Gabon : Georges Damas Aleka, la Concorde en héritage
Libreville, Mardi 18 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon a inauguré, le 17 août 2026, en plein cœur des célébrations du 66e anniversaire de son indépendance, un lieu qui entend désormais faire bien davantage que modifier le paysage du front de mer de Libreville. La Place de la Concorde porte désormais le nom de Georges Damas Aleka, auteur et compositeur de l’hymne national.
Derrière ce baptême officiel se joue une question plus profonde, celle de la mémoire que le Gabon choisit de transmettre et de la manière dont une nation raconte ceux qui ont contribué à la faire naître.
L’inauguration, présidée par Brice Clotaire Oligui Nguema en présence de la famille de Georges Damas Aleka et de nombreuses personnalités, a été ponctuée par les honneurs militaires, la levée des couleurs, le dévoilement de la plaque inaugurale, l’exécution de La Concorde, le dépôt d’une gerbe et une visite du site. Mais l’essentiel était ailleurs. Pour beaucoup de Gabonais rencontrés sur place, voir enfin cet espace achevé et consacré à une figure nationale a donné à cette journée une dimension particulière. Certains y voient un lieu capable de rassembler, précisément autour du mot que Georges Damas Aleka a légué au pays.
Un homme derrière l’hymne
Les Gabonais connaissent les paroles de La Concorde. Ils connaissent moins celui qui les a écrites et mises en musique. Georges Damas Aleka est pourtant une figure qui traverse plusieurs dimensions de l’histoire nationale.
Né le 18 novembre 1902 à Libreville et mort le 4 mai 1982, il fut musicien, écrivain, poète, diplomate et homme politique. Il présida l’Assemblée nationale de 1964 à 1975, après avoir représenté le Gabon dans plusieurs fonctions diplomatiques. L’Assemblée nationale le présente également comme le père de l’hymne national.
Son parcours mérite d’être relu à l’aune d’une époque où les contours du futur État gabonais se dessinaient encore. Damas Aleka ne fut pas seulement un homme d’institutions. Sa sensibilité artistique occupait une place centrale dans son engagement. La Concorde, composée à la veille de l’indépendance, est devenue l’un des marqueurs les plus puissants de l’identité gabonaise. Une partition de l’hymne avait d’ailleurs été publiée à Paris dès 1960.
Son histoire politique comporte également une dimension moins connue. L’Assemblée nationale souligne son positionnement modéré et son attachement à la non-violence et à la cohésion nationale au moment où les premières élites politiques gabonaises débattaient fortement de l’organisation du nouvel État.
C’est précisément cette dimension qui donne aujourd’hui une portée supplémentaire à son nom. Damas Aleka n’appartient pas seulement au passé. Son héritage pose une question très actuelle au Gabon, celle de la capacité d’une République à faire de ses symboles des instruments de cohésion plutôt que de simples éléments de cérémonial.
Une place pour raconter le Gabon
Le nouvel espace entend matérialiser cette ambition. Installé face à la tribune officielle, sur le front de mer de Libreville, le site associe mémoire, architecture, culture et représentation du territoire national. Le projet comprend une allée de circulation, un bâtiment central organisé sur plusieurs niveaux, un musée et des espaces de bureaux. Des espaces d’exposition doivent également présenter les spécificités culturelles, artisanales, ethniques et culinaires des différentes provinces.
Le choix est stratégique. Dans un pays où l’histoire nationale demeure parfois fragmentée entre générations, familles, régions et mémoires politiques, transformer un lieu dédié à l’auteur de La Concorde en espace de découverte du patrimoine revient à donner au symbole une fonction concrète.
Le pari sera toutefois jugé sur la durée. Un monument ne devient un lieu de mémoire que lorsqu’il est fréquenté, expliqué, documenté et transmis. Il faudra donc que les jeunes Gabonais puissent y découvrir autre chose qu’un nom gravé sur une plaque. Ils devront pouvoir y rencontrer une histoire, des archives, des objets, des récits et les débats qui ont accompagné la naissance du pays.
Cette exigence est d’autant plus importante qu’un nouvel ouvrage consacré à Damas Aleka a été présenté en 2026, signe d’un regain d’intérêt autour de cette personnalité et de la nécessité de réinscrire son parcours dans la mémoire collective.
Ce que les Gabonais veulent y voir
Sur l’esplanade, le sentiment dominant chez les personnes rencontrées après la cérémonie était celui de la satisfaction. Des hommes et des femmes ont salué l’achèvement et l’inauguration d’un espace qu’ils souhaitent voir devenir un véritable point de rencontre national.
Pour eux, le symbole est évident. Donner à cette place le nom de l’auteur de La Concorde, au moment où le pays célèbre son indépendance, revient à replacer l’unité nationale au cœur du récit collectif.
Mais cette attente crée aussi une responsabilité. Si Georges Damas Aleka a donné au Gabon un hymne qui appelle à la concorde, l’État doit désormais faire vivre cette concorde au-delà des cérémonies. La mémoire ne peut être seulement monumentale. Elle doit être éducative, culturelle et citoyenne.
La nouvelle esplanade pourrait ainsi devenir l’un des lieux où le Gabon apprend à mieux se connaître lui-même. Un lieu où les huit décennies qui séparent la naissance de Damas Aleka de l’indépendance, puis les générations qui ont suivi, ne seraient plus perçues comme des fragments isolés, mais comme les chapitres d’une même histoire.
Au fond, l’hommage rendu le 17 août ne consiste pas seulement à honorer un homme disparu depuis plus de quatre décennies. Il consiste à rappeler une idée simple mais exigeante. La République est plus grande que ceux qui la gouvernent, et la mémoire nationale appartient à tous.
Georges Damas Aleka a donné au Gabon La Concorde. Il revient désormais aux générations présentes de donner un contenu vivant à cette promesse.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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