Gabon : HIFOR, faire de la forêt intacte une richesse à préserver
Libreville, Lundi 2 Novembre 2026 (Infos Gabon) – Et si la valeur d’une forêt ne se mesurait plus seulement à sa capacité à absorber du carbone ou à compenser les dégâts de la déforestation, mais aussi au fait de rester intacte ? C’est le pari porté par l’initiative HIFOR, présentée le 22 octobre à Libreville par la Wildlife Conservation Society (WCS), en présence de la représentante nationale de l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI). À travers ce mécanisme, une nouvelle piste de financement de la conservation cherche à donner une valeur économique à la préservation des écosystèmes forestiers les mieux conservés.
Jusqu’ici, une part importante des financements environnementaux s’est concentrée sur la réduction de la déforestation, la restauration des espaces dégradés et la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. HIFOR propose de déplacer le regard. L’initiative entend soutenir la protection des forêts à haute intégrité écologique, c’est-à-dire celles qui ont conservé une grande partie de leurs caractéristiques naturelles et de leur fonctionnement. L’enjeu est de reconnaître qu’une forêt préservée constitue déjà un patrimoine écologique majeur, dont la conservation exige des moyens durables.
Plus de 150 millions d’hectares identifiés
Financée par CAFI, l’évaluation régionale présentée à Libreville a recensé plus de 150 millions d’hectares de forêts à haute intégrité dans six pays partenaires. Ce travail constitue une première étape pour identifier les zones susceptibles de répondre aux critères de l’initiative, mais aussi pour apprécier les risques et les possibilités propres à chaque site.
Une plateforme numérique développée dans le cadre de cette évaluation permet de visualiser les informations recueillies et d’éclairer les décisions. Cet outil doit aider à mieux orienter les choix, en évitant de considérer les territoires forestiers comme un ensemble uniforme. Toutes les forêts ne présentent pas les mêmes caractéristiques, les mêmes pressions ni les mêmes perspectives de conservation.
Le potentiel identifié est considérable, mais il ne doit pas être confondu avec des financements déjà mobilisés. HIFOR se trouve encore à un stade initial. L’évaluation régionale fournit une base de travail et des sites potentiellement éligibles, non la garantie que ces espaces bénéficieront automatiquement de ressources financières.
Le Gabon face à une nouvelle opportunité
L’atelier organisé à Libreville visait précisément à examiner les résultats de cette première évaluation et à recueillir l’avis des acteurs nationaux sur leur éventuelle participation. Autour de la WCS et de CAFI étaient réunis l’Agence nationale des parcs nationaux, le Conseil national climat, des organisations de la société civile telles que Brainforest et Minapyga, ainsi que le Centre national de la recherche scientifique et technologique. Des partenaires internationaux, dont des représentants de l’ambassade de France et du WWF, ont également pris part aux échanges.
Pour le Gabon, dont le patrimoine forestier constitue un atout écologique et stratégique, cette démarche ouvre une perspective intéressante. Elle pourrait contribuer à mieux reconnaître la valeur des territoires conservés et à renforcer les moyens consacrés à leur protection. Mais la réussite dépendra de conditions précises. Il faudra notamment garantir la transparence des critères d’éligibilité, la fiabilité du suivi écologique, l’implication des communautés concernées et une répartition équitable des éventuels bénéfices.
La question centrale dépasse donc la seule recherche de nouveaux financements. Il s’agit de déterminer comment rémunérer durablement la préservation sans transformer la forêt en simple actif financier, ni fragiliser les droits et les activités des populations qui en dépendent. HIFOR porte une ambition pertinente, mais encore à démontrer. Sa crédibilité se mesurera à sa capacité à convertir un potentiel cartographié en protection effective, vérifiable et durable. Pour les pays forestiers d’Afrique centrale, préserver l’existant doit enfin devenir un choix économique aussi reconnu que l’exploitation des ressources.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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