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L’Afrique doit protéger ses génies

Libreville, Dimanche 21 Juin 2026 (Infos Gabon) – Pendant des décennies, les États africains ont investi des milliards pour protéger leurs frontières, sécuriser leurs institutions, surveiller les menaces et préserver leur stabilité. Cette mission reste indispensable. Pourtant, une question fondamentale demeure largement ignorée. Qui protège les intelligences capables de transformer le destin du continent ?

À l’heure où le monde entre dans une compétition sans précédent autour de l’intelligence artificielle, des technologies quantiques, de la recherche scientifique, de la conquête spatiale, de l’énergie et du climat, la richesse la plus stratégique n’est plus enfouie dans le sous-sol. Elle se trouve dans les cerveaux. Les nations qui domineront le XXIe siècle seront celles qui auront compris avant les autres comment identifier, protéger, organiser et valoriser leurs talents.

L’Afrique ne manque ni de ressources ni d’intelligence. Ce qui lui manque encore, c’est un système structuré capable de transformer cette intelligence en puissance collective.

La bataille du siècle sera celle de la connaissance

Les grandes puissances l’ont compris depuis longtemps. Les États-Unis ont bâti leur domination technologique en attirant et en protégeant les meilleurs talents du monde. La Chine investit massivement dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et les sciences de pointe. Israël a fait de l’innovation une arme stratégique. La Corée du Sud est passée de la pauvreté à la puissance grâce à l’éducation et à la valorisation des compétences.

L’Afrique, elle, continue trop souvent à découvrir ses génies lorsqu’ils sont déjà partis ou lorsqu’ils ont été révélés par d’autres.

Cheikh Anta Diop, Francis Kéré, Serge Haroche, Alain Mabanckou ou encore Dambisa Moyo ont marqué leur époque grâce à leur intelligence exceptionnelle. Beaucoup d’autres chercheurs, scientifiques, inventeurs et créateurs africains restent pourtant dans l’ombre faute d’encadrement.

Le même constat vaut pour le monde économique. Tony Elumelu, Aliko Dangote, Henri-Claude Oyima et plusieurs autres entrepreneurs africains démontrent que le continent est capable de produire des bâtisseurs de classe mondiale. D’autres réussites existent dans tous les secteurs. Certaines préfèrent la discrétion et ne recherchent pas la lumière médiatique. Leur contribution n’en est pas moins essentielle.

La question n’est donc plus de savoir si l’Afrique possède des talents. Elle est de savoir pourquoi elle ne dispose toujours pas d’un mécanisme permanent chargé de les recenser, de les accompagner et de les mobiliser au service du développement.

Créer un renseignement des talents

L’idée peut surprendre. Pourtant, elle mérite d’être posée. Après les services de renseignement chargés de détecter les menaces, pourquoi ne pas créer des services spécialisés dans l’identification des intelligences positives ?

Leur mission serait claire. Détecter les jeunes surdoués dans les écoles. Repérer les innovateurs dans les quartiers. Identifier les chercheurs prometteurs dans les universités. Accompagner les inventeurs, les ingénieurs, les créateurs de technologies, les artistes visionnaires et les entrepreneurs à fort potentiel.

Ces structures auraient également pour rôle de protéger ces talents contre l’abandon, la précarité, l’exil forcé ou l’indifférence administrative. Car chaque génie perdu représente une richesse nationale qui profite finalement à d’autres pays.

Cette démarche exigerait également un changement culturel. L’Afrique doit apprendre à distinguer l’intelligence qui construit de celle qui détruit.

Proscrire l’intelligence négative

Le continent a longtemps payé le prix de ce que l’on pourrait appeler l’intelligence négative.

Cette intelligence qui manipule les peuples, entretient les divisions, organise les conflits, détourne les ressources publiques et transforme les rivalités en mode de gouvernance. Elle a souvent prospéré au détriment de l’intelligence créatrice, celle qui produit des solutions, invente des technologies, améliore l’agriculture, développe l’industrie ou fait progresser la science.

L’Afrique doit désormais faire un choix historique. Valoriser systématiquement l’intelligence positive et marginaliser l’intelligence destructrice. Cette révolution intellectuelle doit être portée au plus haut niveau politique.

Le roi Mohammed VI a montré comment une vision de long terme peut transformer un pays en référence industrielle africaine. Le président ghanéen John Dramani Mahama a pris le leadership continental sur la question de la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité et sur le débat des réparations. Son nom restera durablement associé à ce combat.

Chaque dirigeant africain pourrait ainsi porter une grande cause continentale.

Pourquoi Brice Clotaire Oligui Nguema ne deviendrait-il pas le promoteur d’un système africain de protection des intelligences stratégiques ? Son expérience dans les services de renseignement lui permet de comprendre une vérité simple. Les ressources les plus précieuses d’une nation sont celles qu’elle sait identifier avant les autres.

L’Union africaine devrait également s’emparer de cette réflexion. Trop souvent appelée à intervenir après les crises pour les condamner, elle gagnerait à développer des capacités d’anticipation fondées sur les savoirs, la science et l’innovation. Demain, les grandes décisions sur l’intelligence artificielle, le climat, l’énergie ou l’espace dépendront d’hommes et de femmes capables de penser le futur.

La vraie question est donc la suivante. L’Afrique veut-elle continuer à exporter ses cerveaux ou décide-t-elle enfin de les considérer comme sa première richesse stratégique ? Le véritable développement du continent pourrait bien commencer le jour où ses génies seront protégés avec la même détermination que ses frontières.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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