Gabon : la forêt devient un front stratégique contre l’orpaillage illégal
Libreville, Lundi 12 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Sécurité, souveraineté et protection des ressources naturelles : au Gabon, 35 militaires gabonais et français renforcent leurs capacités d’intervention en forêt équatoriale dans le cadre d’une formation spécialisée qui place la maîtrise du terrain au cœur de la lutte contre l’exploitation illégale de l’or.
Au-delà de l’entraînement tactique, cette coopération met en lumière un défi majeur pour le pays : protéger ses ressources naturelles dans des espaces forestiers où l’isolement, les contraintes géographiques et les risques opérationnels compliquent l’action des forces de défense et de sécurité.
Jusqu’au 16 octobre 2026, 25 sous-officiers gabonais, dont des personnels de la Garde républicaine, suivent aux côtés de dix militaires français le Certificat technique de niveau 2, une formation de six semaines destinée à consolider leurs compétences en milieu forestier. Les stagiaires relèvent de l’Académie de protection de l’environnement et des ressources naturelles (APERN), basée à Libreville. L’objectif est de former des chefs capables de préparer, commander et conduire des missions collectives dans les conditions exigeantes de la forêt équatoriale, notamment contre l’orpaillage illégal.
Former des chefs au cœur de la forêt
L’illustration la plus concrète de cet apprentissage est venue d’un exercice tactique articulé autour de quatre séquences : l’infiltration en jungle, la prise de contrôle d’un site d’orpaillage illégal, la capture de suspects et l’évacuation d’un blessé. Conduite au niveau d’une section, cette manœuvre a placé les stagiaires face aux exigences du commandement, de la coordination et de la gestion des risques en environnement forestier.
Le parcours pédagogique repose sur une progression allant des techniques individuelles au travail en trinôme, puis à l’action collective. L’enjeu n’est donc pas seulement de maîtriser des gestes techniques, mais de savoir les mobiliser dans une opération coordonnée, où la cohésion du groupe et la capacité de décision peuvent déterminer l’issue d’une intervention.
« Le but de la formation, c’est bien de former des chefs de section pour les stagiaires », explique le sergent Clément, instructeur français, qui précise que l’exercice constituait la dernière manœuvre en jungle du stage.
Le programme comprend également un stage d’aguerrissement en forêt, des exercices de tir de combat et un module consacré à la biodiversité des forêts gabonaises. Cette dernière dimension rappelle que l’environnement n’est pas uniquement un espace d’intervention militaire : il constitue aussi un patrimoine naturel dont la préservation exige une connaissance approfondie des écosystèmes et des contraintes du terrain.
Pour le sergent-chef major gabonais Ndjoga Royll, cette préparation doit permettre aux participants de mieux anticiper les difficultés opérationnelles. « Au terme de la formation, nous sortons avec les aptitudes de chefs de section, capables d’aller sur toute forme de terrain, en toute forme de forêt, notamment la forêt équatoriale, et de comprendre réellement les dangers et les risques qui y sont liés », souligne-t-il.
L’orpaillage illégal, un défi sécuritaire et environnemental
Au Gabon, la lutte contre l’exploitation aurifère illégale ne se réduit pas à la présence des forces de sécurité sur le terrain. Elle suppose aussi de pouvoir accéder à des zones difficiles, d’y conduire des opérations adaptées et de limiter les risques encourus par les personnels engagés. La densité forestière, l’éloignement de certains sites et les contraintes de déplacement rendent la préparation des unités particulièrement importante.
L’orpaillage illégal pose, en outre, la question de la protection des ressources naturelles. Selon les pratiques employées et les sites concernés, l’exploitation aurifère clandestine peut entraîner des dégradations des sols, des cours d’eau et des habitats naturels. La réponse exige donc une articulation entre action sécuritaire, surveillance des espaces et protection de la biodiversité.
La formation dispensée aux 35 militaires prend ainsi place au croisement de deux impératifs : renforcer la capacité des forces à intervenir dans des environnements complexes et mieux protéger les espaces forestiers contre les activités illicites. Le module consacré à la biodiversité contribue à inscrire cet apprentissage dans une compréhension plus large des enjeux environnementaux.
Une coopération à traduire en résultats durables
La participation de dix militaires français favorise les échanges d’expérience et le partage de savoir-faire avec leurs homologues gabonais. Cette coopération prend une dimension opérationnelle à travers l’apprentissage de techniques adaptées à la forêt équatoriale et le développement des compétences de commandement.
Pour autant, l’efficacité d’une telle formation ne se mesurera pas uniquement à la réussite des exercices ou à l’acquisition de qualifications. Elle dépendra aussi de la capacité des unités à mobiliser durablement les compétences acquises, à disposer des moyens nécessaires à leurs missions et à inscrire leurs interventions dans un dispositif cohérent de protection des ressources naturelles.
Le véritable enjeu est là : former des militaires capables d’agir en forêt constitue un levier, mais protéger durablement la forêt exige une action suivie, coordonnée et adaptée aux réalités du terrain. Pour le Gabon, dont le patrimoine forestier représente un enjeu environnemental et stratégique majeur, cette préparation participe à un objectif qui dépasse le cadre militaire : faire de la préservation des ressources naturelles une composante effective de la sécurité nationale.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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