Niger : Le patron de Sonidep sacrifié sur fond de pénurie
Libreville, Samedi 10 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Niger produit du pétrole, mais peine à satisfaire la demande en essence. C’est dans ce paradoxe que s’inscrit le limogeage du colonel Ali Saibou Hassane, directeur général de la Société nigérienne de pétrole (Sonidep), décidé le 8 octobre par le général Abdourahamane Tiani, sans explication publique. Alors que les files d’attente s’allongent dans les stations-service, ce changement à la tête de l’entreprise chargée de l’approvisionnement national intervient au cœur d’une crise qui touche directement les ménages, les transporteurs et l’activité économique.
Quelques jours avant son départ, le responsable avait exposé les difficultés de la société devant le Conseil consultatif de la Refondation. Son constat était chiffré. La raffinerie de Zinder livrerait environ 1,6 million de litres d’essence par jour, alors que la consommation nationale peut atteindre 3 millions de litres. Cet écart contraint le pays à recourir aux importations pour couvrir ses besoins. Le limogeage ne fait toutefois l’objet d’aucune justification officielle permettant d’établir un lien direct entre les déclarations du dirigeant et son éviction.
Les données présentées par le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, devant le même conseil confirment l’ampleur du déséquilibre. Le déficit cumulé en essence a atteint 196,62 millions de litres durant les huit premiers mois de 2026, contre 159,74 millions sur l’ensemble de 2025. Pour le gasoil, le déficit s’établissait à 52,60 millions de litres sur la même période. Ces chiffres montrent que les tensions ne relèvent pas seulement d’incidents ponctuels dans la distribution, mais d’une difficulté persistante à rapprocher l’offre de la demande.
La situation s’explique aussi par l’évolution des circuits d’approvisionnement. Selon Ali Saibou Hassane, la réduction des volumes d’essence de contrebande venus du Nigeria a contribué à accroître la demande adressée aux stations-service officielles. Ce carburant informel pouvait représenter jusqu’à la moitié du marché, notamment dans les zones frontalières, avant de devenir plus coûteux après la suppression des subventions nigérianes. Le recul de cette source parallèle révèle ainsi une fragilité structurelle du marché nigérien, désormais davantage dépendant des circuits officiels.
La crise place les autorités devant des choix sensibles. À l’issue de sa session extraordinaire des 5 et 6 octobre, le Conseil consultatif de la Refondation a recommandé d’envisager une hausse raisonnable des prix à la pompe et un audit du secteur. Une augmentation pourrait contribuer à réduire le poids des subventions pour l’État, mais elle ferait aussi peser un risque supplémentaire sur le coût du transport et des biens de première nécessité. La pénurie et la réponse tarifaire engagent donc bien davantage que la gestion d’une entreprise publique.
Le remplacement du directeur général par Oumar Fatimata Marafa Salifou, inspectrice principale des douanes, ouvre une nouvelle séquence pour la Sonidep. Mais le changement de dirigeant ne suffira pas, à lui seul, à résorber le déficit. La priorité demeure la sécurisation des volumes disponibles, la transparence sur les besoins d’importation et la fiabilité de la distribution sur l’ensemble du territoire.
Pour un pays producteur, la question centrale est désormais celle de la capacité à convertir la ressource pétrolière en approvisionnement régulier. Tant que cet écart persistera, les files d’attente rappelleront que la souveraineté énergétique ne se mesure pas seulement au pétrole extrait ou raffiné, mais à la possibilité pour la population d’accéder au carburant dont dépend son quotidien.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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