OEACP : Le Gabon veut transformer la solidarité du Sud en pouvoir d’influence
Libreville, Lundi 2 Novembre 2026 (Infos Gabon) – À Bruxelles, le Gabon entend peser davantage dans les débats sur l’avenir de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP). Lors de la 984ᵉ réunion du Comité des ambassadeurs, le 29 octobre, son représentant en Belgique, Eudes Régis Immongault Tatangani, a pris part aux discussions consacrées à la gouvernance de l’institution, à ses priorités politiques et au renforcement de son action collective.
Derrière cette participation diplomatique se dessine une ambition plus large, celle de contribuer à faire de l’Organisation un instrument capable de défendre concrètement les intérêts de ses membres dans un ordre international en recomposition.
Une organisation face au défi de son influence
Présidée par l’ambassadeur d’Éthiopie, Eshete Tilahun Woldeyes, la réunion a notamment porté sur plusieurs échéances institutionnelles, dont la deuxième Assemblée parlementaire paritaire OEACP-Union européenne, la 65ᵉ Assemblée parlementaire de l’OEACP et le prochain Conseil des ministres. Ces rendez-vous doivent contribuer à définir les orientations de l’institution, mais ils renvoient surtout à une interrogation essentielle sur sa capacité à peser dans les grandes négociations internationales.
L’OEACP rassemble des États aux réalités différentes, mais confrontés à des vulnérabilités souvent comparables. Dépendance aux matières premières, endettement, déficit d’infrastructures, exposition aux changements climatiques et accès difficile aux financements constituent autant de contraintes qui limitent leur marge de manœuvre individuelle.
Dans un contexte marqué par les rivalités géopolitiques, la compétition pour les ressources stratégiques et la transformation des échanges économiques, l’action collective peut offrir à ces pays un poids de négociation supérieur à celui dont ils disposent séparément. Encore faut-il que cette solidarité se traduise par des positions communes, une coordination diplomatique efficace et une capacité à défendre des priorités partagées dans les enceintes où se décident les règles du commerce, du financement et de la transition environnementale.
L’enjeu est donc de dépasser le rôle d’espace de dialogue pour faire de l’OEACP un acteur de proposition et d’influence. La multiplication des réunions ne suffira pas à garantir cette évolution. Sa crédibilité dépendra de sa faculté à obtenir des avancées perceptibles pour ses États membres.
Le Gabon investi d’une responsabilité régionale
La participation d’Eudes Régis Immongault Tatangani prend un relief particulier au regard du rôle confié au Gabon comme coordonnateur de la région Afrique centrale au sein de l’Organisation. Cette responsabilité ne consiste pas seulement à défendre les intérêts de Libreville. Elle suppose également de rapprocher les positions des pays de la sous-région et de contribuer à faire émerger des priorités communes.
Pour le Gabon, cette fonction constitue une occasion de donner davantage de portée à sa diplomatie régionale. Plusieurs sujets peuvent nourrir cette démarche, notamment le financement du développement, la valorisation des ressources naturelles, la transition énergétique et la préservation des écosystèmes forestiers.
Le patrimoine forestier gabonais et les enjeux liés à la reconnaissance des services environnementaux rendus par les pays forestiers offrent notamment des arguments à porter dans les négociations internationales. Mais leur traduction diplomatique exige des alliances, une préparation technique des dossiers et une coordination durable avec les autres États concernés.
C’est là que se mesure la portée du rôle de coordonnateur. Le Gabon devra contribuer à transformer des préoccupations nationales parfois dispersées en propositions régionales défendues collectivement. Une démarche qui pourrait renforcer la visibilité de l’Afrique centrale au sein de l’OEACP, à condition de s’appuyer sur des priorités clairement définies et partagées.
De la Déclaration de Malabo aux résultats concrets
Les travaux de Bruxelles s’inscrivent dans la perspective de la mise en œuvre des orientations portées par la Déclaration de Malabo, présentée comme un cadre politique destiné à consolider la cohésion de l’Organisation et à renforcer son action. Le véritable test sera toutefois celui de son application. Les États membres attendent des mécanismes de coopération opérationnels, des partenariats économiques plus équilibrés, des financements accessibles et des programmes capables d’améliorer concrètement les conditions de développement.
La question du financement demeure particulièrement sensible. Les contraintes budgétaires auxquelles sont confrontés de nombreux pays membres rendent nécessaire une action collective en faveur de conditions plus adaptées, mais aussi de partenariats technologiques et d’une coopération Sud-Sud plus structurée. La solidarité ne peut se limiter à une convergence de discours. Elle doit permettre de mutualiser les capacités, de réduire les asymétries et de créer des possibilités nouvelles.
Pour le Gabon, cette séquence constitue ainsi un double enjeu. Il s’agit de contribuer à la transformation de l’OEACP tout en donnant un contenu concret à sa responsabilité de coordonnateur de l’Afrique centrale. Dans un monde où les rapports de force évoluent rapidement, la présence dans les organisations multilatérales ne suffit plus. Elle doit s’accompagner d’initiatives, de propositions et d’un suivi des engagements.
La question posée à Bruxelles dépasse donc le calendrier institutionnel. Elle concerne la capacité des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique à participer à la définition des règles internationales plutôt qu’à en subir les conséquences. Pour l’OEACP, comme pour le Gabon, le défi est désormais de convertir une solidarité proclamée en force organisée de négociation. C’est à cette condition que la voix collective de ses membres pourra gagner en influence et en crédibilité.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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