CEEAC : 43 ans après, le défi de l’efficacité
Libreville, Mardi 20 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Quarante-trois ans après sa création, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) se trouve face à une exigence décisive : transformer l’ambition d’unité régionale en progrès perceptibles pour les populations.
Célébré à Libreville sous le signe de l’intégration, cet anniversaire intervient alors que l’organisation affiche des avancées institutionnelles, mais reste confrontée à des obstacles persistants en matière de sécurité, de mobilité, d’infrastructures et d’échanges économiques. L’élaboration d’une vision à l’horizon 2050 ouvre une nouvelle perspective. Elle pose surtout une question essentielle : quelle Afrique centrale les États veulent-ils réellement construire ensemble ?
Un héritage à faire vivre
Le vice-président du gouvernement gabonais, Hermann Immongault, a ouvert lundi à Libreville la cérémonie marquant le 43e anniversaire de la CEEAC et la Journée de l’intégration régionale, organisée autour du thème « Consolider l’intégration régionale pour une Afrique centrale intégrée, pacifique, prospère et solidaire ».
Au nom du président de la République, il a rendu hommage aux fondateurs de l’organisation, présentée comme un héritage politique dont les générations actuelles doivent préserver l’ambition. « La CEEAC, ce flambeau de fraternité légué par nos aînés, nous incombe désormais », a-t-il déclaré, appelant à maintenir vivant cet idéal et à le transmettre aux générations futures.
Depuis sa création, la Communauté a progressivement élargi son champ d’action. Initialement tournée vers les objectifs de développement économique, social et environnemental, elle a intégré plus fortement les questions de paix, de sécurité et de stabilité politique, devenues incontournables dans une région confrontée à des crises complexes.
Cette évolution traduit une réalité fondamentale : aucune stratégie de développement ne peut durablement prospérer dans un environnement marqué par l’insécurité et l’instabilité. Mais la pertinence du mandat régional dépend aussi de la capacité des États à coordonner leurs politiques et à donner aux engagements communs une portée opérationnelle.
Le fossé entre les ambitions et le quotidien
Le président de la Commission de la CEEAC, Ézéchiel Nibigira, a salué l’engagement des autorités gabonaises et des chefs d’État membres en faveur de l’intégration. Il a également mis en avant les progrès réalisés dans la coopération politique, la paix, la sécurité, l’intégration économique et le renforcement institutionnel.
La réforme engagée en 2019, avec la révision du traité constitutif et la mise en place de la Commission, a constitué une étape importante dans la réorganisation de l’institution. Elle devait notamment consolider son fonctionnement et renforcer sa capacité à porter les objectifs communautaires.
Cependant, les acquis institutionnels ne suffisent pas à effacer les faiblesses structurelles. L’insécurité persiste dans plusieurs zones, les échanges commerciaux entre les pays membres demeurent limités, les infrastructures restent insuffisantes et les obstacles à la libre circulation entravent encore les mobilités. À ces difficultés s’ajoutent les contraintes de financement qui pèsent sur les projets de développement.
Ces blocages révèlent le paradoxe de l’Afrique centrale : des États réunis par la proximité géographique, des ressources considérables et des intérêts stratégiques convergents, mais dont les économies restent insuffisamment connectées. Une intégration qui ne facilite ni le commerce, ni les déplacements, ni l’accès aux opportunités risque de demeurer une construction administrative éloignée des réalités sociales.
Le défi est donc moins de proclamer la solidarité que de l’organiser concrètement. Cela suppose de réduire les entraves aux échanges, de mieux relier les territoires, de sécuriser les espaces de circulation et de garantir des financements durables aux priorités communes.
2050, une échéance politique
C’est dans cette perspective que la Commission a engagé l’élaboration de la vision de la CEEAC à l’horizon 2050. Le document doit être soumis à l’examen et à l’adoption de la prochaine Conférence des chefs d’État et de gouvernement. Il pourrait offrir à l’organisation un cadre stratégique de long terme, à condition de dépasser les déclarations d’intention.
Une vision crédible devra fixer des objectifs précis, identifier les moyens financiers nécessaires, répartir les responsabilités entre les institutions et les États, puis mesurer régulièrement les progrès accomplis. Elle devra surtout faire de l’intégration un instrument au service de l’emploi, de la production, de la sécurité alimentaire, de la mobilité et de l’amélioration des conditions de vie.
À 43 ans, la CEEAC n’a plus seulement à défendre l’héritage de ses fondateurs. Elle doit démontrer que l’action collective peut produire davantage que la juxtaposition des politiques nationales.
L’Afrique centrale ne manque ni de potentiel ni de discours sur son unité. Ce qui lui fait encore défaut, c’est la pleine traduction de cette ambition en résultats partagés. L’horizon 2050 ne sera donc pas une réussite parce qu’il aura été adopté, mais parce que les citoyens pourront en constater les effets. La crédibilité de la CEEAC se jouera désormais dans sa capacité à faire de l’intégration non plus une promesse diplomatique, mais une réalité économique, sécuritaire et humaine.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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