Sénégal : Sonko renverse encore le jeu
Libreville, Jeudi 28 Mai 2026 (Infos Gabon) – En moins d’une semaine, Ousmane Sonko a réalisé ce que peu de responsables politiques africains parviennent à accomplir en une carrière entière.
Écarté de la primature le 22 mai, l’ancien chef du gouvernement sénégalais a été élu le mardi 26 mai président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés. Une chute institutionnelle transformée en démonstration de puissance politique. De Dakar à Libreville, de nombreux observateurs y voient déjà l’un des rebonds les plus spectaculaires de la vie politique africaine contemporaine.
Dans un continent où les transitions de pouvoir débouchent souvent sur des ruptures brutales, des règlements de comptes ou des effacements définitifs, le cas Sonko intrigue autant qu’il fascine. Quelques jours seulement après son départ du gouvernement, le leader du Pastef s’installe à la tête de l’institution parlementaire sénégalaise, confirmant que son influence dépasse largement les fonctions qu’il occupe.
L’image a marqué les esprits. Mardi matin, devant un hémicycle acquis à sa majorité, Ousmane Sonko a pris place au perchoir sous les applaudissements de ses partisans. Le vote ne laissait aucun doute sur l’état du rapport de force politique au Sénégal. Cent trente-deux députés ont soutenu sa candidature. Aucun vote contre. Une seule abstention.
Une démonstration de survie politique
Dans son discours de prise de fonctions, prononcé en partie en wolof, Sonko n’a pas choisi l’apaisement absolu. Fidèle à son style direct, il a dénoncé ce qu’il considère comme les dérives de « l’hyper-présidentialisme » au Sénégal. Il a également regretté que son parti n’ait pas été pleinement associé à la composition du nouveau gouvernement confié à Ahmadou Al Aminou Lô, technocrate issu de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. « On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef », a-t-il lancé devant les députés.
Mais derrière cette phrase se cache surtout un message politique beaucoup plus large. Sonko montre qu’il demeure le véritable centre de gravité du pouvoir sénégalais, même après son départ de la primature. En occupant désormais le perchoir de l’Assemblée nationale, il contrôle une institution stratégique capable d’influencer durablement l’agenda politique du pays.
Cette capacité à transformer un apparent recul en nouvelle plateforme d’influence constitue précisément l’exploit politique salué par ses soutiens à travers l’Afrique.
De Dakar à Libreville, la jeunesse observe
L’épisode est suivi avec une attention particulière bien au-delà du Sénégal. Au Gabon notamment, où une partie de la jeunesse avait déjà fait d’Ousmane Sonko une figure de référence panafricaniste depuis plusieurs années, cette ascension nourrit de nombreuses comparaisons.
Depuis Libreville, beaucoup observent avec fascination cette capacité du système sénégalais à absorber les crises politiques sans sortir du cadre institutionnel. Le contraste frappe d’autant plus dans des pays où les alternances démocratiques restent fragiles ou récentes.
Car au-delà de la personnalité de Sonko, c’est le fonctionnement même de la démocratie sénégalaise qui impressionne. Un responsable politique peut perdre le gouvernement et gagner le Parlement quelques jours plus tard. Il peut contester des arbitrages internes tout en restant dans le jeu institutionnel. Il peut affronter le pouvoir sans provoquer l’effondrement de l’État. Cette mécanique démocratique imparfaite, souvent violente et conflictuelle, continue néanmoins de produire des équilibres politiques rares sur le continent.
Pour une grande partie de la jeunesse africaine, Ousmane Sonko incarne désormais bien plus qu’un dirigeant sénégalais. Son discours souverainiste, ses références répétées à Thomas Sankara, Kwame Nkrumah ou Patrice Lumumba, ainsi que sa dénonciation des dépendances économiques africaines ont construit autour de lui une image continentale. Son accession au perchoir renforce encore cette stature.
Le symbole d’une Afrique politique en mutation
Le véritable événement dépasse finalement la seule carrière d’Ousmane Sonko. Ce qui s’est joué à Dakar révèle une transformation plus profonde des imaginaires politiques africains. Longtemps, les figures de rupture sur le continent étaient associées aux coups d’État, aux insurrections ou aux affrontements armés. Désormais, une partie de la jeunesse africaine cherche des modèles capables de conquérir et d’exercer le pouvoir à travers les institutions, même conflictuelles.
Le parcours récent de Sonko cristallise cette évolution. Après avoir traversé les procès, les interdictions politiques, les manifestations, la prison et les tensions avec l’ancien pouvoir, il revient au sommet de l’État par la voie parlementaire. Cette trajectoire nourrit une idée puissante dans plusieurs capitales africaines. La conquête démocratique du pouvoir reste possible, même dans des systèmes profondément verrouillés.
Au Sénégal, l’histoire retiendra peut-être qu’en mai 2026, un homme a perdu la primature sans perdre le pouvoir réel. Mais à l’échelle du continent, beaucoup retiendront surtout autre chose. La preuve qu’en Afrique aussi, la résilience politique peut devenir une arme institutionnelle.
Et dans une époque marquée par les crises de légitimité et la fragilité démocratique, cet exploit dépasse largement les frontières sénégalaises.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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