Environnement

Gabon : les forêts communautaires au défi de la transparence

Libreville, Samedi 01 Août 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, la question n’est plus seulement de savoir comment préserver la forêt, mais aussi comment garantir que les communautés qui en dépendent puissent bénéficier de manière transparente et durable des revenus qu’elle génère.

À Libreville, l’atelier de validation de l’étude CEO-SE, organisé le 31 juillet 2026, a remis au centre du débat les faiblesses du cadre juridique encadrant le Comité de Suivi de la Gestion des Projets (CSGP) dans les forêts communautaires.

Derrière cette réforme technique se joue un enjeu beaucoup plus large. Il s’agit de renforcer la gouvernance locale des ressources forestières, de sécuriser les revenus destinés aux communautés et de faire du développement local une réalité mesurable plutôt qu’une promesse administrative.

Un cadre juridique jugé trop fragile

L’étude présentée lors de l’atelier pointe les insuffisances du texte de 2018 instituant le CSGP. Celui-ci ne définirait pas avec suffisamment de précision les missions du comité, sa composition ni ses mécanismes de financement. Une imprécision qui peut fragiliser la gouvernance et compliquer le suivi des revenus issus des forêts communautaires.

La société civile, réunie autour de la restitution des travaux, a validé les résultats de l’étude. Mais cette validation ne constitue qu’une étape. Les participants ont insisté sur la nécessité pour l’administration de s’emparer désormais des recommandations afin de leur donner une traduction réglementaire et institutionnelle.

Pour Andrey Djabemba, juriste à Brandforest, il serait prématuré de considérer le processus comme achevé. Les travaux constituent plutôt une base à partir de laquelle les autorités compétentes devront poursuivre la réflexion et aboutir, à terme, à un texte définitif.

Elvis Mve, expert juriste en communautés locales, adopte la même prudence. Selon lui, les acteurs présents ont apporté leur contribution au processus, mais il appartient désormais à l’administration des Eaux et Forêts d’examiner et d’entériner les conclusions.

Du constat à une nouvelle architecture

L’intérêt de l’étude réside précisément dans ce passage du diagnostic à la recherche de solutions. Elle a permis d’identifier le vide ou, plus exactement, les insuffisances juridiques qui entourent aujourd’hui le fonctionnement du CSGP.

Parmi les pistes avancées figure la révision du dispositif existant et la création d’un Comité de Suivi de Mise en œuvre des Projets des Forêts Communautaires, le CSMPFC.

L’objectif serait de renforcer le contrôle de la réalisation des projets financés grâce aux revenus issus des forêts communautaires, tout en améliorant la traçabilité des ressources et la responsabilité des différents acteurs. Une telle évolution pourrait contribuer à clarifier les rôles, à renforcer les mécanismes de suivi et surtout à réduire les zones d’incertitude qui alimentent les interrogations sur l’utilisation des revenus.

La prochaine étape appartient à l’État

Le véritable enjeu commence désormais après l’atelier. Une étude validée par les participants ne produit aucun changement si ses recommandations restent sans suite.

La balle est donc dans le camp de l’administration et des autorités compétentes. Elles devront déterminer les propositions susceptibles d’être retenues, organiser leur traduction juridique et définir les mécanismes permettant d’en garantir l’application sur le terrain.

Pour les organisations de la société civile, l’objectif est clair. Il ne s’agit pas seulement de modifier un sigle ou de créer une nouvelle structure. Il faut parvenir à une gouvernance suffisamment transparente pour que les revenus forestiers contribuent réellement à l’amélioration des conditions de vie dans les communautés concernées.

Le Gabon dispose d’un patrimoine forestier considérable. La réussite des forêts communautaires dépendra cependant autant de la qualité de leur gouvernance que de la richesse de leurs ressources.

La réforme du CSGP ne sera donc jugée ni sur les intentions ni sur les textes adoptés, mais sur une question simple et décisive. Les communautés verront-elles enfin, de manière transparente et vérifiable, les revenus de leurs forêts se transformer en projets et en développement local ?

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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