Politique

Gabon : Nyanga, l’épreuve des chantiers

Libreville, Mercredi 9 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Tchibanga, le gouvernement tente désormais de répondre à une question devenue politique autant qu’économique, pourquoi plusieurs chantiers engagés dans la Nyanga avancent-ils si lentement alors que la province devait précisément incarner l’accélération des investissements publics sous la Transition ?

En déplacement sur le terrain le 2 septembre 2026, le ministre d’État chargé des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a reconnu les difficultés, tout en affirmant que les projets iront jusqu’à leur terme.

Le ministre évoque trois catégories de contraintes. Certaines sont techniques, notamment les délais nécessaires à la consolidation des remblais ou des ouvrages en béton. D’autres sont logistiques, avec des pénuries de matériaux que le gouvernement relie à l’éloignement de la Nyanga par rapport aux principaux centres d’approvisionnement de l’Estuaire. La troisième raison est plus sensible, celle des indisponibilités de fonds. Une partie des crédits aurait récemment été débloquée, permettant une reprise sur plusieurs sites.

Ces explications ont le mérite de reconnaître que les retards ne relèvent pas d’un seul facteur. Elles posent toutefois une question plus fondamentale sur la capacité de l’État à planifier des programmes simultanés dans plusieurs provinces sans sous-estimer les contraintes d’approvisionnement, de trésorerie et d’exécution.

Le terrain face aux promesses

À Tchibanga, le ministre a notamment inspecté plusieurs infrastructures, parmi lesquelles l’aéroport, la gare routière, le marché, la Maison de la Femme, la nouvelle mairie, la Caisse de pensions et différents établissements scolaires. Il assure avoir constaté une reprise des travaux sur plusieurs sites. Le chantier de la cité administrative présente toutefois encore un décalage important. Sur les 50 logements annoncés au quartier Kokondo, seulement 18 bâtiments étaient sortis de terre depuis le lancement en 2025, selon le constat rapporté lors de la visite.

Cette situation explique en partie la tension autour du dossier. Les populations ne jugent pas un programme d’investissement sur ses montants inscrits dans les documents administratifs, mais sur des bâtiments achevés, des équipements ouverts et des services effectivement disponibles.

Le cas de la route Ndendé-Tchibanga ajoute une autre dimension au problème. Le projet, dont l’exécution avait dépassé 60 % avant une période d’arrêt, a connu des difficultés liées au financement et à l’approvisionnement. Son interruption a illustré les risques d’un chantier stratégique dépendant d’une chaîne logistique et financière fragile.

Les 7 milliards au cœur du débat

La situation est désormais inséparable des interrogations autour de la dotation spéciale de 7 milliards de FCFA accordée à la Nyanga. Début septembre, le vice-président du gouvernement Hermann Immongault a convoqué les responsables de 21 entreprises ayant obtenu des marchés financés par cette enveloppe. Cette démarche fait suite à un audit et à des interrogations sur plusieurs réalisations inachevées ou jugées insuffisantes.

Il serait toutefois prématuré de transformer ces interrogations en accusations. La convocation d’entreprises ne constitue pas en elle-même la preuve d’une mauvaise gestion ou d’un détournement. Elle traduit d’abord la volonté des autorités d’obtenir des explications sur les fonds mobilisés, l’état des travaux et les responsabilités contractuelles.

C’est précisément sur ce terrain que le gouvernement sera attendu. Les raisons techniques, les pénuries de matériaux et les tensions budgétaires peuvent expliquer certains retards. Elles ne peuvent cependant devenir indéfiniment un substitut au contrôle des délais, à la transparence des marchés et au suivi physique des investissements.

La comparaison récente avec l’Ogooué-Ivindo, où plusieurs infrastructures ont été inaugurées à l’occasion de la Fête de la Libération, renforce cette attente. Deux provinces ne présentent évidemment pas les mêmes contraintes, mais l’écart visible entre des projets livrés et des chantiers à l’arrêt nourrit inévitablement la demande de résultats.

Le temps des preuves

La visite d’Ulrich Manfoumbi Manfoumbi constitue donc davantage qu’une opération de communication. Elle place désormais les acteurs publics et privés devant une obligation de lisibilité. Quels travaux sont effectivement achevés ? Quels sont les taux d’exécution chantier par chantier ? Quels paiements ont été effectués ? Quels nouveaux délais sont réalistes ? Et surtout, quand les populations pourront-elles disposer des ouvrages annoncés ?

Tant que ces réponses ne seront pas publiées avec suffisamment de précision, le débat restera dominé par les perceptions, les accusations et les justifications.

La Nyanga n’a pas seulement besoin de chantiers relancés. Elle a besoin d’un mécanisme de suivi capable de relier chaque franc engagé à un ouvrage visible, chaque marché à un délai, et chaque retard à une responsabilité clairement établie.

L’enjeu dépasse Tchibanga. Il concerne la crédibilité de toute la politique d’investissement public gabonaise. Une infrastructure annoncée n’est pas encore une infrastructure livrée. Et dans une période où l’État promet de transformer les territoires, la véritable rupture ne sera pas dans le lancement des projets, mais dans la capacité à les terminer.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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