Economie

Gabon : Radio Mandji, le foncier public sous surveillance

Libreville, Dimanche 27 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Port-Gentil, une visite administrative prend les allures d’un dossier de gouvernance. En inspectant Radio Mandji, jeudi 24 septembre, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, n’a pas seulement évalué l’état de fonctionnement d’une station publique. Il a découvert une situation foncière susceptible de réduire fortement l’emprise historique du domaine affecté à cette infrastructure.

Derrière les mètres carrés disparus se pose une question plus large, celle de la capacité de l’État gabonais à connaître, protéger et sécuriser durablement son propre patrimoine.

La mission s’inscrivait dans une tournée d’inspection consacrée aux infrastructures placées sous la responsabilité du ministère. Mais les documents présentés par les responsables de Radio Mandji ont déplacé le centre de gravité de la visite. Selon les éléments communiqués au ministre, le titre foncier TF n°1185, attribué à la station, aurait fait l’objet de plusieurs opérations de morcellement au bénéfice de particuliers et d’opérateurs économiques.

Le phénomène aurait entraîné la cession d’une superficie estimée à près de 42 000 mètres carrés. Une réduction suffisamment importante pour poser la question de l’avenir de l’emprise foncière de la radio et de sa capacité à évoluer. Pour un média public, le sujet ne relève donc pas uniquement du cadastre. Il touche directement à la préservation d’un outil appartenant à la collectivité.

42 000 mètres carrés et une chaîne administrative à reconstituer

Le point central du dossier n’est toutefois pas encore de désigner des responsables. Il consiste d’abord à comprendre comment ces opérations ont pu intervenir et sur quelle base juridique et administrative elles ont été réalisées.

La délivrance, la modification ou le morcellement d’un titre foncier obéissent à des procédures qui mobilisent plusieurs niveaux d’instruction et de validation. C’est précisément cette chaîne que l’administration entend désormais reconstituer. Les demandes déposées, les pièces produites, les actes délivrés, les signatures apposées et les différentes étapes de validation devront être confrontés aux archives et aux registres disponibles.

Cette méthode est déterminante. Elle doit permettre de distinguer une éventuelle erreur administrative d’une insuffisance de contrôle, d’une négligence ou de toute autre anomalie qui ne pourrait être établie qu’après examen des faits. La priorité est donc à la traçabilité documentaire.

Le dossier Radio Mandji pourrait ainsi devenir un test grandeur nature de la capacité de l’administration à reconstituer l’histoire juridique d’un bien public. Car la protection du patrimoine de l’État commence par une donnée élémentaire mais souvent décisive, savoir précisément quels biens lui appartiennent, dans quelles limites et sous quel régime juridique.

Au-delà de Radio Mandji, le problème du patrimoine public

L’enjeu dépasse dès lors les seuls terrains de la station de Port-Gentil. Si les éléments présentés au ministre sont confirmés, ils pourraient révéler les conséquences d’un dispositif de suivi foncier insuffisamment robuste autour de certaines propriétés publiques.

Un domaine appartenant à l’État ne constitue pas seulement une réserve foncière. Il peut accueillir des infrastructures, permettre leur extension, protéger leur fonctionnement ou préserver des investissements futurs. Lorsque son emprise se réduit progressivement, c’est donc aussi la capacité de la puissance publique à planifier à long terme qui peut être affectée.

Le dossier pose également la question de la mémoire administrative. Les titres, plans, archives, autorisations et actes successifs doivent pouvoir être retrouvés, comparés et vérifiés. Sans cette continuité documentaire, la propriété publique devient plus difficile à défendre lorsque des contestations apparaissent.

La démarche engagée autour de Radio Mandji intervient ainsi dans un contexte où la sécurisation du patrimoine public est présentée par les autorités comme un axe de gouvernance. Elle rejoint une préoccupation plus large autour de la transparence des procédures, de la responsabilité administrative et de la protection des actifs collectifs.

Le véritable enjeu est la maîtrise du patrimoine

Pour l’État gabonais, l’affaire Radio Mandji pourrait finalement dépasser la seule question d’un titre foncier et de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés. Elle met en lumière une exigence plus fondamentale pour toute administration moderne, celle de maîtriser juridiquement et matériellement son patrimoine.

Le prochain enjeu sera donc moins la communication autour de la découverte que la qualité des vérifications qui suivront. Si les documents confirment les opérations évoquées, il faudra comprendre leur fondement, identifier les éventuelles défaillances et déterminer les suites administratives ou juridiques appropriées. S’ils révèlent au contraire des situations conformes au droit, cette clarification devra également être établie.

C’est à ce niveau que se mesurera la portée réelle de l’initiative. La protection du patrimoine public ne peut reposer sur des inspections ponctuelles. Elle exige des registres fiables, des contrôles réguliers, une traçabilité complète et une capacité permanente à défendre les intérêts de la collectivité.

Radio Mandji offre ainsi un révélateur. Derrière une parcelle, un titre ou une opération de morcellement se joue une question beaucoup plus vaste, celle de la souveraineté patrimoniale de l’État. La véritable réforme ne consistera pas seulement à retrouver les mètres carrés perdus, mais à faire en sorte que demain, aucun bien public ne puisse changer de statut sans que l’administration puisse en retracer, à tout moment, le pourquoi, le comment et la légalité.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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