Gabon : Owendo, le choc de 100 MW
Libreville, Vendredi 4 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Owendo, le Gabon s’apprête à déplacer bien plus que cinq turbines. Du 6 au 8 septembre 2026, un convoi exceptionnel acheminera du port commercial vers la centrale thermique d’Akournam cinq nouvelles turbines à gaz représentant une capacité cumulée de 100 mégawatts.
L’opération perturbera temporairement la circulation, mais son enjeu dépasse largement les trois jours de ralentissement annoncés. Elle constitue une étape majeure dans la tentative de sortie de crise énergétique du Grand Libreville, où la fiabilité de l’électricité conditionne désormais autant la vie quotidienne que la performance de l’économie.
Selon la SEEG, le transport s’effectuera chaque jour entre 4 heures et environ 18 h 30, sous escorte des forces de l’ordre. L’axe reliant le port à la centrale sera soumis à des perturbations de trafic et la société recommande aux automobilistes d’emprunter, autant que possible, des itinéraires alternatifs. Derrière cette contrainte exceptionnelle se trouve toutefois un investissement dont l’objectif est beaucoup plus durable, renouveler le parc thermique d’Owendo afin de sécuriser la production et améliorer la qualité du service.
Les cinq équipements doivent ainsi renforcer une centrale stratégique pour l’alimentation du Grand Libreville. La SEEG a annoncé leur mise en service dans le cadre de son programme de renouvellement des moyens de production thermique à gaz. L’entreprise inscrit cette opération dans une stratégie plus large visant à sortir progressivement la capitale et sa périphérie du régime des délestages et des tensions d’approvisionnement.
L’enjeu est considérable. Dans une agglomération qui concentre une part majeure de la population et de l’activité économique du Gabon, les insuffisances électriques ne touchent pas seulement les foyers. Elles affectent les commerces, les administrations, les établissements de santé, les industries et les petites entreprises dont les coûts explosent lorsque l’alimentation devient irrégulière. La disponibilité énergétique devient donc un déterminant direct de la compétitivité du territoire.
Mais les 100 MW annoncés ne doivent pas être interprétés comme une solution à eux seuls. La crise électrique gabonaise est également liée au transport et à la distribution de l’énergie. Le plan 2025-2028 de la SEEG prévoit parallèlement la réhabilitation d’installations et le renforcement des capacités de transit. Un nouveau câble entre Owendo et Bisségué doit notamment améliorer le transport d’électricité et contribuer à absorber une demande domestique et industrielle en progression.
Cette complémentarité est essentielle. Produire davantage sans disposer d’un réseau capable d’acheminer l’électricité de manière stable reviendrait à déplacer le problème. Le véritable redressement doit donc fonctionner comme une chaîne, avec des moyens de production disponibles, des lignes suffisamment dimensionnées, une maintenance régulière et une gestion capable d’anticiper la croissance de la demande.
Pour le Grand Libreville, l’arrivée des turbines constitue néanmoins un signal tangible. Après les annonces et les plans d’urgence, le matériel arrive physiquement sur le territoire et entre dans une phase opérationnelle. Le calendrier devient dès lors le principal juge de paix. Les équipements devront être installés, testés et effectivement mis en service, puis maintenir leurs performances dans la durée.
Le rendez-vous est stratégique pour la SEEG comme pour l’État. Une amélioration durable de l’électricité permettrait de restaurer la confiance des usagers et de donner davantage de visibilité aux entreprises. Elle pourrait également rendre plus crédible l’ambition d’industrialisation du Gabon, impossible à soutenir durablement avec une énergie instable.
Le convoi des 6, 7 et 8 septembre sera donc visible sur les routes d’Owendo. Mais son véritable impact devra se mesurer des semaines et des mois plus tard, lorsque les habitants et les entreprises jugeront la régularité du courant. Le Gabon n’a plus seulement besoin de mégawatts supplémentaires. Il doit construire un système électrique capable de transformer chaque mégawatt produit en service fiable. C’est à cette condition que les cinq turbines deviendront autre chose qu’un équipement de plus dans une centrale. Elles pourront devenir l’un des signes concrets du redressement énergétique du pays.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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