Economie

Gabon : Le bois au cœur d’une relance à 20 milliards de FCFA

Libreville, Mardi 11 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut remettre sa filière bois en mouvement. Confronté depuis plusieurs années au ralentissement de certains marchés internationaux, notamment en Asie, le secteur forestier bénéficie désormais d’un signal politique et financier fort.

Réuni le lundi 10 août au Palais de la Rénovation avec le ministre des Eaux et Forêts Maurice Ntossui Allogho et les principaux opérateurs de la filière, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a fixé le cap d’une relance qui se veut à la fois économique, industrielle et sociale. Première mesure concrète annoncée, le règlement de 20 milliards de francs CFA de créances de TVA dues aux entreprises du secteur.

Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large d’apurement de la dette intérieure de l’État. Pour les entreprises forestières, l’enjeu dépasse toutefois la seule récupération de sommes dues. Dans une activité où la trésorerie conditionne directement l’exploitation, la transformation, la maintenance des équipements et le maintien des emplois, la restitution de ces ressources peut constituer un levier immédiat de reprise.

Le chef de l’État l’a résumé par une formule volontairement économique et politique, « qui paie ses dettes s’enrichit ». Derrière cette déclaration se dessine une doctrine. L’État entend restaurer la confiance avec les opérateurs tout en exigeant de la filière qu’elle transforme cet effort public en activité productive, en investissements et en emplois.

Une filière stratégique sous pression

La filière Forêt-Bois occupe une place singulière dans l’économie gabonaise. Avec plus de 15 000 emplois directs et indirects, elle demeure le premier pourvoyeur privé d’emplois du pays et représente un instrument majeur de diversification économique. Sa fragilisation ne touche donc pas uniquement les entreprises forestières. Elle affecte toute une chaîne allant de l’exploitation à la transformation, en passant par la logistique, les services et les activités locales.

La difficulté actuelle tient notamment à la contraction de la demande sur certains marchés extérieurs. Cette dépendance à quelques débouchés internationaux expose mécaniquement les opérateurs aux retournements de conjoncture. La réponse présidentielle ne se limite donc pas au soutien financier. Elle vise aussi à revoir la stratégie commerciale du secteur.

Les départements ministériels concernés ont ainsi reçu instruction de poursuivre la recherche de nouveaux marchés, notamment en Afrique et dans la sous-région. L’objectif est clair, réduire la vulnérabilité extérieure en élargissant les débouchés et en donnant davantage de valeur au bois gabonais sur les marchés africains et internationaux.

Produire davantage de valeur au Gabon

L’autre dimension de la relance réside dans la transformation locale et la consommation nationale. Le débat n’est plus seulement celui du volume de bois exporté, mais celui de la valeur créée à partir de la ressource forestière.

L’amélioration du climat des affaires, la préservation des emplois, le renforcement de la transformation locale et la diversification commerciale ont ainsi été placés au centre des échanges. Cette orientation suggère une volonté de consolider une chaîne de valeur davantage intégrée, capable de générer plus d’activité au Gabon plutôt que de dépendre principalement des marchés extérieurs.

La question devient alors celle de la capacité des entreprises à convertir le soutien financier de l’État en investissements durables. Le remboursement des créances peut restaurer des marges de manœuvre, mais il ne suffira pas, à lui seul, à résoudre les fragilités structurelles d’une filière exposée aux fluctuations de la demande mondiale. La relance devra également reposer sur la compétitivité, la qualité des infrastructures, l’accès aux marchés et la capacité à développer de nouveaux produits.

À l’issue de la rencontre, le délégué général de l’Union des forestiers et industriels du Gabon, Jean-Marie Ntoutoume, a salué les orientations présidentielles, notamment l’accélération du règlement des créances de TVA. Les professionnels doivent désormais travailler avec les services du ministère de l’Économie, ceux des Eaux et Forêts ainsi qu’avec la direction générale de la Société nationale des bois du Gabon afin de traduire les décisions en actions concrètes.

Le véritable test commence donc maintenant. Les 20 milliards de francs CFA annoncés peuvent donner de l’oxygène à une filière stratégique, mais leur portée se mesurera à ce qu’ils permettront de reconstruire. Pour le Gabon, l’enjeu n’est plus simplement de soutenir le bois en difficulté. Il est de transformer durablement une richesse nationale en emplois, en industrie et en valeur ajoutée. La relance annoncée ne prendra tout son sens que si elle parvient à faire du secteur forestier un moteur plus robuste de la transformation économique du pays.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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