Gabon : Port-Gentil, le grand redémarrage
Libreville, Mercredi 9 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Port-Gentil joue une partie décisive de son avenir énergétique. Le 8 septembre, après avoir inspecté les nouvelles installations de la centrale thermique de la SEEG, le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a annoncé un renforcement pouvant porter la capacité électrique installée de la capitale économique à environ 125 à 127 MW, contre 37 MW actuellement selon les capacités retenues dans le dispositif présenté au gouvernement.
Deux turbines à gaz de 25 MW chacune doivent apporter 50 MW, auxquels s’ajouteraient 40 MW dans le cadre d’un autre contrat.
Cette annonce intervient après une opération logistique spectaculaire. Acheminées depuis le port commercial vers la centrale thermique les 2 et 3 septembre sous escorte, les deux turbines doivent remplacer notamment des équipements anciens dont certaines installations remontent aux années 1970. La SEEG avait annoncé dès janvier le démantèlement de deux turbines Alstom de 20 MW et leur remplacement par un ensemble de 50 MW.
Le changement attendu est donc moins une addition comptable de puissance qu’une tentative de sortir d’un système devenu trop vulnérable. Dans une ville où la demande de pointe est estimée entre 45 et 48 MW, une capacité installée d’environ 125 MW offrirait théoriquement une marge beaucoup plus importante.
L’électricité comme condition de la relance
Port-Gentil n’est pas une ville ordinaire dans l’économie gabonaise. Capitale pétrolière, industrielle et portuaire, elle concentre des activités dont la continuité dépend directement de la disponibilité énergétique. Chaque coupure affecte les ménages, mais aussi les entreprises, les ateliers, les administrations, les établissements sanitaires et toute la chaîne de production.
Le gouvernement veut donc faire de ces investissements un levier économique. L’objectif ne consiste pas seulement à réduire les délestages, mais à donner aux opérateurs une visibilité suffisante pour investir, transformer et développer leurs activités. C’est l’une des raisons pour lesquelles le programme comprend plusieurs sources de capacité, avec la poursuite des activités de la Société du Patrimoine et l’arrivée de nouvelles installations.
La promesse devra cependant être mesurée à la puissance réellement injectée dans le réseau. Une capacité installée supérieure à la demande ne garantit pas automatiquement une alimentation stable. Il faut que les équipements soient effectivement opérationnels, que le combustible soit disponible, que le réseau puisse absorber la production et que la maintenance soit organisée dans la durée. réseau puisse C’est là que commence le véritable test du programme.
L’eau révèle une fragilité plus profonde
Le défi de Port-Gentil ne se limite pourtant pas à l’électricité. La ville connaît également des difficultés récurrentes d’approvisionnement en eau, aggravées par la salinité de l’Ogooué à hauteur de la station de Mandorové. La baisse saisonnière du niveau du fleuve et l’influence des marées favorisent l’intrusion d’eau salée, obligeant ponctuellement la SEEG à interrompre le pompage pour protéger ses installations.
Le gouvernement annonce une réponse beaucoup plus lourde. Elle comprend une nouvelle prise d’eau en amont de l’Ogooué, un bassin de rétention, de stockage et de décantation, une station de traitement à Mandorové et le remplacement de la conduite reliant la station à Port-Gentil sur environ 30 kilomètres par une canalisation d’un diamètre de 1,20 mètre.
Deux châteaux d’eau, notamment vers l’aéroport et N’tchengué, ainsi que la réhabilitation d’ouvrages existants doivent compléter le dispositif. Le réseau de distribution, évalué à environ 285 kilomètres dans les données présentées par le ministre, doit également être réhabilité. Le gouvernement envisage parallèlement une extension du réseau sur environ 120 kilomètres afin de porter la couverture à près de 90 % de la ville.
L’intérêt de cette approche est de traiter la chaîne entière. Produire davantage d’eau ne sert à rien si elle ne peut être transportée, stockée puis distribuée correctement. De même, produire davantage d’électricité ne suffira pas si les réseaux de distribution restent fragiles.
Le calendrier sera le juge
Le gouvernement promet des installations énergétiques supplémentaires dans un horizon de 30 à 45 jours. Les opérations d’installation et de raccordement des deux turbines de 50 MW sont déjà engagées, avec des essais nécessaires avant la mise en production. Cette phase pourrait provoquer des interruptions temporaires, une contrainte qui devra être annoncée avec suffisamment de précision aux usagers.
La question de la communication devient donc stratégique. Dans une ville déjà éprouvée par les coupures, chaque silence alimente la défiance. La SEEG et les autorités locales devront publier un calendrier lisible, expliquer les interruptions nécessaires et surtout rendre compte de la mise en service effective.
Les projets doivent également produire des retombées locales. Le programme présenté prévoit environ 125 emplois directs chez Aksa Enerji, avec une proportion annoncée de 90 % de Gabonais, et près de 60 emplois directs au niveau de SE2S, avec 70 à 80 % de nationaux. La sous-traitance doit également ouvrir des possibilités aux PME et PMI gabonaises.
Port-Gentil se trouve donc devant une équation simple mais exigeante. Il faut produire plus, distribuer mieux, sécuriser l’eau et transformer ces infrastructures en activité économique.
Les nouvelles turbines sont un signal fort. Elles ne constituent toutefois qu’un début. La réussite du programme se mesurera lorsque les habitants constateront une électricité plus stable, une eau plus régulière et que les entreprises pourront travailler avec moins d’incertitude.
Pour la capitale économique, le véritable redémarrage ne sera pas celui de la centrale. Ce sera celui de la confiance.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : Nyanga, l’épreuve des chantiers

















