Douanes gabonaises : les 18 oubliés de la République
Libreville, Mercredi 22 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Quatre années après avoir obtenu leurs diplômes au terme d’une formation spécialisée de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), dix-huit jeunes Gabonais attendent toujours d’intégrer l’administration des douanes.
Derrière cette situation se dessine un paradoxe qui interpelle autant sur la gestion des ressources humaines de l’État que sur la capacité des institutions à honorer leurs engagements. Alors que le Gabon affiche sa volonté de moderniser son administration, de renforcer la mobilisation des recettes publiques et de bâtir une fonction publique plus performante, ces inspecteurs et contrôleurs des douanes formés selon les standards communautaires demeurent sans affectation. Une attente devenue le symbole d’un dysfonctionnement administratif que les intéressés espèrent désormais voir tranché au plus haut sommet de l’État.
Depuis le 20 juillet, les dix-huit diplômés observent un sit-in devant le ministère de l’Économie. Après des années de démarches restées sans résultat, ils sollicitent l’arbitrage du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, estimant que toutes les voies administratives ont été épuisées sans qu’une solution ne soit trouvée.
Une formation communautaire devenue une impasse nationale
L’origine de ce dossier remonte à une décision prise en juin 2017 par le Conseil d’administration de l’École Inter-États des Douanes de la Cemac, l’organe suprême de cet établissement qui réunit les directeurs généraux des douanes des six États membres. L’objectif était de permettre l’organisation, à partir d’octobre 2021, d’un concours financé par la Taxe communautaire d’intégration, un prélèvement appliqué aux importations en provenance des pays extérieurs à la Cemac.
Ce dispositif répondait à une réalité particulière. Plusieurs États membres, dont le Gabon, étaient alors soumis à un gel des recrutements dans la Fonction publique. Afin d’assurer malgré tout le renouvellement des compétences, un concours externe a été organisé. Les candidats admis devaient financer eux-mêmes leur formation avant d’être mis à la disposition de leur État d’origine pour intégrer les administrations douanières.
Les dix-huit Gabonais ont respecté cette feuille de route. Ils ont assumé les coûts de leur formation avec la perspective d’exercer ensuite au sein de l’administration nationale. Pourtant, contrairement à leurs homologues des autres pays de la Cemac, ils attendent toujours leur recrutement, tandis que leurs compétences demeurent inexploitées.
Des blocages qui défient la logique administrative
Au fil des années, les diplômés affirment avoir obtenu des avis favorables des administrations concernées, notamment du ministère de l’Économie et de celui de la Fonction publique. Malgré ces validations, leur intégration n’a jamais été effective.
Pour Darryl Mounguengui, représentant du collectif, le principal obstacle réside dans l’interprétation faite de leur parcours. Les autorités leur opposeraient le fait d’avoir participé à un concours dont ils ont eux-mêmes supporté les frais. Une justification qu’il conteste fermement.
Selon lui, cette démarche individuelle ne remet nullement en cause la légalité de leur formation puisque le Gabon était signataire de la décision communautaire ayant institué ce mécanisme. Sans cette approbation officielle, souligne-t-il, aucun candidat gabonais n’aurait pris part à cette sélection.
Le changement politique intervenu en 2023 semblait pourtant ouvrir une nouvelle perspective. Avec la levée du gel des recrutements dans la Fonction publique, les espoirs étaient permis. Plus encore, le ministère de l’Économie avait annoncé des besoins estimés à deux cents postes au sein des douanes. Une annonce qui laissait penser que ces spécialistes seraient naturellement parmi les premiers bénéficiaires de cette relance du recrutement. Il n’en a rien été.
Au-delà des 18 diplômés, une question de crédibilité de l’État
L’affaire dépasse désormais le simple cas de ces dix-huit jeunes diplômés. Elle pose la question de la cohérence entre les engagements pris dans le cadre de l’intégration régionale et leur application au niveau national. Former des compétences, encourager les jeunes à investir dans leur avenir, puis laisser ces qualifications sans débouché fragilise la confiance envers les politiques publiques.
Dans un contexte où les douanes représentent l’un des principaux leviers de mobilisation des recettes de l’État, priver l’administration de personnels déjà formés constitue également un paradoxe économique. Le pays investit dans la modernisation de ses institutions tout en laissant disponibles des agents immédiatement opérationnels.
En choisissant la voie du sit-in plutôt que celle de la confrontation, les dix-huit diplômés adressent un appel direct au chef de l’État. Leur revendication ne porte pas sur un privilège, mais sur l’application d’un engagement issu d’un processus communautaire auquel le Gabon a pleinement souscrit. La réponse qui sera apportée à ce dossier constituera un signal fort sur la capacité des institutions gabonaises à transformer leurs décisions en actes et à faire de la compétence un véritable moteur de la réforme de l’État.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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