Economie

Gabon : traquer les trafics pour protéger le capital forestier

Libreville, Mercredi 21 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Face aux réseaux qui exploitent illégalement le bois et alimentent la criminalité liée à la faune sauvage, le Gabon mise sur une meilleure coordination de ses institutions. Un atelier de cinq jours, ouvert le 19 octobre à la Direction générale des Douanes et des Droits indirects, entend renforcer les capacités d’enquête et d’intervention. Au-delà de la formation, l’enjeu est de transformer la coopération administrative en capacité réelle à démanteler les filières criminelles.

La protection des forêts ne se joue pas uniquement dans les parcs nationaux ou au cœur des massifs forestiers. Elle se joue aussi aux postes de contrôle, dans les circuits commerciaux, aux frontières et au sein des administrations chargées de faire respecter la loi. C’est sur ce terrain opérationnel que le Gabon entend intensifier sa réponse aux trafics illégaux de bois et aux crimes visant la faune sauvage.

Depuis le lundi 19 octobre 2026, la Direction générale des Douanes et des Droits indirects accueille un atelier de cinq jours consacré à ces menaces. Organisée en collaboration avec l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la rencontre a été officiellement ouverte par le ministre des Eaux et Forêts, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogho.

L’objectif affiché est de renforcer les compétences des institutions chargées de l’application de la loi et d’améliorer leur capacité à agir ensemble contre les réseaux impliqués dans l’exploitation forestière illégale et le trafic d’espèces sauvages, notamment dans les aires protégées.

Rompre avec les interventions en silos

La lutte contre ces activités ne dépend pas seulement de l’existence de lois ou de contrôles. Elle repose aussi sur la circulation de l’information, la rapidité des interventions et la capacité des services concernés à relier des faits qui, pris séparément, peuvent sembler isolés.

Douanes, administrations forestières et autres institutions compétentes doivent pouvoir coordonner leurs actions, partager les renseignements utiles et articuler leurs interventions. C’est précisément cette coopération interinstitutionnelle que l’atelier entend consolider.

L’enjeu est de dépasser une approche fragmentée, dans laquelle chaque service agit dans son périmètre, pour mieux identifier les chaînes d’approvisionnement, les mécanismes d’exportation illégale et les organisations qui tirent profit du commerce illicite. Le renforcement des capacités opérationnelles doit ainsi contribuer à rendre les contrôles plus efficaces et les enquêtes plus cohérentes.

La formation ne constitue toutefois qu’un point de départ. Son impact dépendra de la manière dont les connaissances acquises seront intégrées aux pratiques quotidiennes, des moyens disponibles et de la continuité de la coopération après la clôture des travaux.

La protection de la nature à l’épreuve des résultats

Pour le Gabon, dont le patrimoine forestier et la biodiversité représentent un enjeu environnemental majeur, la lutte contre les trafics illégaux dépasse la seule question de la préservation des espèces. Elle touche également à l’autorité de l’État, à la crédibilité des mécanismes de contrôle et à la capacité de faire respecter les règles encadrant l’exploitation des ressources naturelles.

Les réseaux criminels prospèrent lorsque les contrôles sont contournés, que les informations restent cloisonnées ou que les sanctions ne produisent pas d’effet dissuasif. À l’inverse, une action coordonnée peut permettre de mieux détecter les infractions, de remonter les filières et de concentrer les efforts sur les acteurs qui organisent les trafics, plutôt que sur leurs seuls exécutants.

L’atelier organisé avec l’ONUDC s’inscrit dans cette logique : développer des stratégies communes pour démanteler les organisations criminelles et préserver le patrimoine naturel gabonais. Mais les objectifs annoncés devront être évalués à l’aune de résultats concrets : amélioration du partage d’informations, opérations mieux coordonnées, enquêtes renforcées et démantèlement effectif des réseaux.

La souveraineté environnementale ne se mesure pas seulement à l’étendue des forêts protégées, mais à la capacité de les défendre. En réunissant les institutions autour d’une réponse commune, le Gabon pose une étape utile. Le défi décisif sera désormais de faire de cette coopération une pratique durable, dotée de moyens et mesurée par ses effets sur le terrain. Car protéger le capital naturel d’un pays exige davantage que des engagements : cela exige une application constante de la loi.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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