Gabon : La bataille pour la souveraineté avicole
Libreville, Vendredi 07 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut désormais s’attaquer à l’un des maillons les plus sensibles de sa dépendance alimentaire. À Libreville, le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural a conclu jeudi un accord avec la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) afin de sécuriser l’approvisionnement de 150 fermes avicoles retenues dans le cadre de l’Appel à Manifestation d’Intérêt.
Derrière les chiffres impressionnants annoncés, 3 millions de poussins d’un jour, 14 000 tonnes de provende et des produits vétérinaires chaque année, se dessine une ambition plus politique qu’agricole. Il s’agit de construire les conditions d’une production locale capable de réduire la vulnérabilité du pays face aux importations.
Une chaîne d’approvisionnement placée sous contrôle
Le cahier des charges signé par Jean Jack Mouyabi, directeur général de l’Élevage, et Théophile Boutamba, directeur général de la CEAG, en présence du ministre Pacôme Kossy, confie désormais à la centrale d’achat un rôle déterminant dans la sécurisation des intrants avicoles.
La CEAG devra négocier avec les fournisseurs, assurer l’importation, organiser la livraison et garantir la traçabilité des produits destinés aux exploitations bénéficiaires. Cette centralisation répond à une faiblesse structurelle de nombreuses filières agricoles africaines. Produire davantage ne suffit pas lorsque les éleveurs rencontrent des difficultés à obtenir régulièrement les aliments, les poussins ou les médicaments nécessaires à leurs exploitations.
Le choix opéré par le gouvernement consiste donc à traiter le problème en amont. En sécurisant les intrants, l’État cherche à donner aux producteurs une meilleure visibilité sur leurs cycles d’élevage et à réduire les ruptures susceptibles de compromettre les investissements consentis dans les fermes.
Cette organisation constitue l’un des axes du Plan Opérationnel d’Urgence de la Filière Avicole, le POUFA, présenté comme un instrument destiné à renforcer durablement les capacités nationales de production.
562 400 poussins dès 2026
L’ambition nationale ne restera pas entièrement théorique. D’ici la fin de l’année 2026, les bénéficiaires du programme AMI doivent recevoir 562 400 poussins pour deux bandes, auxquels s’ajouteront environ 2 350 tonnes d’aliments et des lots de médicaments vétérinaires.
Cette première séquence permettra surtout de mesurer la capacité du dispositif à passer de l’engagement administratif à la production réelle. Car l’enjeu de la filière avicole gabonaise ne réside pas uniquement dans le nombre de fermes accompagnées. Il dépendra de leur capacité à produire régulièrement, à maîtriser leurs coûts, à respecter les standards sanitaires et à accéder au marché.
Le volume annuel prévu dans le cahier des charges donne néanmoins une indication de l’échelle recherchée. Trois millions de poussins, associés à 14 000 tonnes de provende et à un approvisionnement régulier en produits vétérinaires, constituent les fondations d’un dispositif qui entend dépasser les initiatives isolées pour créer une véritable chaîne de valeur.
Le défi sera alors de faire en sorte que cette politique d’approvisionnement se traduise par une augmentation durable de l’offre locale et, à terme, par une amélioration de la disponibilité des produits avicoles pour les consommateurs.
De l’urgence à la souveraineté alimentaire
Le véritable intérêt du pacte conclu entre le ministère et la CEAG se situe finalement dans cette articulation entre urgence et stratégie. Le POUFA est présenté comme un programme d’urgence, mais son objectif affiché est beaucoup plus structurel. Il s’agit de créer les conditions d’une véritable souveraineté alimentaire.
Cette ambition impose cependant une vision qui dépasse la seule production de poulets. Une filière avicole compétitive suppose des intrants accessibles, des infrastructures adaptées, une logistique efficace, des compétences techniques, un encadrement vétérinaire, des débouchés commerciaux et une capacité à transformer localement la valeur créée.
Le pacte signé jeudi constitue donc moins un aboutissement qu’un premier test grandeur nature. Le gouvernement a posé une architecture d’approvisionnement et identifié 150 exploitations pour porter une partie de l’effort. La prochaine bataille sera celle de l’exécution, de la productivité et de la pérennité économique des fermes.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse finalement la volaille. Dans un contexte où la sécurité alimentaire devient une question de stabilité économique et de souveraineté nationale, réussir à produire davantage de ce que le pays consomme revient à réduire progressivement une dépendance qui pèse sur les ménages, les entreprises et les finances publiques.
Le contrat avec la CEAG prend ainsi une portée stratégique. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas depuis les bureaux de l’administration. Elle se construit dans les fermes, dans les chaînes d’approvisionnement et dans la capacité d’un pays à transformer durablement ses producteurs en véritables acteurs économiques.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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