Economie

Gabon : Grand Libreville, 3 milliards pour libérer les emprises de la nouvelle route

Libreville, Mardi 27 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le chantier de la modernisation du Grand Libreville entre dans une phase décisive, où l’ambition des infrastructures se confronte directement à la réalité sociale. Près de 3 milliards de francs CFA sont annoncés pour accompagner les populations touchées par la construction d’un axe routier de 20 kilomètres en 2×2 voies.

À partir du 4 novembre prochain, les opérations de libération des emprises doivent concerner 270 bâtiments à Okala, au Lac-Bleu et à Diba-Diba, dans le prolongement des annonces du porte-parole du gouvernement, Emmanuel Eyeghe Nze. Derrière ce projet, une double épreuve attend les autorités, désengorger la capitale et éviter que la transformation urbaine ne se traduise par une précarisation des familles.

Trois milliards au cœur du défi social

Le 24 octobre, le ministre des Travaux publics, Millot Lambert Mouvinde, s’est rendu sur le terrain avec la gouverneure de la province de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, ainsi que des équipes de l’urbanisme et du cadastre. Cette visite devait permettre d’examiner les emprises concernées et de mesurer les implications concrètes du tracé, notamment aux abords de la Cité de la Démocratie. Elle complète les communications gouvernementales sur les déguerpissements prévus à Okala, au Lac-Bleu et à Diba-Diba.

L’infrastructure projetée doit relier l’échangeur en chantier de Jeanne-Ebori à la voie de contournement, en passant par le boulevard de la Transition, Lac-Bleu, les Charbonnages et Diba-Diba. Sur une emprise de 30 mètres, la route comportera deux chaussées à deux voies, un terre-plein central et des accotements. L’objectif est de fluidifier la circulation, de faciliter les déplacements et de mieux desservir des secteurs confrontés aux contraintes croissantes de l’expansion urbaine.

Mais la libération du corridor suppose le déplacement de nombreux occupants. L’enveloppe annoncée, proche de 3 milliards de FCFA, doit contribuer à l’accompagnement financier des familles concernées, y compris de certains ménages installés sur le domaine de l’État. Les critères d’attribution, les montants individuels et les modalités précises de versement restent cependant à clarifier. C’est là que se jouera une partie essentielle de la crédibilité de l’opération.

270 bâtiments, des situations foncières inégales

Selon les informations communiquées sur le projet, deux tronçons sont directement concernés par la première phase. Entre le dispensaire d’Okala et le Sangel d’Okala, 67 bâtiments sont recensés. Sur le segment Lac-Bleu–Diba-Diba, 203 autres sont concernés, portant le total à 270 bâtiments. Les situations foncières sont très contrastées. Seuls 13 propriétaires à Okala disposent d’un titre foncier, tandis que 257 bâtiments sont dépourvus de ce document, dont 150 à Diba-Diba.

Cette distinction soulève une question centrale. Comment indemniser ou accompagner équitablement des ménages dont les droits fonciers et les situations administratives diffèrent ? L’absence de titre foncier ne signifie pas nécessairement que toutes les situations se valent, pas plus qu’elle ne permet, à elle seule, de déterminer les droits à une compensation. La transparence des critères, l’examen des dossiers et l’information des occupants seront donc déterminants pour prévenir les incompréhensions et les contestations.

Les précédentes opérations fournissent des points de comparaison. En août, 560 millions de FCFA ont été versés à 79 familles d’Akémi-Ndjogoni et de la Baie des Cochons, certains versements atteignant 47 millions. En octobre, 312 millions ont été mobilisés pour 41 familles à Nkoltang. Ces montants témoignent d’un effort financier déjà engagé, mais ne suffisent pas à établir une moyenne directement applicable aux 270 bâtiments, les situations individuelles pouvant varier fortement.

L’urgence d’une méthode transparente

L’enveloppe de 3 milliards devra également être appréciée au regard des besoins réels. Une estimation fondée sur les précédentes opérations peut donner un ordre de grandeur, mais elle ne remplace ni un inventaire détaillé des personnes affectées ni une évaluation publique des dépenses prévues. La question de la viabilisation de parcelles à Malibé, évoquée pour accompagner les relogements, ajoute une dimension essentielle au dispositif, dont les superficies et les modalités restent à préciser.

Pour les autorités, l’enjeu dépasse donc la seule exécution des travaux. Une route peut améliorer durablement la mobilité et soutenir le développement urbain, mais son utilité collective ne dispense pas l’État de traiter avec rigueur les conséquences humaines du chantier. Les familles doivent pouvoir comprendre les critères appliqués, connaître les démarches à accomplir et disposer d’informations fiables sur les aides et les solutions de relogement envisagées.

La réussite du projet se mesurera autant à la qualité de l’infrastructure qu’à la manière dont seront conduites les libérations d’emprises. Les 3 milliards annoncés représentent un engagement financier important, mais leur portée dépendra de leur répartition, de leur traçabilité et de leur adéquation aux besoins. Moderniser le Grand Libreville est une nécessité urbaine. Le faire sans laisser les populations concernées face à l’incertitude doit constituer l’autre obligation de l’État.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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