Gabon : Georges Damas Aleka, le retour d’une mémoire d’État
Libreville, Lundi 11 Mai 2026 (Infos Gabon) – Quarante-quatre ans après sa disparition, Georges Damas Aleka refait irruption dans le débat national gabonais. Non à travers une polémique politique ou une querelle de succession mémorielle, mais par le biais d’un hommage solennel organisé au cœur même de l’institution qu’il a profondément marquée : l’Assemblée nationale.
Le 8 mai 2026, dans l’enceinte du Palais Léon Mba, députés, membres du gouvernement, diplomates, anciens dignitaires et proches de l’illustre disparu se sont réunis pour commémorer la mémoire de cet ancien président de l’Assemblée nationale, considéré comme l’un des artisans de la construction politique du Gabon moderne.
Au-delà de la cérémonie officielle, cet hommage révèle une réalité plus profonde. Celle du retour progressif du devoir de mémoire dans la vie publique gabonaise, à un moment où le pays cherche à redéfinir ses repères institutionnels, historiques et républicains.
Une figure majeure de l’histoire politique gabonaise
La cérémonie, présidée par le président de l’Assemblée nationale Michel Régis Onanga M. Ndiaye, s’est déroulée en présence du Vice-président de la République, Alexandre Hugues Barro Chambrier, ainsi que de plusieurs personnalités politiques et institutionnelles.
Placée sous le signe de la mémoire nationale, la rencontre a également été marquée par le vernissage de l’ouvrage « Dans un ciel concorde, Georges Damas Aleka, un homme dans l’histoire du Gabon », consacré au parcours de cette figure emblématique de la vie publique gabonaise.
Dans son allocution, le président de l’Assemblée nationale a rappelé la place particulière qu’occupait Georges Damas Aleka dans l’histoire des institutions du pays.
Ancien président de l’Assemblée nationale entre 1964 et 1975, il appartient à cette génération de responsables politiques qui ont accompagné les premières décennies du Gabon indépendant et participé à l’édification des structures de l’État. « Georges Damas Aleka appartient à cette génération d’hommes d’État qui ont contribué, avec engagement, responsabilité et conviction, à la construction et à la consolidation de notre Nation », a souligné Michel Régis Onanga M. Ndiaye devant une assistance particulièrement attentive.
Le retour du devoir de mémoire dans le débat national
L’hommage rendu à Georges Damas Aleka intervient dans un contexte politique particulier pour le Gabon. Depuis plusieurs mois, les nouvelles autorités multiplient les références à l’histoire nationale, aux symboles républicains et à la valorisation des figures ayant marqué la construction du pays. Cette dynamique traduit une volonté plus large. Celle de réconcilier les institutions avec la mémoire collective et redonner du sens au récit national.
Dans de nombreux États africains, les figures historiques disparaissent souvent progressivement du débat public, éclipsées par l’actualité politique immédiate. Or, l’absence de transmission mémorielle fragilise parfois la continuité républicaine et le sentiment d’appartenance nationale.
À travers cette commémoration, l’Assemblée nationale semble vouloir rappeler qu’une nation se construit aussi par la reconnaissance de ceux qui ont contribué à forger ses institutions.
Une mémoire politique au service des générations futures
Le choix d’organiser cette cérémonie au sein même du Parlement revêt une forte portée symbolique. Il ne s’agissait pas simplement d’honorer un ancien dignitaire, mais de réaffirmer le rôle des institutions dans la transmission des valeurs républicaines et de l’histoire politique du pays.
En rendant hommage à son prédécesseur, Michel Régis Onanga M. Ndiaye a insisté sur la nécessité de préserver cet héritage pour les générations futures. « Je tiens à saluer, avec honneur et dignité, la mémoire d’un homme d’État d’exception, dont le parcours demeurera à jamais une source d’inspiration pour les générations présentes et futures », a-t-il déclaré.
Dans une époque dominée par l’instantanéité politique et les tensions sociales, cette volonté de réhabiliter les figures historiques peut également être interprétée comme une tentative de restaurer des références communes autour de l’État, de l’engagement public et du sens des responsabilités.
Entre mémoire, identité et stabilité institutionnelle
L’événement dépasse finalement le seul hommage individuel. Il pose une question plus large. Quelle place le Gabon veut-il accorder à son histoire dans la construction de son avenir ?
Les nations qui traversent des périodes de transition ou de repositionnement institutionnel éprouvent souvent le besoin de renouer avec leurs repères historiques afin de consolider leur cohésion nationale. Dans ce contexte, remettre en lumière des personnalités comme Georges Damas Aleka revient aussi à rappeler les fondements de la continuité de l’État gabonais.
L’ouvrage présenté à cette occasion participe d’ailleurs à cette logique de transmission. Car préserver une mémoire politique ne consiste pas uniquement à célébrer des figures du passé ; il s’agit également de documenter leur action, d’analyser leur héritage et de permettre aux nouvelles générations de comprendre les trajectoires qui ont façonné leur pays.
Un signal politique et institutionnel
À travers cette cérémonie, l’Assemblée nationale envoie également un message institutionnel fort. Celui d’un Parlement soucieux de son histoire et de sa place dans l’évolution démocratique du Gabon.
Dans de nombreuses démocraties, les institutions tirent leur force autant de leurs textes fondateurs que de la mémoire de ceux qui les ont incarnées.
En réhabilitant publiquement la mémoire de Georges Damas Aleka, le Parlement gabonais rappelle ainsi que les institutions ne se résument pas à des bâtiments ou à des procédures administratives. Elles sont aussi le reflet d’hommes et de femmes qui, à différents moments de l’histoire, ont porté une certaine idée de l’État et du service public.
Quarante-quatre ans après sa disparition, Georges Damas Aleka réapparaît donc non comme une simple figure du passé, mais comme un symbole de continuité républicaine dans un Gabon en pleine redéfinition politique et institutionnelle.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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