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Gabon : Oyem, le pari du capital humain

Libreville, Dimanche 27 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Oyem, le Gabon ne construit pas seulement un nouveau lieu de formation. Il tente de transformer un bâtiment public longtemps désaffecté en outil de développement, avec une ambition plus vaste que la réhabilitation d’un patrimoine immobilier.

La Maison des Savoirs et de l’Innovation veut rapprocher les technologies, les sciences, la créativité et l’entrepreneuriat des populations du Woleu-Ntem. En visitant le chantier samedi 26 septembre, après plusieurs jours consacrés à l’autonomisation économique des femmes, Zita Oligui Nguema a donné une visibilité politique à une expérience dont la réussite se mesurera moins à son inauguration qu’à sa capacité à produire des compétences, des projets et, à terme, des opportunités économiques.

D’un bâtiment abandonné à un laboratoire territorial

Le choix du site n’est pas anodin. L’ancien Gouvernorat du Woleu-Ntem, longtemps inutilisé, doit changer de fonction pour devenir un espace consacré à l’apprentissage et à l’innovation. Le projet part ainsi d’une idée simple mais stratégique pour un pays qui cherche à mieux valoriser son patrimoine existant. Avant de construire davantage, il est possible de transformer ce qui existe déjà en infrastructure utile.

L’ambition dépasse cependant les murs du bâtiment. La Maison des Savoirs doit accueillir enfants, jeunes et adultes autour de plusieurs disciplines, des sciences au numérique, de la robotique aux langues, en passant par la créativité et l’entrepreneuriat. Un Fab Lab doit compléter le dispositif afin de faire passer les apprenants de la théorie à la réalisation, avec des prototypes et des solutions conçus en fonction des besoins du territoire.

Le projet est né d’une dynamique déjà engagée à Oyem autour de l’initiation des jeunes au codage et à la robotique. Zita Oligui Nguema avait accompagné cette première expérience, notamment par la mise à disposition d’ordinateurs. L’enjeu est désormais de passer d’initiatives ponctuelles à une structure permanente capable d’organiser la transmission des compétences dans la durée.

L’enjeu sera de transformer le savoir en résultats

La Maison des Savoirs repose sur une construction partenariale. Le Gouverneur du Woleu-Ntem avait porté l’idée d’un centre tourné vers l’informatique et les langues. La Mairie d’Oyem, maître d’ouvrage, assure la structuration du projet et la coordination des différents intervenants. La première phase de réhabilitation bénéficie du financement d’Assala Gabon et de JETA Groupe.

Cette pluralité d’acteurs constitue une force, mais elle impose également une gouvernance claire. Car une infrastructure technologique peut rapidement perdre son utilité si elle ne dispose ni d’équipements adaptés, ni d’encadrants qualifiés, ni de programmes régulièrement renouvelés, ni de financement permettant son fonctionnement quotidien.

La question essentielle commence donc maintenant. Qui seront les bénéficiaires ? Quels parcours leur seront proposés ? Combien de jeunes pourront être formés chaque année ? Comment les projets issus du Fab Lab seront-ils accompagnés ? Et surtout, comment transformer une compétence acquise en activité économique, en emploi ou en solution répondant aux besoins locaux ?

Les premières activités devraient progressivement démarrer à partir de la mi-octobre. La visite de la Première Dame constitue à ce stade une étape de prélancement et non une inauguration. Elle permet surtout de réunir autour du projet les partenaires susceptibles d’intervenir dans l’équipement, les contenus pédagogiques et la formation des futurs encadrants.

Oyem veut devenir une expérience reproductible

Le véritable intérêt de cette initiative réside peut-être ailleurs. Si le projet est présenté comme pilote, son succès pourrait nourrir une nouvelle approche du développement territorial au Gabon. Plutôt que de reproduire partout un modèle identique, l’objectif annoncé est de concevoir des espaces adaptés aux réalités économiques, culturelles et humaines de chaque province.

Cette logique est essentielle. Les besoins d’Oyem ne sont pas ceux de Port-Gentil, Franceville, Mouila ou Makokou. Les filières locales, les ressources disponibles, les habitudes économiques et les aspirations des jeunes diffèrent. Une politique nationale du capital humain ne peut donc être efficace que si elle sait s’adapter aux territoires.

La Maison des Savoirs arrive ainsi à la croisée de plusieurs enjeux gabonais. Autonomiser les femmes ne suffit pas sans accès aux compétences. Encourager l’entrepreneuriat ne suffit pas sans outils technologiques. Promouvoir l’innovation ne suffit pas sans accompagnement. Et réhabiliter un bâtiment ne constitue pas, en soi, une politique publique.

Le pari d’Oyem sera gagné le jour où l’ancien Gouvernorat ne sera plus seulement un bâtiment rénové, mais une fabrique de compétences et de projets. La réussite se mesurera alors avec des indicateurs simples et exigeants, le nombre de personnes formées, de prototypes développés, d’entreprises accompagnées, d’emplois créés et de solutions produites pour le territoire. C’est à cette condition que l’expérience pourra dépasser le symbole et devenir un véritable modèle national.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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