Taxe verte : le pari risqué du Gabon
Libreville, Vendredi 24 Juillet 2026 (Infos Gabon) – En faisant de la fiscalité environnementale l’un des piliers de sa Loi de finances rectificative 2026, le Gabon engage une réforme qui dépasse largement le cadre budgétaire.
Le gouvernement affirme vouloir faire contribuer davantage les activités les plus polluantes au financement de la transition écologique. Mais derrière cette ambition, une question s’impose déjà dans les milieux économiques. Comment concilier protection de l’environnement, compétitivité des entreprises et préservation du pouvoir d’achat des ménages dans un contexte de fortes tensions sur les prix ?
Publiées au Journal officiel du 17 juillet, les nouvelles dispositions réorganisent la taxe sur la protection de l’environnement et renforcent la Contribution Carbone appliquée aux secteurs maritime et aérien. Elles traduisent une volonté politique claire d’intégrer le coût environnemental dans les mécanismes économiques. Une orientation conforme aux grandes tendances internationales, mais dont les conséquences sociales pourraient rapidement alimenter le débat.
Une fiscalité écologique plus ambitieuse
Le nouveau dispositif fixe des niveaux de taxation précis selon les produits et les activités concernés. Les emballages plastiques seront désormais taxés à hauteur de 200 francs CFA par kilogramme. Les déchets industriels dangereux supporteront une taxe de 2 000 francs CFA par kilogramme. Les produits chimiques, lubrifiants et peintures seront soumis à un prélèvement de 50 francs CFA par litre, tandis que les produits non biodégradables seront taxés à raison de 100 francs CFA par kilogramme. Les exploitants miniers devront, pour leur part, acquitter 2 500 francs CFA par mètre cube de minerais extraits.
Ces prélèvements devront être déclarés et acquittés spontanément auprès des services fiscaux avant le 25 du mois suivant leur exigibilité. À travers cette réforme, l’État entend responsabiliser les producteurs et les utilisateurs de matières polluantes tout en générant de nouvelles ressources destinées au financement des politiques environnementales.
La Loi de finances rectificative réforme également la Contribution Carbone applicable aux opérateurs des secteurs maritime et aérien. Désormais calculée sur la base de la moitié de l’empreinte carbone générée par les mouvements internationaux entre le Gabon et l’étranger, cette contribution est fixée à 21 400 francs CFA par tonne de dioxyde de carbone émise.
Certaines catégories restent exonérées, notamment les navires de faible tonnage, les bâtiments battant pavillon gabonais, les vols domestiques, les aéronefs de moins de 18,5 tonnes ainsi que ceux exploités par une compagnie nationale détenue, exploitée ou privatisée par l’État.
L’AGADEV au cœur du dispositif
La réforme confie un rôle central à l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte(AGADEV). Elle sera chargée de calculer les montants dus, d’émettre les factures et de transmettre chaque mois les états liquidatifs à la Direction générale des impôts, qui assurera le contrôle et le recouvrement.
Le gouvernement précise également que cette Contribution Carbone reste exclusivement à la charge des opérateurs concernés et ne peut, en principe, être répercutée sur les clients. Les recettes collectées financeront exclusivement les programmes environnementaux, énergétiques et de transition écologique pilotés par l’agence.
Cette architecture traduit une volonté de donner davantage de crédibilité à la politique climatique gabonaise, alors que le pays cherche à conforter son image d’acteur majeur de la préservation des forêts du bassin du Congo.
Entre ambition écologique et risque inflationniste
Si l’objectif environnemental fait largement consensus, ses effets économiques suscitent davantage d’interrogations. Dans les faits, de nombreux produits visés par cette fiscalité interviennent dans la fabrication ou la distribution de biens de consommation courante.
Les emballages alimentaires, les produits d’hygiène, les huiles moteur utilisées par les transporteurs, les peintures destinées à l’habitat ou encore certains produits chimiques pourraient voir leurs coûts augmenter. Les petits commerçants, les artisans, les transporteurs et les ménages les plus modestes disposent de marges financières limitées pour absorber ces nouvelles charges.
À l’inverse, les grandes entreprises industrielles, notamment dans le secteur minier, disposent généralement d’une capacité plus importante pour intégrer ces coûts dans leur stratégie financière ou les répartir sur l’ensemble de leur chaîne de valeur.
De nombreux économistes rappellent que les taxes frappant les produits de grande consommation produisent souvent un effet régressif. Les ménages à faibles revenus consacrant une part beaucoup plus importante de leurs ressources aux dépenses essentielles subissent mécaniquement un impact plus élevé que les catégories les plus aisées.
Une réforme qui ouvre un débat de fond
En renforçant sa fiscalité environnementale, le Gabon rejoint le cercle des États qui cherchent à faire de l’économie un levier de la transition écologique. Le principe du pollueur-payeur, désormais largement admis à l’échelle internationale, trouve ainsi une traduction concrète dans le droit fiscal gabonais.
Toutefois, l’efficacité d’une telle réforme ne se mesurera pas uniquement aux recettes qu’elle générera ni aux objectifs climatiques qu’elle poursuivra. Elle dépendra également de sa capacité à préserver l’équilibre entre impératif écologique, justice sociale et compétitivité économique.
L’ambition environnementale est incontestable. Mais si la transition écologique devait, dans les faits, renchérir le coût de la vie des ménages les plus vulnérables sans mécanismes d’accompagnement adaptés, elle risquerait d’alimenter un débat bien plus large sur la répartition de l’effort collectif.
La véritable réussite de cette réforme ne résidera donc pas seulement dans la taxation du carbone ou des produits polluants, mais dans sa capacité à démontrer qu’une économie plus verte peut aussi être une économie plus juste.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : la riposte fiscale contre les géants du numérique

















