Russie-Afrique : Tshisekedi interpelle les grandes puissances sur la guerre congolaise
Libreville, Lundi 2 Novembre 2026 (Infos Gabon) – En s’adressant à Vladimir Poutine au Kremlin, Félix-Antoine Tshisekedi n’a pas seulement sollicité le soutien d’un partenaire diplomatique. Il a placé la Russie devant une responsabilité qui concerne l’ensemble des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies.
Derrière son appel à Moscou se dessine une interpellation plus large de Washington, Pékin, Paris et Londres. Après près de trois décennies de violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), Kinshasa veut que les puissances capables de peser sur l’ordre international contribuent davantage à faire appliquer les décisions déjà prises. Le message est politique, mais aussi stratégique. La paix congolaise ne peut rester prisonnière de déclarations sans conséquences sur le terrain.
Le levier des cinq permanents
Reçu par Vladimir Poutine le 30 octobre 2026, en marge du troisième sommet Russie-Afrique, le président congolais a demandé à Moscou de soutenir les efforts de paix et de défendre les intérêts de la RDC au Conseil de sécurité. La Russie, comme les États-Unis, la Chine, la France et le Royaume-Uni, dispose d’un siège permanent et d’un droit de veto. Cette position lui confère une influence particulière dans les décisions internationales relatives au conflit.
Tshisekedi a rappelé les limites des processus diplomatiques de Washington et de Doha, engagés respectivement autour des tensions entre Kinshasa et Kigali et des discussions avec la rébellion AFC/M23. Malgré les engagements annoncés, a-t-il déploré, les résultats concrets tardent à se manifester. Il a également insisté sur l’application de la résolution 2773, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité le 21 février 2025. Celle-ci condamne l’offensive du M23 avec le soutien des forces rwandaises, exige le retrait de ces dernières du territoire congolais et appelle à la cessation des hostilités.
En évoquant le rôle des cinq permanents, le chef de l’État congolais adresse donc un signal qui dépasse son interlocuteur russe. Il suggère que les grandes puissances disposent collectivement de leviers diplomatiques pour contribuer à sortir de l’impasse. Mais il serait excessif d’en déduire qu’une décision du seul « G5 » suffirait mécaniquement à mettre fin à la guerre. Le Conseil de sécurité peut exercer une pression, adopter des mesures et soutenir des mécanismes de règlement. Il ne peut se substituer à la volonté des parties, ni garantir à lui seul l’exécution des engagements sur le terrain.
La crédibilité de l’ONU mise à l’épreuve
L’autre demande de Tshisekedi concerne la MONUSCO, dont le mandat arrive à échéance le 20 décembre 2026. Le président congolais souhaite obtenir l’appui de Moscou en faveur de son renouvellement. La résolution 2808, adoptée en décembre 2025, avait déjà prolongé la mission jusqu’à cette date.
Cette sollicitation intervient alors que la présence de la mission onusienne reste un sujet sensible en RDC. Pour Kinshasa, son maintien doit contribuer à la protection des civils et à l’accompagnement des efforts de stabilisation. Mais la question dépasse la seule reconduction administrative. Elle renvoie à l’efficacité d’un dispositif international dont les moyens et les résultats sont régulièrement confrontés à l’ampleur des violences.
La responsabilité des grandes puissances se mesure dès lors à leur capacité à faire respecter les résolutions qu’elles adoptent. La résolution 2773 a été votée à l’unanimité. Cette unité diplomatique constitue un point d’appui pour Kinshasa, mais elle ne garantit pas l’application de ses dispositions. L’écart entre le consensus à New York et la réalité dans les provinces orientales nourrit précisément la frustration congolaise.
Une crise qui dépasse les frontières de la RDC
La démarche de Tshisekedi pose aussi une question aux organisations africaines. L’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la SADC et les pays voisins ne peuvent être de simples spectateurs d’une crise qui fragilise les équilibres régionaux. Les déplacements de populations, l’insécurité transfrontalière, les tensions diplomatiques et les perturbations économiques affectent bien au-delà des zones de combat. Une Afrique centrale durablement déstabilisée compromet les perspectives d’intégration, d’investissement et de coopération commerciale.
L’appel lancé à Poutine interpelle également la classe politique congolaise. Alors que le pays fait face à des défis considérables en matière d’emploi, d’éducation, de santé, d’énergie, de sécurité alimentaire et de pouvoir d’achat, la priorité devrait être la construction d’un consensus national autour de la paix et du développement. Les rivalités internes et les controverses institutionnelles ne peuvent durablement occulter l’urgence vécue par les populations de l’Est. La stabilité politique suppose le respect des règles constitutionnelles et la recherche de solutions qui préservent la cohésion nationale.
Enfin, la proposition de Tshisekedi d’établir avec Moscou une feuille de route assortie de responsabilités et d’échéances, autour de la coopération économique, de la paix et de la concertation diplomatique, donne une dimension concrète à sa démarche. Vladimir Poutine a présenté la RDC comme un partenaire africain prometteur pour le commerce et l’investissement. Reste à savoir si cette volonté affichée se traduira par des engagements vérifiables.
Le message de Kinshasa est finalement adressé à plusieurs capitales et à l’Afrique tout entière. La paix dans l’Est congolais n’est ni une faveur accordée à un gouvernement ni un dossier périphérique de la diplomatie mondiale. Elle conditionne la sécurité régionale et la possibilité pour un pays riche en ressources de consacrer ses forces au développement plutôt qu’à la guerre. Les grandes puissances sont appelées à dépasser les déclarations de principe. Les dirigeants congolais et régionaux, eux aussi, devront démontrer que la paix constitue une priorité supérieure aux calculs politiques.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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