Gabon : Oyem, la justice poursuit malgré le retrait de la plainte
Libreville, Jeudi 3 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Oyem, le retrait de la plainte par la femme à l’origine de la procédure n’a pas suffi à mettre un terme aux poursuites visant Luc-Constant Megne. Le tribunal correctionnel s’est penché jeudi 3 septembre sur le dossier du directeur d’Académie provinciale du Woleu-Ntem, poursuivi pour des faits de violences faites aux femmes.
Contre toute attente, la plaignante, qui est également sa concubine, ne s’est pas constituée partie civile et a retiré sa plainte. Le ministère public a néanmoins maintenu son action et requis une peine d’un an d’emprisonnement, dont six mois ferme, ainsi que 200 000 francs CFA de dommages et intérêts. Le jugement est attendu le 10 septembre.
Cette séquence judiciaire rappelle une distinction essentielle. Dans certaines affaires de violences, le retrait de la plainte ou l’absence de constitution de partie civile de la victime ne signifie pas nécessairement que la procédure pénale disparaît. L’action du ministère public répond à une logique différente, celle de la défense de l’ordre public et de l’application de la loi. À Oyem, le parquet a donc choisi de poursuivre le dossier malgré le changement de position de la plaignante.
L’affaire avait commencé quelques jours plus tôt. Une plainte avait été déposée le 27 août 2026 auprès de l’antenne provinciale de la Direction générale des recherches du Woleu-Ntem. Après une première enquête, le dossier avait été transmis au parquet le 28 août avant de faire l’objet d’un complément d’enquête. Le 31 août, Luc-Constant Megne a finalement été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale d’Oyem, dans le cadre d’une procédure de flagrant délit, selon les explications données par le procureur de la République, Raphaël Mangouka.
Le parquet affirme que les poursuites portent sur des faits relevant de la législation gabonaise relative à l’élimination des violences faites aux femmes. Le procureur a parallèlement insisté sur un point fondamental, les droits du prévenu à un procès juste et équitable doivent être rigoureusement respectés. Cette garantie est d’autant plus importante que l’affaire a suscité de nombreuses discussions à Oyem et circulé largement sur les réseaux sociaux, parfois avec des versions contradictoires des faits.
Les débats du 3 septembre ont justement permis de confronter les différentes versions. Selon la presse locale, la défense a notamment présenté une version dans laquelle les blessures constatées par la plaignante seraient liées à une chute après qu’elle eut quitté le véhicule. Le parquet, de son côté, a rappelé que la femme avait initialement soutenu avoir été violentée. Le tribunal devra désormais apprécier les éléments du dossier et la valeur des différents témoignages avant de se prononcer.
Le retournement de la principale plaignante constitue probablement l’élément le plus sensible de cette affaire. Pourquoi a-t-elle décidé de retirer sa plainte à l’issue d’une procédure qu’elle avait elle-même engagée quelques jours auparavant ? Les informations disponibles ne permettent pas d’apporter une réponse certaine. Il serait donc prématuré d’y voir une pression, une réconciliation, une nouvelle appréciation des faits ou toute autre motivation.
Le maintien des poursuites montre toutefois que la justice entend examiner le dossier jusqu’à son terme. Cette décision revêt une portée particulière dans un pays qui cherche à renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes. Elle rappelle que les mécanismes judiciaires ne sauraient dépendre exclusivement de l’évolution des relations personnelles entre les protagonistes.
Le verdict attendu le 10 septembre sera donc observé bien au-delà d’Oyem. Il devra établir, sur la base des preuves et des débats contradictoires, ce qui peut juridiquement être retenu contre le prévenu. Entre la protection des victimes, l’exigence de responsabilité et la présomption d’innocence, la justice gabonaise est désormais face à son obligation la plus importante, dire le droit avec rigueur, indépendamment de la pression médiatique ou de l’émotion publique.
Dans cette affaire, le retrait de la plainte n’a pas fermé le dossier. Il a déplacé la question devant le tribunal. Et c’est désormais au juge, et à lui seul, de trancher.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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