TICAD 9 : Le Japon tente de rattraper son retard en Afrique
Libreville, Mercredi 20 août 2025 (Infos Gabo) – Entre ambitions économiques et rivalités géopolitiques, le Japon veut tirer son épingle du jeu.
La neuvième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 9) qui s’est ouvert ce 20 août, a une nouvelle fois rappelé que le continent africain est devenu un terrain de compétition mondiale. Si la Chine, les États-Unis et l’Union européenne y multiplient depuis des années les investissements et les partenariats stratégiques, le Japon, plus discret, cherche aujourd’hui à accélérer son ancrage.
L’événement organisé à Tokyo par ATIDI, MUFG et NEXI illustre cette volonté : rassurer les investisseurs nippons, leur donner les outils pour réduire les risques et leur montrer que l’Afrique peut être un relais de croissance.
Pourquoi maintenant ?
Jusqu’ici, la présence japonaise en Afrique est restée limitée, éclipsée par les « Nouvelles routes de la soie » de Pékin ou par les méga-contrats énergétiques signés par les pays du Golfe et les majors américaines. Pourtant, les marchés africains sont en pleine expansion : explosion démographique, urbanisation rapide, besoins colossaux en infrastructures, télécommunications, énergie et transformation numérique.
Le Japon, qui doit composer avec une stagnation démographique interne et une économie mature, n’a pas le choix : pour rester compétitif, il doit s’ouvrir davantage à des marchés émergents dynamiques.
Le symbole Safaricom Ethiopia
Le projet Safaricom Telecommunications Ethiopia Plc, le plus grand investissement étranger en Éthiopie, est révélateur. Il montre que Tokyo peut jouer un rôle déterminant dans des secteurs stratégiques comme les télécoms, tout en mobilisant des outils financiers sophistiqués (assurance contre les risques politiques, financements mixtes, réassurance publique-privée).
C’est aussi une manière pour le Japon de dire : nous ne sommes pas condamnés à être de simples spectateurs en Afrique.
Rivalités et complémentarités
Face à la Chine, le Japon met en avant une approche différente : là où Pékin privilégie les grands travaux et les financements massifs, Tokyo insiste sur la qualité des infrastructures, la gestion prudente des risques et le partenariat à long terme. En cela, il cherche à se positionner comme un partenaire fiable, moins exposé aux accusations de « piège de la dette » que subit parfois la Chine.
Mais cette stratégie suppose que les entreprises japonaises osent franchir le pas. Or, le monde des affaires nippon est connu pour sa prudence et son aversion au risque. D’où l’importance des dispositifs mis en avant par ATIDI et NEXI : sans couverture contre les risques politiques et économiques, peu d’investisseurs accepteront de s’engager massivement.
Une course contre la montre
L’Afrique n’attend pas. Les États-Unis renforcent leur présence dans les énergies vertes, la Turquie multiplie les chantiers de BTP, les Émirats investissent dans les ports et l’agroalimentaire, et la Chine demeure omniprésente.
Dans ce contexte, le Japon ne peut plus se contenter de colloques ou de partenariats institutionnels. Il lui faut des projets concrets, visibles, transformateurs.
Le défi est clair : passer du discours à l’action. Car derrière chaque grand sommet comme la TICAD, ce sont les rapports de force géopolitiques qui se dessinent, et l’Afrique, loin d’être un simple spectateur, choisira ses partenaires en fonction de leur capacité à délivrer rapidement des résultats tangibles.
FIN/INFOSGABON/SO/2025
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