Gabon : quand la politique se joue en larmes et roulades
Libreville, Lundi 25 Août 2025 (Infos Gabon) – On connaissait le débat d’idées, les tracts, les meetings, les slogans. On connaissait aussi la bonne vieille conférence de presse, le coup de fil aux figures tutélaires du parti, ou même, pour les autres, la grève de la faim. Mais voilà qu’au Gabon, une nouvelle méthode fait son entrée fracassante dans le répertoire politique : « crier, pleurer et se rouler par terre ».
C’est la trouvaille signée Haresse Kengue, jeune candidate à l’élection municipale au 6ᵉ arrondissement de Libreville, qui a obtenu sa réintégration sur la liste électorale… à coups de sanglots et de gesticulations au ministère de l’Intérieur. Et comme souvent chez nous, la scène, filmée et largement partagée, a fait le tour des réseaux sociaux avant d’atterrir sur les bureaux des autorités.
Résultat : la liste est passée. Nouvelle preuve que dans la nouvelle République, TikTok peut parfois être plus efficace qu’un recours juridique.
Bien sûr, les détracteurs se déchaînent : certains parlent d’« amateurisme », d’autres de « théâtre ». Mais il faut bien reconnaître le génie de l’instant : en une roulade, la jeune femme a inventé le « militantisme acrobatique », une discipline où les larmes remplacent les arguments et où l’indignation se mesure en décibels.
Et pourtant, quand elle cite dans sa défense des figures comme Alexandre Barro Chambrier, Pierre-Claver Maganga Moussavou ou Gervais Oniane, tous connus pour leurs stratégies, leur discours structuré et leur sens du terrain, on se dit qu’elle aurait peut-être gagné à leur passer un coup de fil. Car, sauf erreur de notre part, jamais on n’a vu l’un d’eux se rouler dans la poussière pour faire entendre sa voix.
Mais après tout, chaque époque invente ses codes. Et si demain, face aux coupures d’eau, aux grèves ou à l’insalubrité, les maires d’arrondissement s’allongent en travers des routes en attendant que la SEEG, Averda ou le Trésor réagisse ? Après tout, la méthode a déjà prouvé son efficacité.
Au fond, la vraie question est là : veut-on d’une politique du verbe ou d’une politique du cri ? Du débat d’idées ou du théâtre de rue ? La jeune Haresse est désormais une pionnière : elle a montré que larmes et roulades pouvaient ouvrir des portes jusque-là fermées. Reste à savoir si cette technique suffira pour gérer les réalités du quotidien d’un arrondissement aussi vaste que le 6ᵉ de Libreville.
En attendant, une chose est sûre : dans l’histoire politique gabonaise, il y aura désormais un avant et un après Haresse Kengue. Avant, on rédigeait des communiqués et annonces destinés à la presse. Après, on sort les mouchoirs.
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