Gabon : Moanda, l’eau et la lumière changent d’échelle
Libreville, Lundi 24 Août 2026 (Infos Gabon) – À Moanda, le partenariat entre l’État gabonais et Eramet Comilog franchit une nouvelle étape qui pourrait compter davantage que le montant affiché sur le chèque. Le 22 août dernier, plusieurs infrastructures hydrauliques et d’éclairage public représentant 6,47 milliards de francs CFA ont été officiellement transférées au patrimoine de l’État.
Derrière cette rétrocession, il y a une question beaucoup plus stratégique pour le Gabon minier. Comment transformer les investissements réalisés autour des grands sites industriels en services publics durables pour les populations ?
La cérémonie a réuni le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, des représentants de la CNEE et de la SEEG, ainsi que Léod-Paul Batolo, administrateur-directeur général d’Eramet Comilog. La séquence a donné lieu à la visite de plusieurs réalisations puis à la signature des actes officialisant leur transfert.
Ce passage de relais est loin d’être administratif. Il signifie que des équipements initialement réalisés dans le cadre de la responsabilité sociétale de l’entreprise doivent désormais être intégrés à la gestion publique, avec l’enjeu décisif de leur exploitation, de leur maintenance et de leur continuité dans le temps.
À Lékolo II, une station de traitement d’eau dessert 417 logements, soit environ 2 022 personnes, avec une capacité de 12 m³ d’eau traitée par heure. Deux forages industriels supplémentaires apportent 22 m³ par heure au réseau de la SEEG. Le renforcement de deux surpresseurs doit également améliorer la desserte dans les secteurs confrontés aux difficultés d’approvisionnement.
Faire de l’investissement minier un dividende territorial
Le deuxième volet concerne l’éclairage public. Entre 2020 et 2026, près de 6 000 lampadaires solaires ont été déployés à Moanda, Mounana, Bakoumba et dans plusieurs localités environnantes, pour un investissement annoncé d’environ 5 milliards de francs CFA. L’objectif est immédiat, éclairer les espaces publics, faciliter les déplacements nocturnes et améliorer la sécurité et le cadre de vie.
Cette logique correspond à une évolution importante du rôle de la responsabilité sociétale des entreprises. Dans les territoires fortement dépendants d’une activité minière, l’impact attendu ne se limite plus aux emplois ou aux recettes fiscales. Les populations demandent aussi des infrastructures collectives capables d’améliorer concrètement leur quotidien.
Le cas de Moanda est particulièrement instructif. Eramet indique avoir consacré des investissements communautaires à l’eau, à la voirie, à l’éclairage, à la santé, à l’éducation et à la diversification économique dans le Haut-Ogooué. En 2025, le groupe faisait état de 26 projets communautaires dans les communes de Moanda, Mounana et Bakoumba, avec un impact annoncé sur plus de 240 000 personnes.
Le partenariat va donc au-delà d’une relation classique entre un État et une entreprise minière. Il pose la question du partage territorial de la valeur. Une mine peut produire du manganèse pour les marchés mondiaux, mais sa véritable légitimité locale se construit aussi dans la qualité de l’eau, l’éclairage des quartiers, les routes, la santé, l’éducation et les perspectives économiques offertes aux communautés.
Le transfert comme test de responsabilité
La rétrocession constitue cependant un tournant. Construire une station d’eau ou installer des lampadaires représente une première étape. Assurer leur fonctionnement pendant dix, quinze ou vingt ans est une autre affaire. Le passage au patrimoine public rend donc la question de la maintenance centrale.
C’est dans cette perspective que les prochains engagements annoncés par Eramet Comilog prennent leur importance. Deux études doivent porter, l’une sur l’augmentation de la capacité de captage de Lékolo II, l’autre sur un avant-projet détaillé consacré à la mobilisation des eaux de l’Ogooué. Les résultats doivent être transmis au ministère afin d’éclairer les prochaines décisions.
Cette continuité est essentielle. Le véritable bilan d’un investissement communautaire ne se mesure pas au jour de l’inauguration, mais à sa capacité à rester fonctionnel lorsque les projecteurs se sont éteints. Pour l’État, la rétrocession crée donc une responsabilité nouvelle. Il lui appartient désormais de garantir que les équipements transférés deviennent effectivement des composantes durables du service public.
Pour Eramet Comilog, l’opération constitue parallèlement un signal sur l’évolution de sa relation avec les territoires. Le groupe a déjà renforcé son action en matière de santé, d’entrepreneuriat et de diversification économique. En 2025, son fonds d’amorçage avait ainsi soutenu des entrepreneurs dans les communes traversées par le Transgabonais, tandis que l’entreprise poursuivait ses investissements communautaires.
À Moanda, le véritable enjeu est donc désormais de transformer les 6,47 milliards de francs CFA investis en un service public durablement opérationnel. L’eau et la lumière ne doivent pas seulement témoigner de la responsabilité d’une entreprise minière. Elles doivent devenir les signes visibles d’un modèle où l’exploitation des ressources naturelles produit aussi, sur le territoire qui les abrite, un dividende social concret et durable.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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