvelle de son limogeage est tombée, l’incompréhension avait dépassé le cercle des amateurs de football. Dans les cafés du centre-ville de Libreville, dans les entreprises, les cabinets, les administrations, mais aussi au sein d’autres fédérations sportives comme le tennis, le golf, le handball ou encore le rugby, une même interrogation revenait avec insistance. Pourquoi avoir arrêté un projet qui commençait à produire ses effets ?

Cette réaction n’était pas seulement celle des supporters. Elle venait aussi d’anciens dirigeants, d’expatriés français, espagnols, belges et d’autres nationalités qui connaissaient Alain Giresse depuis longtemps. Beaucoup parlaient de lui avec une précision révélatrice. Ils saluaient sa rigueur, son exigence, sa proximité avec les joueurs et sa capacité à construire sur le long terme.

Tous formulaient la même analyse. Le Gabon venait de couper un élan avant son aboutissement.

Cette expression mérite aujourd’hui d’être relue à la lumière des seize années qui ont suivi. Car si les Panthères ont connu des moments de satisfaction, elles n’ont jamais retrouvé la stabilité qui semblait s’installer sous Alain Giresse. Les changements successifs d’encadrement technique ont souvent empêché la continuité indispensable à toute grande sélection.

Le football, comme les institutions, ne se construit pas dans l’urgence. Il exige du temps, de la cohérence et une confiance durable.

Le temps finit toujours par juger

Les grandes décisions sont rarement évaluées au moment où elles sont prises. Elles le sont par leurs conséquences.

En 2010, nombreux étaient ceux qui pensaient que le départ d’Alain Giresse constituerait un simple changement de cycle. Avec le recul, beaucoup y voient plutôt une rupture. Plusieurs observateurs de l’époque estimaient déjà que le technicien français bâtissait une équipe capable de franchir un nouveau palier, notamment en perspective de la Coupe d’Afrique des Nations 2012 organisée conjointement par le Gabon et la Guinée équatoriale.

L’histoire ne permet évidemment pas de réécrire ce qui aurait pu se produire. Personne ne saura jamais jusqu’où Alain Giresse aurait conduit cette génération. Mais une conviction s’est progressivement installée chez de nombreux passionnés. Un processus prometteur avait été interrompu avant d’avoir atteint sa pleine maturité.

Cette idée était portée par une génération d’anciens qui regardait le football avec le recul de l’expérience. Certains allaient jusqu’à rappeler que les grandes équipes africaines se construisent rarement en quelques mois. Elles sont le fruit d’une continuité, d’une confiance accordée à un projet et d’une stabilité institutionnelle.

Leur intuition demeure frappante. Alors que le Gabon préparait la CAN 2012, plusieurs d’entre eux affirmaient que la Zambie pouvait créer la surprise. Leur lecture du football dépassait les statistiques. Elle reposait sur une compréhension des dynamiques humaines, des symboles et de la force des groupes. Quelques semaines plus tard, les Chipolopolos soulevaient effectivement le trophée continental à Libreville.

Le choix de la maturité

C’est précisément ce qui donne une portée particulière au retour annoncé par Brice Clotaire Oligui Nguema lors du dîner d’État organisé à l’Élysée en présence du président Emmanuel Macron. En déclarant qu’« Alain Giresse, ici présent, va rejoindre le staff de l’équipe nationale gabonaise de football », le chef de l’État ne s’est pas limité à officialiser une nomination. Il a envoyé un message de continuité, de reconnaissance et d’ouverture.

Ce retour ne doit pas être interprété comme un regard nostalgique vers le passé. Il traduit plutôt une volonté de renouer avec une culture de la construction, dans laquelle l’expérience n’est pas perçue comme un héritage encombrant, mais comme un capital à transmettre.

Les modalités exactes de la mission d’Alain Giresse restent à préciser par la Fédération gabonaise de football. Qu’il intervienne comme directeur technique national, conseiller stratégique ou membre de l’encadrement, son expérience représente un atout dans un contexte où les Panthères cherchent à retrouver une trajectoire durable.

Au fond, cette décision raconte peut-être davantage le Gabon que le football. Les nations qui progressent sont aussi celles qui savent revisiter leur histoire avec lucidité, reconnaître la valeur des hommes qui les ont servies et accepter que certaines ruptures aient pu coûter plus cher qu’elles ne l’avaient imaginé.

En faisant revenir Alain Giresse seize ans après son départ, le Gabon ne réécrit pas son passé. Il adresse un signal fort. Celui d’un pays qui comprend que la véritable modernité ne consiste pas à effacer la mémoire, mais à s’appuyer sur elle pour construire l’avenir. Dans cette perspective, le retour du technicien français apparaît moins comme une revanche personnelle que comme la réconciliation d’une nation avec l’un de ses bâtisseurs. C’est sans doute là sa plus grande victoire, avant même le premier coup de sifflet.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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