Gabon : Nyanga, les 7 milliards face à l’épreuve des résultats
Libreville, Vendredi 4 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Trois ans après l’attribution d’une enveloppe exceptionnelle de 7 milliards de francs CFA destinée à financer des infrastructures dans la Nyanga, le dossier revient brutalement au premier plan.
Le 3 septembre, les responsables de 21 entreprises adjudicataires ont été convoqués à Libreville par la Vice-présidence du gouvernement, alors que plusieurs chantiers annoncés dans la province restent inachevés ou n’ont pas connu les résultats attendus. Cette convocation intervient quelques jours après les célébrations de la Fête de la Libération à Makokou, où une succession d’inaugurations a donné une image radicalement différente de l’exécution territoriale des investissements publics.
Le contraste interpelle. Dans l’Ogooué-Ivindo, la troisième édition de la Fête de la Libération, organisée le 30 août sous la coordination générale de la présidente du Sénat Huguette Yvonne Nyana-Ekoume, a été accompagnée de plusieurs mises en service et inaugurations. À Makokou, mais aussi à Booué, Ovan et Mékambo, des équipements administratifs, scolaires, commerciaux et sécuritaires ont été présentés au public. Le gouvernement a également mis en avant de nouveaux projets liés à l’eau, au logement et au futur développement autour de Belinga.
La présidente du Sénat, originaire de l’Ogooué-Ivindo et coordinatrice de cette édition, avait multiplié les actions préparatoires, avec l’appui de cadres et de responsables locaux. Plusieurs semaines avant la célébration, une mission gouvernementale avait déjà évalué l’état d’avancement des chantiers de Makokou afin de sécuriser leur livraison. Cette organisation en amont semble avoir contribué à produire des résultats visibles au moment du rendez-vous national.
Pourquoi une telle différence entre les deux provinces
La comparaison avec la Nyanga est forcément tentante, mais elle doit être faite avec prudence. Les contextes, les projets et les mécanismes de financement peuvent différer. Pour autant, une question légitime s’impose. Pourquoi l’enveloppe spéciale de 7 milliards accordée à la Nyanga n’a-t-elle pas produit, dans les mêmes délais, des réalisations comparables et suffisamment visibles ?
C’est précisément ce que la convocation des 21 entreprises pourrait permettre de clarifier. Ont-elles effectivement reçu les financements correspondant aux marchés qui leur avaient été attribués ? Quels travaux ont réellement été engagés ? Quels montants ont été consommés ? Existe-t-il des difficultés techniques, administratives ou financières ayant empêché l’exécution ? Et, surtout, lorsque des sommes ont été débloquées, peut-on établir une correspondance claire entre les paiements effectués et les ouvrages livrés ?
Le communiqué de la Vice-présidence ne détaille pas encore les réponses qui seront apportées. La prudence s’impose donc avant d’attribuer une responsabilité individuelle. Mais l’enjeu de transparence est désormais évident. Une dotation publique ne peut rester pendant plusieurs années dans une zone grise entre engagement financier, attribution des marchés et réalisation concrète.
Makokou montre que l’organisation compte
Le cas de l’Ogooué-Ivindo apporte un autre enseignement. La réussite d’un programme territorial ne dépend pas uniquement du montant mobilisé. Elle tient également au pilotage, à la coordination des acteurs, au suivi des entreprises et à la capacité à identifier rapidement les blocages.
À Makokou, l’État avait fait du 30 août un rendez-vous politique, mais également un objectif opérationnel. Les chantiers ont été suivis en amont, les autorités nationales et locales mobilisées et les projets articulés autour d’un calendrier de livraison. Le résultat a été suffisamment visible pour que la présidence parle d’un renforcement de l’ancrage territorial de l’action publique.
La Nyanga peut tirer une leçon de cette expérience sans qu’il soit nécessaire d’en conclure que l’échec passé serait imputable à une seule personne ou à un seul facteur. Les moyens ont-ils été insuffisants ? Les procédures trop lentes ? Le suivi défaillant ? Les entreprises mal préparées ? Les réponses devront être documentées. C’est précisément la fonction de la réunion convoquée par la Vice-présidence.
L’argent public doit désormais produire des preuves
Cette affaire dépasse finalement la seule Nyanga. Elle pose une question centrale à l’heure où le Gabon multiplie les investissements dans les territoires. Une enveloppe budgétaire n’est pas un résultat. Un marché attribué n’est pas une infrastructure. Et une infrastructure inaugurée n’a de sens que si elle fonctionne, si elle est entretenue et si elle répond effectivement au besoin pour lequel elle a été financée.
Le traitement du dossier Nyanga doit donc être exemplaire. Les responsables doivent pouvoir expliquer, chiffres à l’appui, où sont allés les fonds, ce qui a été réalisé, ce qui ne l’a pas été et pourquoi. Les entreprises concernées doivent être entendues, mais les mécanismes administratifs qui ont permis ces retards doivent également être examinés.
La comparaison avec Makokou n’est pas destinée à opposer deux provinces. Elle doit servir à identifier ce qui fonctionne, ce qui échoue et pourquoi. Le Gabon ne peut plus se satisfaire d’une politique d’investissement évaluée au nombre d’enveloppes annoncées. Dans une République qui revendique désormais davantage de rigueur dans la gestion publique, le véritable indicateur doit être la transformation visible de chaque franc investi.
Les 7 milliards de la Nyanga deviennent ainsi un test. Non seulement pour les 21 entreprises convoquées, mais pour toute la chaîne publique qui conçoit, finance, attribue, contrôle et évalue les projets. Le pays gagnera en crédibilité lorsque chaque investissement sera traçable, chaque retard explicable et chaque résultat vérifiable. C’est à cette condition que la promesse de développement territorial cessera d’être une succession d’annonces pour devenir une politique mesurable.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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