Gabon : Santé, le privé rejoint la bataille
Libreville, Dimanche 6 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le système de santé gabonais cherche un nouveau point d’équilibre. Jeudi 3 septembre, la ministre de la Santé, Pr Elsa Nkana Joséphine Ayo épouse Bivigou, a réuni les responsables des établissements médicaux privés membres de l’AREMPG pour ouvrir un dialogue plus structuré entre l’État et les acteurs privés.
Derrière cette rencontre se joue une question essentielle pour le pays, celle de savoir comment faire travailler ensemble toutes les capacités sanitaires disponibles afin d’améliorer concrètement les soins.
La démarche traduit une évolution dans la méthode gouvernementale. Le secteur privé n’est plus seulement considéré comme un acteur parallèle au système public, mais comme un partenaire dont les contraintes et les capacités doivent être prises en compte dans la construction de l’offre nationale. Les échanges ont permis d’exposer les difficultés rencontrées par les établissements privés et de recueillir des propositions sur la prise en charge des patients.
Le ministère prévoit désormais d’institutionnaliser ces échanges à travers des rencontres trimestrielles. L’objectif est de disposer d’un cadre régulier permettant de faire remonter les problèmes, d’identifier les blocages et de rechercher des solutions avant qu’ils ne deviennent des crises. Cette régularité peut sembler administrative, mais elle touche à une question beaucoup plus importante, celle de la coordination d’un système de santé qui mobilise plusieurs catégories d’acteurs.
Le besoin est réel. Le Gabon a engagé depuis plusieurs mois une modernisation de son appareil sanitaire, avec des investissements dans les hôpitaux, les équipements et les structures de proximité. Au Centre hospitalier universitaire de Libreville, de nouveaux équipements biomédicaux ont été acquis et une IRM est en cours d’installation. Le gouvernement prévoit également un équipement similaire au CHU d’Owendo et vise la présence d’un scanner dans chaque province d’ici à la fin de 2026.
Cette montée en gamme s’accompagne d’un effort sur les soins de proximité. Sur les 537 dispensaires recensés dans le pays, 90 font actuellement l’objet de travaux de réhabilitation et d’équipement, tandis que plusieurs centres médicaux et établissements hospitaliers régionaux bénéficient également de programmes de modernisation.
L’ambition est claire, éviter que les investissements dans les infrastructures ne restent sans effet sur le parcours réel du patient. Un équipement performant n’a de valeur que s’il est accessible, correctement utilisé, entretenu et intégré dans une organisation capable d’orienter les malades au bon endroit et au bon moment.
Cette question devient encore plus sensible lorsqu’il s’agit d’articuler les établissements publics et privés. Le secteur privé dispose de plateaux techniques, de personnels et de capacités d’accueil qui peuvent compléter l’offre publique. Mais cette complémentarité suppose des règles claires, des mécanismes de référence des patients, une circulation fiable de l’information médicale et des relations financières suffisamment transparentes.
La coordination plutôt que la concurrence
La volonté de dialogue intervient après plusieurs épisodes ayant montré les difficultés du secteur à fonctionner de manière totalement coordonnée. Le gouvernement a engagé en 2026 une réforme visant notamment à améliorer la disponibilité des médicaments, après avoir constaté des dysfonctionnements dans les chaînes d’acquisition, de stockage et de distribution.
La prise en compte du privé doit donc s’inscrire dans une architecture plus large. L’État reste le garant de l’accès aux soins et de la régulation, tandis que les établissements privés peuvent contribuer à augmenter la capacité de prise en charge. Il ne s’agit pas de confondre les missions, mais d’éviter que les ressources disponibles fonctionnent en silos.
Pour le patient, peu importe finalement qu’un soin soit fourni dans un établissement public ou privé. Ce qui compte est sa qualité, son accessibilité, sa continuité et son coût. C’est à cette aune que devra être évaluée la nouvelle coopération.
Le gouvernement dispose également d’une fenêtre financière importante. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé le 30 août une enveloppe de 55 milliards de francs CFA pour accélérer la transformation du système de santé, dont 44 milliards consacrés au renforcement du plateau technique, 6 milliards à la restauration dans les structures hospitalières et 5 milliards aux prestations de la CNAMGS.
Le patient comme seul indicateur
La réunion du 3 septembre prend dès lors une signification particulière. Elle doit permettre de faire converger investissements publics, capacités privées, ressources humaines et outils numériques. Le Gabon expérimente déjà le dossier patient informatisé dans certains établissements et poursuit la digitalisation de son système de santé.
Cette transformation doit cependant rester centrée sur le résultat. La multiplication des infrastructures ou des équipements ne suffira pas si les patients continuent à rencontrer des ruptures de médicaments, des délais excessifs, des problèmes d’orientation ou des difficultés financières.
Le choix d’instaurer un dialogue trimestriel avec le secteur privé peut précisément permettre d’installer une culture de résolution des problèmes. Il faudra désormais lui donner un contenu mesurable, avec des engagements précis, un suivi des décisions et une évaluation régulière des effets sur les patients.
Le Gabon a engagé une modernisation lourde de son système de santé. Mais la prochaine étape est plus exigeante. Il faut transformer la coexistence du public et du privé en véritable complémentarité. Un système performant n’est pas celui qui possède le plus d’hôpitaux ou d’équipements. C’est celui qui permet à un patient d’obtenir le bon soin, au bon endroit, au bon moment.
La rencontre du 3 septembre peut constituer le début de cette nouvelle architecture. Son succès dépendra désormais de la capacité des acteurs à dépasser les logiques institutionnelles pour construire un système où toutes les forces disponibles travaillent enfin dans la même direction.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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