Le Gabon redessine son avenir écologique
Libreville, Mercredi 22 Juillet 2026 (Infos Gabon) – La protection de la biodiversité n’est plus seulement un impératif environnemental. Elle devient un choix stratégique de développement. En engageant la dernière étape de validation de sa nouvelle Stratégie et de son Plan d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB), le Gabon affirme sa volonté de faire de son capital naturel l’un des principaux leviers de sa transformation économique.
Derrière ce document appelé à guider les politiques publiques jusqu’en 2030 se dessine une ambition plus vaste. Concilier croissance, préservation des écosystèmes et bien-être des populations dans un contexte où les ressources naturelles constituent à la fois une richesse économique et un patrimoine mondial.
Réunis à Libreville les 20 et 21 juillet lors de l’atelier national de validation de la SPANB, les représentants des administrations, des partenaires techniques et financiers, des chercheurs, des organisations de la société civile, des communautés locales, des peuples autochtones et du secteur privé ont achevé plusieurs mois de concertation. À l’issue de deux journées de travaux, le secrétaire général du ministère des Eaux et Forêts et de l’Environnement, Delphin Mapaga, a annoncé l’achèvement du processus technique de consolidation du document.
Selon lui, la nouvelle stratégie constitue désormais une véritable « boussole stratégique » destinée à concilier le développement socio-économique avec la durabilité environnementale. Les contributions des différentes parties prenantes ont permis d’élaborer un outil adapté aux réalités gabonaises, intégrant des mécanismes destinés à renforcer la conservation des écosystèmes, la gestion durable des ressources biologiques au bénéfice des communautés locales et l’amélioration de la gouvernance environnementale.
Un patrimoine naturel d’importance mondiale
À l’ouverture des travaux, le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, avait rappelé la responsabilité particulière du Gabon dans la préservation de la biodiversité mondiale. « Le Gabon est un arboretum », a-t-il déclaré pour illustrer l’exceptionnelle richesse écologique du pays.
Avec près de 88% de son territoire couvert de forêts tropicales, plus de 400 essences de bois, environ 1 000 espèces végétales, près de 700 espèces d’oiseaux, 190 espèces de mammifères, 70 espèces de reptiles, neuf sites Ramsar, treize parcs nationaux et vingt aires marines protégées, le pays figure parmi les principaux réservoirs mondiaux de biodiversité.
Cette richesse confère au Gabon une responsabilité internationale croissante dans la lutte contre l’érosion des écosystèmes. Les autorités se sont d’ailleurs engagées à protéger 30% des écosystèmes marins, 30 pour cent des eaux douces et 30 pour cent des espaces terrestres, conformément aux objectifs fixés par le cadre mondial adopté à Kunming et Montréal.
Pour Maurice Ntossui Allogo, la future stratégie devra dépasser la seule logique de conservation. Elle devra permettre de préserver les ressources naturelles tout en soutenant les ambitions économiques du pays à travers une valorisation durable de son capital naturel. Une approche qui place l’inclusion, l’opérationnalité et la participation des acteurs au cœur de l’action publique.
La coordonnatrice de la stratégie, Tsayi Mouvagha, a rappelé que ce document est l’aboutissement d’un processus rigoureux, participatif et inclusif ayant mobilisé administrations sectorielles, collectivités locales, institutions publiques, partenaires internationaux, chercheurs, experts nationaux, organisations de la société civile, communautés locales et peuples autochtones.
Trente années d’engagement environnemental
Le travail engagé aujourd’hui s’inscrit dans une trajectoire entamée il y a plus de trois décennies. Comme l’a rappelé le point focal de la Convention sur la diversité biologique, Aimé Serge Mibambani Ndimba, le Gabon a ratifié cette convention issue du Sommet de la Terre de Rio le 14 mars 1997. Entrée en vigueur quelques mois plus tard, elle poursuit trois objectifs majeurs. Préserver la diversité biologique, assurer une utilisation durable des ressources naturelles et garantir un partage juste et équitable des bénéfices issus des ressources génétiques.
Depuis lors, chaque cycle décennal a conduit le pays à renforcer son arsenal juridique et institutionnel. La première stratégie nationale adoptée en 2000 a accompagné la création des treize parcs nationaux ainsi que l’adoption du Code forestier, du Code agricole et des textes relatifs à la pêche et à l’aquaculture. Le cycle suivant a été marqué par la création des vingt aires marines protégées couvrant environ 26 pour cent des espaces marins nationaux ainsi que par l’adoption du Code des hydrocarbures et de la loi régissant le secteur minier.
La stratégie actuellement en cours de validation s’inscrit dans le troisième cycle de la Convention sur la diversité biologique et intègre les vingt-trois cibles du cadre mondial de Kunming-Montréal. Selon Aimé Serge Mibambani Ndimba, les principaux défis résident désormais dans le financement, le renforcement des capacités, la disponibilité des données scientifiques et la production des futurs rapports nationaux.
Transformer les engagements en résultats
À l’issue de l’atelier, les cinq groupes thématiques ont validé les amendements du plan d’action. Les prochaines étapes consisteront à intégrer l’ensemble des observations avant la transmission du document au ministre des Eaux et Forêts. Celui-ci le présentera ensuite au Conseil des ministres en vue de son adoption officielle avant son dépôt auprès du secrétariat de la Convention sur la diversité biologique. Une vaste campagne de vulgarisation sera ensuite conduite auprès de l’administration, du secteur privé, de la société civile et des populations.
La coordonnatrice résidente par intérim du Système des Nations unies au Gabon, Rokya Ye-Dieng, a salué une stratégie ambitieuse qui place la biodiversité au cœur du développement durable du pays. Soutenue par le Programme des Nations unies pour l’environnement et le Fonds pour l’environnement mondial, elle estime que cette nouvelle feuille de route permettra de traduire en actions concrètes la vision du gouvernement en matière de préservation et d’utilisation durable des ressources naturelles.
Au-delà de son adoption, le véritable défi sera celui de sa mise en œuvre. Les stratégies environnementales ne prennent leur pleine valeur que lorsqu’elles produisent des résultats mesurables sur le terrain. Pour le Gabon, dont le patrimoine naturel constitue l’un des plus riches de la planète, la nouvelle SPANB ne représente pas uniquement un engagement envers la communauté internationale. Elle constitue un choix de société où la protection de la biodiversité devient un facteur de souveraineté, de développement économique et de prospérité durable pour les générations futures.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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