Economie

Gabon : Les 1 700 milliards qui défient l’État

Libreville, Mardi 2 Août 2026 (Infos Gabon) – À l’heure où le Gabon cherche à installer de nouveaux standards de gouvernance sous la Vème République, un chiffre vient brutalement rappeler le prix des failles du passé et l’exigence qui pèse désormais sur les institutions de contrôle.

La Cour des comptes affirme avoir identifié près de 1 700 milliards de francs CFA de débets et d’amendes devant être recouvrés au profit de l’État. La somme est considérable. Mais le véritable enjeu n’est déjà plus de la comptabiliser. Il est de savoir combien sera effectivement récupéré.

À la veille de la nouvelle année judiciaire, le Premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, a présenté un bilan marqué par une accélération des contrôles et une volonté affichée de rendre l’action de la juridiction financière plus visible. La Cour indique avoir signé 368 ordres de mission au cours de la période écoulée, dont 89,40 % ont été exécutés. Ce niveau d’activité traduit une institution qui entend désormais peser davantage dans la surveillance de l’utilisation des ressources publiques.

Une juridiction qui veut changer d’échelle

La Cour des comptes n’est pas seulement appelée à examiner les comptes de l’État. Son mandat couvre également l’audit, le contrôle de la gestion des organismes publics et l’évaluation des politiques publiques. Sa propre feuille de route met désormais en avant une institution crédible, performante et capable de contribuer concrètement à la bonne gouvernance. Le tournant est d’autant plus important que la première audience de rentrée judiciaire de la Ve République, en octobre 2025, avait placé la justice sous le signe de la modernisation, de la crédibilité et d’un meilleur accès des citoyens au droit.

Dans ce cadre, les audits réalisés sur la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale ont une portée particulière. Les évacuations sanitaires et le fonctionnement du Fonds des Gabonais économiquement faibles ont été examinés par la juridiction financière. Ces contrôles montrent que la Cour cherche à intervenir non seulement sur les équilibres comptables, mais aussi sur l’efficacité réelle des politiques publiques et sur leur impact pour les citoyens.

L’institution a également commencé à publier davantage ses décisions et avis, avec l’objectif assumé de sortir d’une forme d’opacité et de permettre au public de mieux comprendre les responsabilités financières établies par les juridictions.

Le vrai combat commence après le jugement

C’est toutefois le montant de 1 700 milliards de francs CFA qui donne au bilan sa dimension politique. Selon Alex Euv Moutsiangou, ces sommes correspondent à des débets et amendes dont les redevables doivent restitution à l’État. Le chiffre ne doit pas être assimilé automatiquement à de l’argent déjà récupérable immédiatement, ni à la preuve que 1 700 milliards auraient été détournés dans leur totalité. Il s’agit de décisions financières dont l’exécution et le recouvrement constituent désormais l’étape décisive.

Cette nuance juridique est essentielle, mais elle ne diminue en rien la portée du dossier. Car une sanction financière qui reste impayée finit par affaiblir l’autorité même de la justice. C’est pourquoi la Cour affirme travailler avec le parquet général sur le suivi et l’exécution de ces décisions.

La bataille est donc moins comptable que républicaine. Le contrôle n’a de valeur que s’il produit des conséquences. Un État peut multiplier les audits, publier des rapports et prononcer des condamnations. S’il ne parvient pas à récupérer les sommes dues, la chaîne de responsabilité reste inachevée.

L’épreuve de vérité pour la gouvernance

Pour le Gabon, les 1 700 milliards constituent ainsi un test grandeur nature. La nouvelle doctrine de gouvernance ne pourra être évaluée uniquement à travers le nombre de missions réalisées ou de rapports produits. Elle devra l’être à l’aune des ressources effectivement récupérées, des pratiques corrigées et des mécanismes empêchant la répétition des mêmes dérives.

La Cour des comptes entre manifestement dans une phase où elle cherche à renforcer son autorité, son indépendance opérationnelle et son impact public. Mais son efficacité dépendra aussi de la coopération des autres maillons de l’État, de la capacité administrative à exécuter les décisions et de la volonté politique de laisser le droit aller jusqu’au bout de ses effets.

Le message est désormais difficile à contourner. Les deniers publics ne doivent plus seulement être contrôlés après leur utilisation. Ils doivent être protégés avant, surveillés pendant et, lorsqu’une irrégularité est juridiquement établie, récupérés après. Les 1 700 milliards annoncés par la Cour des comptes ne sont donc pas simplement un chiffre spectaculaire. Ils constituent une épreuve de crédibilité pour toute la nouvelle architecture de gouvernance gabonaise.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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