Environnement

Gabon : Grand Libreville, l’offensive contre les déchets

Libreville, Vendredi 4 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le gouvernement gabonais veut désormais reprendre le contrôle d’un problème devenu trop visible pour être traité par de simples opérations ponctuelles de nettoyage. Réuni le 2 septembre 2026 avec les maires de Libreville, Akanda et Owendo ainsi qu’avec les ministres concernés, le vice-président du gouvernement Hermann Immongault a engagé une nouvelle offensive contre l’insalubrité dans le Grand Libreville.

Le ton a changé. À la sensibilisation doit désormais s’ajouter l’application effective des sanctions prévues par les textes.

La réunion avait pour objectif d’identifier les défaillances qui continuent d’alimenter l’accumulation des déchets et de comprendre pourquoi les règles d’hygiène publique restent insuffisamment appliquées. Les collectivités ont présenté leurs actions et leurs difficultés, tandis que le gouvernement a insisté sur la nécessité d’un dispositif opérationnel plus rigoureux.

Le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a reconnu la persistance des comportements inciviques et défendu une approche combinant information et répression. Le message est désormais explicite, la propreté de Libreville ne peut plus reposer uniquement sur les services chargés du ramassage. Elle dépend aussi du comportement des citoyens et de leur respect des règles collectives.

Cette distinction est fondamentale. Car le problème du Grand Libreville n’est pas réductible à quelques dépôts sauvages. En mars 2026, une enquête de L’Union avait déjà mis en évidence les limites de la chaîne de collecte, avec des amas d’ordures persistants dans plusieurs quartiers malgré l’existence d’un dispositif officiel. La question porte donc à la fois sur les capacités logistiques, la fréquence du ramassage, l’organisation territoriale et le comportement des habitants.

L’État a commencé à répondre à la dimension structurelle du problème. Le projet de gestion durable des déchets lancé en février prévoit notamment un Centre de traitement et de valorisation des déchets à Nkoltang, des centres de transfert et des installations destinées à moderniser profondément la chaîne de traitement pour les communes de Libreville, Akanda, Owendo et Ntoum.

Cette infrastructure sera déterminante, mais elle ne suffira pas. Une ville peut disposer d’un centre moderne et continuer à être sale si les déchets ne sont pas correctement collectés en amont ou si les habitants abandonnent leurs détritus dans l’espace public. À l’inverse, exiger davantage de discipline des citoyens sans assurer un service régulier et accessible serait tout aussi inefficace.

C’est pourquoi la nouvelle doctrine gouvernementale devra reposer sur une chaîne complète. Des points de collecte adaptés, des itinéraires optimisés, des moyens suffisants, un contrôle des opérateurs, une communication permanente et des sanctions réellement appliquées. La responsabilité doit être partagée, mais elle doit aussi être clairement attribuée.

Une question de gouvernance urbaine

La salubrité devient ainsi un test de gouvernance pour les trois communes du Grand Libreville. Elle suppose une coordination plus étroite entre l’État et les collectivités, alors que l’agglomération fonctionne comme un ensemble urbain continu dont les problèmes ignorent les frontières administratives.

Hermann Immongault a précisément demandé que les efforts engagés dans la capitale soient étendus progressivement aux autres villes et chefs-lieux du pays. L’ambition affichée est d’utiliser le Grand Libreville comme point de départ d’une dynamique nationale.

Mais cette ambition devra être accompagnée d’indicateurs précis. Combien de tonnes sont collectées chaque jour, dans quels quartiers, avec quels délais, quel coût et quel taux de valorisation ? Combien de contrevenants sont effectivement sanctionnés ? Où sont les zones de dépôt récurrentes ? Sans données publiques permettant d’évaluer les résultats, la lutte contre l’insalubrité risque de rester prisonnière des opérations de communication.

Le gouvernement a raison de durcir le ton. Il doit maintenant aller plus loin en imposant une véritable culture du résultat. La propreté d’une ville n’est pas un embellissement superficiel. Elle touche à la santé publique, à l’attractivité économique, à l’environnement et à la dignité des habitants.

Le Grand Libreville dispose désormais de plusieurs leviers pour changer de modèle, notamment avec le futur centre de Nkoltang. Mais le succès dépendra de la cohérence de l’ensemble. Les pouvoirs publics devront assurer le service, les collectivités devront contrôler, les citoyens devront respecter les règles et les sanctions devront être appliquées de manière équitable.

L’offensive annoncée le 2 septembre peut donc constituer un véritable tournant. À une condition, que la fermeté ne remplace pas la réforme du système et que les infrastructures ne servent pas d’alibi à l’absence de discipline. Une capitale propre n’est pas celle qui nettoie le plus après coup. C’est celle qui organise suffisamment bien son système pour que les déchets n’aient plus le temps de devenir un problème public.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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