Politique

Gabon : La justice des mineurs passe à l’action

Libreville, Mardi 11 Août 2026 (Infos Gabon) – Après des mois d’attente pour des familles et des mineurs confrontés à la lenteur des procédures, la justice spécialisée gabonaise entre dans une phase décisive.

Les huit tribunaux pour enfants du pays ouvrent ce mardi 11 août leurs sessions criminelles au titre de l’année judiciaire 2025-2026, avec un objectif clairement affiché par les autorités judiciaires, réduire le stock d’affaires en attente tout en réaffirmant la capacité de l’État à juger les infractions commises par des mineurs dans un cadre adapté à leur situation.

Au total, 82 dossiers criminels seront examinés à travers le territoire national. Pour permettre la tenue de ces audiences, la Chancellerie a mobilisé 92,994 millions de francs CFA. Derrière cette enveloppe et ces chiffres se trouve une question beaucoup plus sensible que celle de la seule performance administrative. Lorsqu’un dossier impliquant un enfant reste sans jugement pendant une période prolongée, c’est toute la chaîne judiciaire, mais aussi la société, qui se trouve confrontée à une forme de vulnérabilité institutionnelle.

Un arriéré judiciaire à résorber

La répartition des dossiers révèle une concentration importante dans les principaux centres judiciaires. Libreville en compte 45, soit plus de la moitié du volume national. Oyem arrive ensuite avec 11 affaires et Franceville avec 10. Lambaréné et Port-Gentil en traiteront chacune cinq, devant Mouila avec trois, Tchibanga avec deux et Koula-Moutou avec une procédure.

Dans la capitale, les audiences débutent dès 8h30 avec l’examen de deux premières affaires et doivent s’étendre sur environ un mois. Cette programmation traduit la volonté de donner une réponse concrète à un retard qui ne peut être considéré comme une simple question de calendrier.

La justice des mineurs porte en effet une responsabilité particulière. Elle doit sanctionner lorsque les faits l’exigent, mais aussi tenir compte de l’âge, de la vulnérabilité et des perspectives de réinsertion des personnes concernées. L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre l’exigence de responsabilité pénale et la nécessité de préserver la possibilité d’un retour durable dans la société.

Le traitement accéléré des dossiers ne saurait ainsi être confondu avec une justice expéditive. La crédibilité de cette opération dépendra autant du nombre d’affaires jugées que de la qualité des décisions rendues, du respect des droits de la défense et de l’application effective des principes propres à la justice des mineurs.

Une réforme qui se mesure désormais aux résultats

L’opération bénéficie du soutien du ministre de la Justice, Garde des Sceaux et chargé des Droits humains, Augustin Emane. Sa préparation a été conduite par les services techniques de la Chancellerie sous la coordination de son Secrétaire général, Jacques Lebama.

Les autorités présentent cette initiative comme une déclinaison de la feuille de route fixée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Elle intervient dans un contexte où la modernisation de l’appareil judiciaire est appelée à devenir un marqueur important de l’action publique.

L’enjeu dépasse donc les huit tribunaux concernés. Une justice capable de traiter ses dossiers dans des délais raisonnables constitue un élément fondamental de l’État de droit. Pour les familles, elle signifie la fin de l’incertitude. Pour les victimes, elle ouvre la possibilité d’une réponse judiciaire. Pour les mineurs poursuivis, elle permet enfin qu’une décision intervienne dans un délai compatible avec leur âge et leur parcours de vie.

La mobilisation de près de 93 millions de francs CFA devra dès lors produire autre chose qu’une opération ponctuelle de rattrapage. Elle doit servir de point d’appui à une organisation judiciaire plus régulière, mieux dotée et capable d’éviter que de nouveaux stocks de dossiers ne se reconstituent.

Juger aujourd’hui, prévenir demain

Le lancement de ces sessions criminelles constitue ainsi un test pour la justice gabonaise. Leur réussite ne se mesurera pas seulement au nombre de dossiers liquidés, mais à la capacité de l’institution à démontrer qu’elle peut conjuguer célérité, rigueur et protection des mineurs.

Le sujet est d’autant plus stratégique que la justice des enfants engage directement l’avenir d’une nation. Une société qui laisse s’enliser les affaires impliquant des mineurs fragilise à la fois les victimes, les familles et les jeunes concernés. À l’inverse, une institution judiciaire accessible, spécialisée et efficace peut contribuer à restaurer la confiance et à favoriser la réinsertion.

Le Gabon dispose désormais d’un calendrier, de moyens financiers et d’un dispositif national pour rattraper une partie de son retard. Le véritable rendez-vous commence pourtant au-delà des audiences. Il sera atteint lorsque la justice des mineurs ne sera plus seulement capable de résorber ses arriérés, mais de prévenir leur retour. C’est à cette condition que cette session criminelle pourra être considérée non comme une opération exceptionnelle, mais comme une étape réelle dans la construction d’une justice gabonaise plus rapide, plus crédible et plus protectrice.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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