Le pari du riz gabonais
Libreville, Lundi 1er Juin 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut transformer l’une de ses plus grandes vulnérabilités économiques en levier stratégique de souveraineté. Longtemps dépendant des importations alimentaires pour nourrir sa population, le pays multiplie désormais les partenariats internationaux afin de construire les bases d’une véritable autonomie agricole.
Les récentes missions conduites par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) et la Korea-Africa Food and Agriculture Cooperation Initiative (KAFACI) illustrent cette nouvelle dynamique autour d’un objectif précis : faire émerger une filière rizicole nationale capable de réduire durablement la dépendance extérieure du pays.
Au-delà des visites techniques et des échanges d’expertise, ces déplacements successifs témoignent d’une réalité plus profonde. Le riz est devenu au Gabon un enjeu économique, social et politique majeur.
Une bataille pour la souveraineté alimentaire
Chaque année, le Gabon consacre plusieurs dizaines de milliards de francs CFA à l’importation du riz, aliment de base largement consommé par les ménages. Selon les estimations présentées par les partenaires internationaux, la facture annuelle avoisine aujourd’hui 42 milliards de francs CFA.
Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des marchés mondiaux, aux tensions logistiques internationales et aux variations des prix des matières premières. Les crises récentes ont démontré à quel point les chaînes d’approvisionnement mondiales pouvaient fragiliser les économies fortement dépendantes des importations alimentaires.
Face à ce constat, les autorités gabonaises ont fait de la sécurité alimentaire l’un des piliers de leur stratégie de diversification économique. L’ambition affichée est claire : réduire de moitié les importations alimentaires d’ici à 2030 et renforcer progressivement la production nationale.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le Programme National de Sélection, d’Amélioration Variétale et de Production de Semences, devenu l’un des principaux instruments de modernisation agricole du pays.
Le savoir-faire asiatique au service des producteurs gabonais
Sur le terrain, les résultats commencent à apparaître. Les experts de la JICA ont récemment parcouru plusieurs sites rizicoles développés dans le cadre du Programme national de sécurité alimentaire verte. De Ça m’Étonne à Akok, en passant par Evinafong, les coopératives agricoles engagées dans la phase II de formation ont présenté les premiers résultats obtenus grâce au Système de Riziculture Intensive.
Cette méthode, développée pour améliorer les rendements tout en limitant la consommation d’eau et d’intrants, constitue aujourd’hui l’un des principaux leviers de modernisation de la filière. Les responsables japonais ont salué la motivation et l’engagement des producteurs gabonais malgré des moyens matériels encore limités.
Selon le Dr Soke, expert de la JICA, les performances observées pourraient connaître une progression significative avec un renforcement des équipements et de l’accompagnement logistique. Cette même analyse est partagée par les experts coréens de KAFACI.

Présente au Gabon depuis près d’une décennie, l’organisation coréenne accompagne les chercheurs et producteurs nationaux dans le développement de nouvelles variétés adaptées aux réalités climatiques locales.
Cette coopération a déjà permis l’homologation de trois variétés devenues aujourd’hui des références nationales : Cheyi, Moukafaci et Mboma.
Du laboratoire à la production de masse
Pour les experts internationaux, le principal défi n’est désormais plus scientifique. Le chef de mission de KAFACI, Dr Jeong Nam Hee, estime que le Gabon dispose aujourd’hui des ressources naturelles, du potentiel humain et des acquis techniques nécessaires pour accélérer sa transition vers l’autosuffisance rizicole.
Le véritable enjeu réside désormais dans le passage à l’échelle. Les coopératives agricoles réclament un soutien plus important en matière de mécanisation, d’irrigation, de stockage et de transport. Sans ces investissements complémentaires, les progrès observés risquent de demeurer limités à des expériences locales.
La question du financement devient donc centrale. Transformer plusieurs centaines d’hectares en véritables bassins de production nécessite une mobilisation coordonnée de l’État, des partenaires techniques, du secteur privé et des institutions financières.
Le test de crédibilité agricole du Gabon
La riziculture est en train de devenir un indicateur de la capacité du Gabon à réussir sa diversification économique. Pendant des décennies, l’économie nationale a reposé principalement sur les hydrocarbures. Désormais, l’agriculture est appelée à jouer un rôle beaucoup plus stratégique dans la création de richesse, l’emploi et la réduction des déséquilibres extérieurs.
Les avancées enregistrées grâce aux coopérations japonaise et coréenne démontrent que les solutions techniques existent. Les producteurs sont formés, les variétés sont disponibles et les rendements progressent. Reste à franchir l’étape décisive : transformer ces succès expérimentaux en une véritable industrie agricole nationale.
Le défi dépasse largement la simple production de riz. Il touche à la sécurité alimentaire, à la souveraineté économique et à la capacité du pays à bâtir un modèle de croissance moins dépendant des importations. Dans cette bataille silencieuse menée au cœur des exploitations agricoles, c’est une partie de l’avenir économique du Gabon qui se joue désormais
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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