Economie

À Cotonou, l’Afrique veut réinventer l’assurance

Libreville, Mercredi 22 Juillet 2026 (Infos Gabon) – L’assurance africaine vient peut-être de franchir l’un de ses tournants les plus importants depuis plusieurs décennies. Réunis du 6 au 8 juillet 2026 à Cotonou, au Bénin, plus de 400 acteurs du secteur issus d’une vingtaine de pays ont adopté un ambitieux Pacte panafricain de l’assurance inclusive, avec une conviction largement partagée.

La croissance économique du continent ne pourra être durable si des millions d’Africains continuent de vivre sans protection face aux accidents, aux maladies, aux catastrophes climatiques ou aux chocs économiques.

Organisés sous l’égide de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), avec l’appui de l’Association des Sociétés d’Assurances du Bénin, les États Généraux de l’Assurance pour Tous ont réuni assureurs, réassureurs, autorités de régulation, représentants des États, partenaires techniques et financiers, intermédiaires, entreprises technologiques, experts et représentants des usagers autour d’un même objectif. Faire de l’assurance un véritable outil de protection sociale et de développement économique accessible au plus grand nombre.

Le constat dressé au cours des travaux est sans équivoque. Alors que l’Afrique représente près de 19% de la population mondiale, elle ne concentre toujours pas 1% des primes d’assurance collectées dans le monde. Cette faiblesse prive des millions de ménages, de femmes, de travailleurs du secteur informel, de petits exploitants agricoles et de petites entreprises d’un mécanisme essentiel de résilience face aux aléas de la vie.

« Cotonou ne doit pas être une conférence de plus. Cotonou doit marquer le point de départ d’un nouveau contrat africain de protection. Notre ambition est de faire de l’assurance inclusive une promesse concrète, compréhensible et tenue auprès des populations », a déclaré Mamadou G. K. Koné, le président de la FANAF.

Un Pacte pour démocratiser l’assurance en Afrique

Au cœur des conclusions des États Généraux figure l’adoption du Pacte panafricain de l’assurance inclusive, présenté comme une feuille de route commune destinée à transformer durablement les marchés africains de l’assurance.

Les signataires se fixent notamment pour objectif de doubler le taux de pénétration de l’assurance dans les pays membres de la FANAF à l’horizon 2040. Cette ambition reposera sur plusieurs secteurs prioritaires tels que l’agriculture, la santé, l’assurance vie, les petites et moyennes entreprises, les femmes entrepreneures et les millions d’acteurs du secteur informel qui constituent une part essentielle des économies africaines.

Pour atteindre cet objectif, plusieurs réformes structurantes ont été arrêtées. Elles prévoient la conception de produits plus simples et adaptés aux réalités locales, la création d’un label FANAF de l’assurance inclusive, le développement d’une distribution de proximité grâce au mobile money, aux institutions de microfinance, aux mutuelles communautaires, aux coopératives et aux réseaux professionnels.

Les participants ont également retenu un engagement fort en faveur d’une indemnisation plus rapide. Pour les produits bénéficiant du futur label FANAF, les sinistres devront être réglés dans un délai de soixante-douze heures après réception complète des pièces justificatives. À cela s’ajoutent des campagnes permanentes d’éducation financière, organisées en langues locales, ainsi que la création d’une Journée annuelle de l’Assurance Inclusive dans l’ensemble des marchés membres.

Le Pacte prévoit enfin la mise en place d’une plateforme de coordination des bailleurs de fonds afin de mobiliser davantage de financements au profit du développement de l’assurance inclusive sur le continent.

Reconstruire la confiance des populations

Au-delà des objectifs quantitatifs, les débats ont mis en lumière un enjeu plus fondamental. Celui de la confiance. Les témoignages recueillis au cours des ateliers ont montré que de nombreux Africains continuent d’associer l’assurance à des procédures complexes, à un manque de transparence ou à des difficultés d’indemnisation. Cette perception constitue aujourd’hui l’un des principaux freins au développement du secteur.

Pour Mamadou G. K. Koné, la réponse passe par une transformation profonde des pratiques. « La confiance ne se décrète pas. Elle se construit par la clarté, la proximité et la preuve. Chaque sinistre bien réglé est la meilleure démonstration de l’utilité de l’assurance », a-t-il souligné devant les participants.

Cette volonté de replacer le client au centre des préoccupations marque un changement de paradigme. L’assurance n’est plus envisagée comme un simple produit financier, mais comme un service de protection capable de sécuriser les parcours de vie, de soutenir les investissements et de renforcer la résilience économique des familles comme des entreprises.

L’Appel de Cotonou ouvre une nouvelle étape

Les États Généraux se sont achevés par le lancement officiel de l’Appel de Cotonou, un texte adressé aux gouvernements, autorités de régulation, compagnies d’assurance, réassureurs, intermédiaires, Insurtechs, partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux organisations de la société civile.

Cet appel invite chaque acteur à transformer les engagements du Pacte en actions concrètes et mesurables afin que davantage d’Africains puissent bénéficier d’une véritable protection face aux risques du quotidien. Pour assurer le suivi des engagements, la FANAF mettra en place un dispositif de gouvernance dédié et procédera à une évaluation annuelle des progrès réalisés lors de chacune de ses Assemblées générales. Les associations nationales membres devront également organiser, avant le 31 décembre 2026, des sessions de restitution destinées à favoriser l’appropriation des conclusions de Cotonou dans chaque pays.

En clôturant les travaux, le président de la FANAF a résumé la portée de cette rencontre. « L’Afrique qui avance doit aussi devenir l’Afrique qui protège. C’est le sens du Pacte adopté à Cotonou. Notre responsabilité est désormais de transformer cette ambition en résultats visibles pour les populations. »

Au-delà des résolutions adoptées, les États Généraux de Cotonou auront posé une question essentielle pour l’avenir du continent. Une croissance durable peut-elle se construire sans protection des populations les plus exposées aux risques économiques et sociaux ? En faisant de l’assurance inclusive un levier de développement, la FANAF affirme que la résilience des économies africaines dépendra aussi de leur capacité à protéger ceux qui en constituent la principale richesse.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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