Gabon : Nzeng-Ayong révèle le potentiel du Made in Gabon
Libreville, Dimanche 6 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, le marché agricole de Nzeng-Ayong a produit une image que les politiques agricoles cherchent depuis longtemps à obtenir. Des files devant les étals, des stocks qui s’épuisent avant la fermeture et des ménages venus acheter directement des produits du terroir.
Lancée les 4 et 5 septembre 2026 par la Maison de l’Entrepreneur au parking du stade de Nzeng-Ayong, la « Foire agricole, tous unis contre la vie chère » a attiré une forte affluence. Mais derrière le succès populaire de cette première édition se joue surtout une question économique majeure, celle de la capacité du Gabon à rapprocher durablement ses producteurs des consommateurs urbains.
La manifestation a mis en avant des produits présentés comme issus de la production nationale, avec des tarifs volontairement accessibles. La gazelle et le porc-épic entiers étaient proposés à 10 000 francs CFA, tandis que les autres viandes rouges et le porc étaient affichés à 1 500 francs le kilogramme. Le taro et le manioc en tubercules étaient vendus respectivement à 500 et 300 francs le kilogramme. Le paquet de manioc Agnizock, vendu directement depuis le village du même nom, était proposé à 1 500 francs, contre 4 500 à 6 000 francs habituellement selon les organisateurs.
Les autres produits confirmaient la volonté de cibler le panier quotidien des ménages. Le kilogramme d’oignons était proposé à 1 000 francs, le folon transformé à 800 francs, tandis que les pâtes d’arachide de 250 et 500 grammes coûtaient 2 000 et 3 850 francs. À la veille de la rentrée scolaire, la palette d’œufs à 3 000 francs a rapidement été épuisée.
Cette affluence fournit un premier enseignement. Lorsqu’un produit agricole est proposé dans un lieu facilement accessible et à un prix perçu comme raisonnable, le consommateur urbain répond présent. Mais elle révèle aussi les limites d’un modèle encore trop dépendant des intermédiaires, de la logistique et de l’irrégularité de l’approvisionnement.
Le producteur doit enfin rencontrer son marché
La fondatrice de la Maison de l’Entrepreneur, Nora Kassa, présente cette initiative comme un « retour aux sources ». Elle part d’un constat simple, de nombreux producteurs de l’arrière-pays peinent encore à écouler leurs récoltes faute de débouchés suffisamment structurés. Le marché de Nzeng-Ayong cherche précisément à casser cette distance en achetant en gros auprès des producteurs avant de rapprocher leur offre des consommateurs de la capitale.
Pour constituer les stocks, la Maison de l’Entrepreneur s’est appuyée sur le ministère de l’Agriculture et sur les directions provinciales afin d’identifier les producteurs intéressés. Le dispositif crée donc un premier pont entre l’offre rurale et la demande urbaine.
Eugène Assoumou, directeur de la foire, affirme avoir constaté une consommation soutenue pendant les deux jours, avec des stocks parfois épuisés avant l’heure prévue. Pour lui, cette réaction démontre l’intérêt des consommateurs pour les produits locaux et justifie l’idée de renouveler le rendez-vous à la fin de chaque mois, avec des volumes plus importants.
La gouverneure de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, venue elle-même s’approvisionner, a également salué cette démarche et insisté sur la nécessité de proposer à la population une alimentation de qualité à des prix réellement accessibles.
Un test pour la politique agricole
Le succès de Nzeng-Ayong ne doit toutefois pas être surestimé. Deux jours d’affluence ne suffisent pas à créer une filière agricole compétitive. Ils montrent néanmoins qu’un marché existe et qu’il peut répondre à la fois à une préoccupation sociale et à une stratégie de développement.
Le véritable défi sera de transformer cette foire expérimentale en mécanisme économique régulier. Cela implique des volumes constants, une qualité homogène, une chaîne du froid pour les produits périssables, des capacités de stockage, des transports adaptés et surtout une meilleure visibilité sur les producteurs et leurs capacités réelles de livraison.
Il faudra également répondre aux interrogations exprimées par certains consommateurs sur l’origine de certains produits. Le « produit local » ne pourra devenir une véritable référence commerciale que si sa traçabilité est suffisamment claire pour inspirer confiance.
La question est aussi nationale. Le Gabon cherche à réduire sa dépendance alimentaire et à développer les revenus du monde rural. Pour y parvenir, il ne suffit pas d’augmenter la production. Il faut créer un marché capable de l’absorber. Un producteur qui ne sait pas vendre renonce progressivement à investir, tandis qu’un consommateur qui ne trouve pas régulièrement le produit local retourne vers l’offre importée.
Nzeng-Ayong apporte donc une réponse intéressante à cette équation. La capitale peut devenir le débouché naturel des producteurs des provinces à condition que l’État et les opérateurs privés construisent les infrastructures et les circuits permettant cette rencontre en permanence.
La première édition a fait mouche. La prochaine étape sera plus difficile et plus importante, faire en sorte que ce succès cesse d’être un événement pour devenir un système. Car lutter contre la vie chère ne consiste pas seulement à vendre moins cher pendant un week-end. Cela consiste à produire davantage au Gabon, à mieux rémunérer ceux qui produisent et à faire parvenir leur travail au consommateur à un prix supportable. C’est cette chaîne complète qui déterminera finalement si le « Made in Gabon » peut devenir une véritable force économique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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