Economie

Gabon : le pari risqué de la diversification

Libreville, Mercredi 12 Août 2026 (Infos Gabon) – Le constat posé par le bilan 2025 des Nations unies est sans détour. Malgré les ambitions affichées en matière de transformation économique, le Gabon reste enfermé dans un modèle où plus de 90 % des entrées de devises proviennent encore de trois ressources brutes, le pétrole, le bois et le manganèse.

Derrière cette performance extractive se dessine une vulnérabilité structurelle. Le pays exporte principalement ce qu’il produit à l’état brut, tout en important une grande partie des biens transformés et des produits alimentaires nécessaires à sa consommation. Pour les experts onusiens, cette dépendance constitue désormais l’un des principaux obstacles à la transformation de l’économie gabonaise.

Le sujet n’est donc plus seulement celui du niveau des exportations. Il concerne la capacité du Gabon à transformer ses ressources en emplois, en industrie et en valeur ajoutée sur son propre territoire. Tant que les revenus extérieurs resteront aussi concentrés, l’économie demeurera exposée aux fluctuations des cours internationaux, aux variations de la demande et aux tensions qui peuvent affecter les marchés d’exportation.

La transformation locale comme test de crédibilité

Face à cette fragilité, les autorités ont engagé un changement de cap qui repose notamment sur deux échéances. Dans le secteur minier, l’objectif annoncé est de mettre fin, à l’horizon 2029, aux exportations de manganèse non transformé. L’enjeu est considérable. Il s’agit de faire davantage travailler la ressource au Gabon afin que l’extraction ne constitue plus l’essentiel de la chaîne de valeur.

Le deuxième chantier touche directement à la souveraineté alimentaire. Le gouvernement vise une substitution progressive des importations de poulets de chair d’ici 2027. Cette orientation répond à une contradiction persistante de l’économie gabonaise. Un pays disposant de ressources naturelles importantes continue de dépendre fortement de l’extérieur pour satisfaire une partie significative de ses besoins alimentaires.

Mais le rapport de l’ONU invite à ne pas confondre l’annonce d’une échéance avec sa réalisation. La réussite de ces objectifs dépendra de la cohérence des réformes, de la précision des calendriers et surtout de la capacité opérationnelle à les mettre en œuvre dans un contexte de contraintes budgétaires. Le véritable test ne sera donc pas réglementaire. Il sera industriel, financier et humain.

Le secteur halieutique illustre précisément cette difficulté. Le Gabon accompagne déjà 138 acteurs de l’aquaculture dans l’Estuaire, le Haut-Ogooué et le Woleu-Ntem. Pourtant, la filière demeure confrontée à un problème de renouvellement générationnel. Sur les 423 exploitants recensés au niveau national, seuls 22,7 % ont moins de 35 ans. À cela s’ajoute une dépendance massive aux importations. Quelque 25 000 tonnes de poisson entrent encore chaque année dans le pays pour répondre à une consommation estimée à 35 kilogrammes par habitant.

Passer de la richesse naturelle à la puissance productive

Ces chiffres révèlent le véritable défi du Gabon. La diversification ne consiste pas simplement à multiplier les secteurs économiques. Elle suppose de construire un appareil productif capable de transformer localement les matières premières, de nourrir la population, de créer des emplois et de conserver une part plus importante de la richesse générée par l’activité économique.

Le bois offre déjà un terrain stratégique pour cette transformation, tandis que le manganèse constitue un laboratoire grandeur nature de la politique de transformation locale. Mais ces ambitions nécessitent des infrastructures adaptées, des financements, des compétences, une énergie disponible et compétitive ainsi qu’un environnement permettant aux entreprises d’investir sur le long terme.

L’enjeu est également social. Une économie moins dépendante des exportations brutes doit pouvoir offrir davantage de débouchés aux jeunes et faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs, d’agriculteurs, d’industriels et de techniciens. La question de la souveraineté économique rejoint ainsi directement celle de l’emploi.

Le rapport des Nations unies met finalement le Gabon face à une équation simple, mais exigeante. Le pays possède les ressources nécessaires pour produire des revenus importants, mais doit désormais démontrer sa capacité à convertir cette richesse naturelle en puissance productive.

L’échéance de 2027 pour la volaille et celle de 2029 pour le manganèse seront, à ce titre, bien plus que des dates administratives. Elles constitueront des indicateurs de crédibilité de la transformation annoncée. Pour le Gabon, le véritable tournant ne sera pas de produire davantage de matières premières, mais de dépendre moins de leur exportation brute. C’est à cette condition que la diversification cessera d’être une ambition économique pour devenir une réalité nationale.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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