Gabon : Francophonie, le test africain
Libreville, Lundi 22 Juin 2026 (Infos Gabon) – La bataille pour la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie ne se joue plus seulement à Paris ou à Montréal. Elle se joue désormais à Nouakchott, à Libreville et dans les capitales africaines qui entendent peser davantage sur l’avenir d’un espace réunissant près de 90 États et gouvernements.
La visite à Libreville de Messouda Baham Mohamed Laghdaf, ministre mauritanienne de l’Environnement et du Développement durable, porteuse d’un message personnel du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à son homologue gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, en est une illustration révélatrice.
Derrière la dimension protocolaire de cette audience de ce lundi se dessine en réalité une double séquence diplomatique. D’un côté, la volonté affichée de la Mauritanie de renforcer ses relations avec le Gabon. De l’autre, une campagne discrète mais stratégique autour de la future gouvernance de la Francophonie.
La Mauritanie avance ses pions
Au cours de son entretien avec le chef de l’État gabonais, l’envoyée spéciale mauritanienne a officiellement présenté la candidature de la docteure Koumba Ba au poste de secrétaire générale de l’OIF.
Cette candidature repose sur une vision structurée autour de trois principes majeurs : la cohérence, l’équilibre et l’utilité au service direct des États membres. Un positionnement qui répond à une interrogation de plus en plus présente au sein de l’espace francophone. Quelle doit être la vocation réelle de la Francophonie au XXIe siècle ?
Longtemps perçue comme un instrument d’influence culturelle et linguistique, l’organisation est aujourd’hui confrontée à de nouveaux défis. Transition numérique, formation de la jeunesse, développement économique, sécurité alimentaire, climat, intelligence artificielle et souveraineté technologique occupent désormais une place centrale dans les attentes des États membres.
Pour la Mauritanie, l’enjeu consiste donc à promouvoir une Francophonie davantage tournée vers les résultats concrets et moins vers les seuls symboles institutionnels.
Le Gabon au centre des équilibres africains
La démarche mauritanienne n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte où le Gabon retrouve progressivement une visibilité diplomatique accrue sur la scène africaine.
Depuis son arrivée à la tête du pays, Brice Clotaire Oligui Nguema multiplie les initiatives visant à repositionner Libreville comme un acteur de dialogue, de consensus et de coopération régionale. Cette orientation diplomatique lui permet aujourd’hui de devenir un interlocuteur recherché dans plusieurs dossiers continentaux.
Lors de cette rencontre, le président gabonais a réaffirmé son attachement à une gouvernance concertée et à la recherche du consensus. Une position qui correspond à l’image que Libreville souhaite projeter dans les enceintes africaines et internationales.
Au-delà de la question de l’OIF, cette audience traduit également la volonté des deux pays de densifier leurs relations bilatérales autour de secteurs stratégiques comme l’environnement, le développement durable, la formation et les échanges économiques.
L’Afrique veut redéfinir la Francophonie
L’importance de cette séquence dépasse largement les relations entre le Gabon et la Mauritanie.
Aujourd’hui, plus de 60 % des francophones dans le monde vivent en Afrique. Selon les projections démographiques, cette proportion pourrait atteindre près de 85 % d’ici à 2050. Autrement dit, l’avenir de la langue française et de la Francophonie se joue essentiellement sur le continent africain.
Cette réalité démographique modifie profondément les équilibres historiques. Elle pousse plusieurs États africains à réclamer une représentation plus importante dans les instances décisionnelles et une réorientation des priorités de l’organisation.
La candidature soutenue par Nouakchott s’inscrit dans cette dynamique de réappropriation africaine. Elle traduit l’ambition de voir émerger une Francophonie davantage alignée sur les besoins des populations, capable d’accompagner le développement économique, l’innovation, la formation des jeunes et la coopération entre États.
La rencontre entre Brice Clotaire Oligui Nguema et l’émissaire du président mauritanien apparaît ainsi comme bien plus qu’une simple audience diplomatique. Elle révèle une recomposition silencieuse des rapports de force au sein de l’espace francophone.
À travers cette candidature, la Mauritanie lance un message clair. La Francophonie de demain ne pourra plus être pensée sans l’Afrique. Quant au Gabon, en accueillant cette démarche et en poursuivant une diplomatie de dialogue, il confirme son ambition de participer activement à la définition des nouvelles architectures de coopération du continent.
Dans cette bataille d’influence feutrée, la question n’est plus de savoir si l’Afrique doit peser dans la Francophonie. Elle est désormais de savoir quelle Afrique entend en écrire le prochain chapitre.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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