Economie

Le Gabon impose sa nouvelle doctrine économique

Libreville, Lundi 20 Juillet 2026 (Infos Gabon) – La visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema en France pourrait marquer un changement majeur dans les relations économiques entre Libreville et Paris. Au-delà des cérémonies officielles, un protocole d’accord en préparation avec Eramet ouvre la voie à une nouvelle stratégie industrielle.

L’ambition du Gabon n’est plus seulement d’exploiter son manganèse, mais de le transformer sur son territoire afin de créer davantage de valeur, d’emplois et de souveraineté économique.

Depuis plusieurs décennies, le manganèse gabonais occupe une place centrale dans les échanges entre le Gabon et la France. Grâce à sa filiale Comilog, le groupe français Eramet exploite l’un des plus importants gisements mondiaux à Moanda, tandis que sa filiale Setrag assure l’exploitation du Transgabonais, infrastructure essentielle au transport des minerais et à la mobilité nationale. Ce partenariat historique entre désormais dans une nouvelle phase.

Selon plusieurs sources concordantes, un protocole d’accord devrait être signé en marge de la rencontre officielle entre Brice Clotaire Oligui Nguema et Emmanuel Macron. Derrière cet engagement se dessine une évolution profonde du modèle économique gabonais, fondée sur l’industrialisation locale des ressources naturelles.

Transformer plutôt qu’exporter

Depuis son arrivée à la tête de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema défend une orientation économique claire. Le Gabon entend progressivement sortir d’un modèle reposant essentiellement sur l’exportation de matières premières brutes pour développer une véritable industrie de transformation.

Cette stratégie concerne au premier chef le manganèse, dont le Gabon demeure le deuxième producteur mondial. Jusqu’à présent, une part importante de cette richesse quitte le territoire sous forme de minerai avant d’être transformée ailleurs, privant ainsi l’économie nationale d’une partie importante de la valeur ajoutée.

Le protocole en préparation avec Eramet devrait précisément encadrer cette nouvelle ambition. Plusieurs projets industriels sont évoqués, notamment l’augmentation des capacités locales de transformation métallurgique, la production d’alliages à plus forte valeur ajoutée et le développement de nouvelles unités industrielles susceptibles de créer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects.

Pour Libreville, il ne s’agit pas d’une remise en cause du partenariat avec Eramet, mais d’une redéfinition de celui-ci afin qu’il accompagne les priorités de la Cinquième République.

Le Transgabonais au cœur des négociations

Les discussions ne concernent pas uniquement le manganèse. Le Transgabonais constitue également l’un des dossiers stratégiques de cette visite. Long de plus de 640 kilomètres, ce corridor ferroviaire relie les mines de Moanda au port d’Owendo. Il assure également le transport de milliers de voyageurs et représente une infrastructure indispensable au développement économique du pays.

Sa modernisation apparaît désormais incontournable face à l’augmentation attendue des volumes industriels. L’État gabonais souhaite renforcer les capacités logistiques, améliorer la sécurité des infrastructures et accompagner le développement de nouveaux pôles industriels à l’intérieur du territoire.

Dans cette perspective, Eramet demeure un partenaire majeur, mais Libreville entend également mobiliser d’autres investisseurs internationaux afin d’accélérer les projets ferroviaires, énergétiques et portuaires indispensables à son industrialisation.

Cette approche traduit une volonté de diversification des partenariats tout en maintenant des relations solides avec les acteurs historiques.

Une nouvelle relation économique avec la France

Au-delà des accords techniques, cette visite traduit une évolution plus profonde des relations franco-gabonaises.

Pour Paris, le Gabon apparaît aujourd’hui comme l’un des partenaires les plus stables d’Afrique centrale dans un contexte géopolitique marqué par la recomposition des influences internationales. La France entend démontrer qu’elle est capable de construire avec les États africains des partenariats davantage orientés vers le codéveloppement, le transfert de compétences et les investissements industriels.

Pour Libreville, l’objectif est différent mais complémentaire. Il s’agit d’obtenir des engagements concrets permettant d’accélérer la transformation de l’économie nationale, de renforcer la souveraineté industrielle et de créer davantage de richesses sur le territoire gabonais.

Si le protocole annoncé avec Eramet confirme les orientations actuellement évoquées, il pourrait constituer l’un des accords économiques les plus importants conclus entre les deux pays depuis plusieurs décennies. Il consacrerait surtout un changement de paradigme. Le Gabon ne souhaite plus seulement être un fournisseur de ressources stratégiques. Il ambitionne désormais d’en devenir un véritable transformateur industriel.

Cette évolution dépasse largement le seul secteur minier. Elle illustre la volonté des autorités gabonaises de faire de leurs ressources naturelles le moteur d’une croissance durable, fondée sur l’investissement, la création d’emplois qualifiés et la montée en puissance d’une économie à forte valeur ajoutée. C’est probablement sur ce terrain que se jouera le véritable succès de cette visite d’État.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI L’IA, nouvelle bataille des minerais africains

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *