Gabon : Brëndi, le Gabon change d’échelle
Libreville, Dimanche 6 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, une petite entreprise agroalimentaire commence à porter une ambition qui dépasse largement ses propres frontières.
Reçue jeudi 3 septembre dernier par le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, la cofondatrice de Brëndi, Brenda Tsiba Djouassa-Ondoua Zehau accompagnée par le Représentant résident de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au Gabon, Dr Athman Mravili, prépare une nouvelle étape de son parcours entrepreneurial.
Du 12 au 16 octobre prochain, son initiative sera mise à l’honneur à Rome, au siège de la FAO, dans le cadre du World Food Forum. Pour le Gabon, cette invitation constitue une vitrine rare pour démontrer que ses matières premières agricoles peuvent devenir des produits finis, innovants et commercialisables au-delà du marché national.
La reconnaissance prend une dimension particulière. Selon les informations communiquées par les autorités gabonaises, la candidature de Brenda Tsiba Djouassa a été retenue parmi plus de 600 candidatures issues de 131 pays, lui permettant d’intégrer le groupe des 100 premières « héroïnes » des systèmes agroalimentaires et du développement rural distinguées par la FAO. Cette sélection donne à une entrepreneure gabonaise une visibilité internationale qui dépasse le seul secteur alimentaire.
Créée en 2021, Brëndi transforme plusieurs produits du terroir, notamment le taro, les feuilles de taro, le poulet fumé et la noix de palme, en petits pots nutritifs destinés aux enfants. L’entreprise revendique aujourd’hui près de 40 000 pots produits, pour environ 1 000 enfants nourris. Elle a également bénéficié d’un accompagnement du Programme des Nations unies pour le développement à hauteur de 11 millions de FCFA, donnant à ce projet une première assise financière et institutionnelle.
Cette trajectoire illustre une faiblesse mais aussi une opportunité du modèle agricole gabonais. Le pays dispose de ressources naturelles importantes, mais transforme encore insuffisamment ses productions en biens à forte valeur ajoutée. Or la véritable bataille n’est pas seulement de produire du taro, du manioc, des fruits ou des protéines animales. Elle consiste à transformer ces matières premières, à les conditionner, à respecter des normes de qualité et à bâtir des marques capables de conquérir un marché.
Une reconnaissance qui oblige à grandir
Le passage de Brëndi à Rome intervient justement dans un contexte international où la FAO cherche à accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires grâce à l’innovation, à la science, aux investissements et à la mobilisation de la jeunesse. Le thème transversal du World Food Forum 2026 est « Innovate today. Nourish tomorrow ».
Cette orientation correspond directement à ce que représente Brëndi. L’entreprise ne vend pas simplement un produit alimentaire gabonais. Elle tente de transformer des ressources locales en une solution nutritionnelle adaptée à un besoin précis. C’est cette capacité à relier agriculture, transformation, nutrition et entrepreneuriat qui peut intéresser les investisseurs et partenaires internationaux.
Pacôme Kossy encourage ainsi l’entreprise à regarder d’abord vers les marchés africains. Cette stratégie paraît cohérente. Avant de chercher une implantation mondiale, Brëndi peut construire une véritable base régionale en profitant de la proximité des marchés, des habitudes alimentaires comparables et des dynamiques d’intégration commerciale africaines.
Mais l’internationalisation impose une autre exigence. Passer d’une production artisanale ou semi-industrielle à une marque exportable suppose des volumes réguliers, une chaîne d’approvisionnement sécurisée, des normes sanitaires strictes, une capacité logistique et une stratégie commerciale. La reconnaissance de la FAO ouvre une porte. Elle ne remplace pas les investissements nécessaires pour la franchir.
Le véritable enjeu est industriel
Le parcours de Brëndi révèle finalement une question beaucoup plus large pour le Gabon. Le pays veut désormais réduire sa dépendance aux importations alimentaires et renforcer sa transformation locale. Pour y parvenir, il lui faudra multiplier les entreprises capables de faire ce que cette jeune marque expérimente déjà, acheter localement, transformer localement et vendre sous une marque gabonaise.
La politique agricole ne peut donc plus être pensée uniquement en termes de rendement des cultures. Elle doit intégrer le financement des PME agroalimentaires, la recherche, la formation, les normes, l’emballage, la distribution et l’accès aux marchés. C’est dans cet écosystème que naîtront les futurs champions nationaux.
Le rendez-vous de Rome pourrait à cet égard devenir un accélérateur. Le Forum mondial de l’alimentation rassemble précisément des acteurs intéressés par l’innovation et le financement de systèmes agroalimentaires plus durables et inclusifs. Le volet investissement du forum permet notamment aux gouvernements et aux opérateurs de présenter des projets à un public international d’investisseurs.
Brëndi arrive donc sur une scène où son histoire peut devenir un argument économique pour le Gabon. Une entreprise née en 2021, soutenue par des partenaires publics et internationaux, ayant déjà produit des dizaines de milliers de petits pots, peut désormais chercher à attirer de nouveaux financements, élargir sa distribution et renforcer sa capacité industrielle.
Le pays devra toutefois éviter un piège fréquent. Une distinction internationale ne doit pas devenir une fin en soi. La véritable réussite serait de voir cette reconnaissance déboucher sur des contrats, des investissements, des emplois et une présence commerciale durable sur les marchés africains.
Brëndi apporte ainsi une démonstration intéressante. Le « Made in Gabon » peut devenir crédible lorsque la matière première locale cesse d’être exportée ou vendue sans transformation et devient un produit fini, identifiable et compétitif.
Le 3 septembre à Libreville, le Gabon a donc présenté une entrepreneure. En octobre à Rome, il aura l’occasion de présenter une capacité. Celle de produire, de transformer et d’innover. Le véritable défi sera ensuite de faire de cette exception un modèle reproductible. Car un pays ne construit pas sa souveraineté alimentaire avec une seule marque. Il la construit lorsqu’un écosystème entier de producteurs et d’entrepreneurs devient capable de nourrir sa population et de conquérir les marchés voisins avec sa propre valeur ajoutée.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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