Bosch Capital, le Gabon refuse de payer 330 millions
Libreville, Lundi 31 Août 2026 (Infos Gabon) – Le dossier Paramount Group vient de changer de nature. Alors que le fonds sud-africain Bosch Capital exige du Gabon le paiement de plus de 300 millions de dollars, soit près de 200 milliards de francs CFA selon les montants rapportés, Libreville affirme désormais ne reconnaître aucune dette exigible envers ce nouveau créancier.
Une confrontation financière et juridique se dessine donc derrière ce qui apparaît, à première vue, comme un simple contentieux commercial. Et l’échéance du 3 septembre 2026, fixée par Bosch Capital, donne au dossier une dimension particulièrement sensible pour les finances et la crédibilité internationales du Gabon.
L’affaire remonte à des contrats conclus plusieurs années avant l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema. Selon Africa Intelligence, les relations entre le Gabon et le groupe Paramount remontent notamment à l’acquisition, entre 2006 et 2007, de Mirage F1AZ provenant de l’ancienne flotte de l’armée de l’air sud-africaine. Un autre contrat conclu en 2014 aurait ensuite porté sur des prestations de maintenance et de soutien à des équipements militaires. C’est autour des impayés et des engagements liés à cette relation contractuelle que se serait constituée la créance aujourd’hui revendiquée par Bosch Capital.
Le fait nouveau tient au changement de créancier. Bosch Capital aurait acquis auprès de Paramount Logistics Corporation les droits attachés à cette créance et tente désormais d’en obtenir directement le règlement auprès de l’État gabonais. Dans une lettre adressée le 24 août aux autorités, le fonds aurait fixé au 3 septembre la date limite pour payer la somme réclamée. Africa Intelligence présente cette démarche comme une montée en pression susceptible d’avoir des conséquences sur la réputation financière du Gabon.
Mais Libreville oppose une fin de non-recevoir. Par la voix du porte-parole du gouvernement, le professeur Charles Edgard Mombo, l’État affirme que les documents invoqués par Bosch Capital ne constitueraient pas des titres de créance immédiatement exigibles, mais des promesses de paiement rattachées à un différend qui aurait déjà fait l’objet d’une procédure arbitrale.
Cette défense repose surtout sur un élément judiciaire majeur. Le gouvernement affirme qu’une décision rendue le 6 février 2026 aurait rejeté les demandes formulées par Paramount Logistics Corporation et condamné cette dernière à verser au Gabon 110 000 euros, soit environ 72 millions de francs CFA, au titre de cette procédure. Dans ces conditions, l’exécutif considère que les prétentions aujourd’hui formulées par Bosch Capital doivent être examinées à la lumière de cette décision et des droits effectivement transférés.
Une bataille sur la réalité même de la dette
Le cœur du dossier n’est donc pas uniquement le montant de 330 millions de dollars. Il porte d’abord sur une question juridique fondamentale, cette créance existe-t-elle encore sous la forme et au montant revendiqués par Bosch Capital ?
Le gouvernement gabonais répond négativement et annonce qu’il utilisera toutes les voies de droit pour défendre ses intérêts. Cette position distingue clairement l’État d’une situation dans laquelle il se contenterait de négocier un échéancier. Libreville conteste d’abord le bien-fondé de la créance et entend faire valoir les décisions judiciaires ou arbitrales déjà intervenues.
Cette différence est capitale pour les marchés. Une dette contestée ne peut être assimilée automatiquement à une dette publique reconnue. Tant qu’une juridiction compétente n’a pas établi l’existence, la validité et l’exigibilité de la créance au montant revendiqué, les 330 millions de dollars ne constituent pas mécaniquement une nouvelle charge inscrite dans les comptes de l’État. Le contentieux n’en demeure pas moins sérieux, précisément parce qu’il pourrait produire des effets financiers ou judiciaires si Bosch Capital décidait d’engager de nouvelles procédures.
L’affaire révèle également l’importance des contrats publics hérités des précédentes administrations. Le changement de pouvoir ne fait pas disparaître les engagements juridiques de l’État, mais il peut conduire à réexaminer leur exécution, leur régularité et les obligations effectivement nées de leur mise en œuvre. Pour le gouvernement actuel, le dossier Paramount devient ainsi une épreuve de traçabilité des engagements contractuels accumulés au fil des années.
Libreville joue aussi sa crédibilité financière
Le calendrier ajoute une pression politique. Bosch Capital demande un règlement avant le 3 septembre alors que Libreville affirme, de son côté, disposer d’arguments juridiques pour contester la demande. La prochaine bataille pourrait donc se déplacer des négociations financières vers les juridictions compétentes.
Pour le Gabon, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de protéger les finances publiques contre une prétention que l’État estime infondée. Il s’agit ensuite de démontrer aux investisseurs et aux créanciers internationaux que les contentieux hérités sont traités dans un cadre juridique rigoureux et documenté.
Cette seconde dimension est essentielle. Le Gabon cherche simultanément à attirer des capitaux, financer ses infrastructures, restructurer son économie et améliorer sa signature financière. Dans ce contexte, chaque contentieux international impliquant plusieurs centaines de millions de dollars est observé avec attention.
La prudence s’impose donc des deux côtés. Bosch Capital affirme disposer de droits acquis sur une créance. Le Gabon conteste ces droits et invoque une décision judiciaire favorable. Tant qu’une juridiction compétente n’aura pas définitivement tranché les points litigieux, aucune des deux positions ne devrait être transformée en vérité définitive.
Le dossier Bosch Capital constitue finalement un test grandeur nature pour la nouvelle gouvernance financière gabonaise. La question n’est pas de savoir si Libreville doit payer lorsqu’une dette est légalement établie. Elle est de savoir si l’État doit accepter comme dette exigible une créance dont il conteste le fondement et dont l’origine contractuelle fait déjà l’objet d’un contentieux.
Le Gabon a choisi de répondre par le droit plutôt que par la précipitation. C’est la seule voie solide. Mais cette stratégie impose désormais une transparence totale sur les contrats concernés, les décisions arbitrales, la cession de créance et les montants réellement dus. Car dans ce dossier, l’enjeu dépasse 330 millions de dollars. Il touche à une question beaucoup plus fondamentale pour la Ve République, celle de savoir combien l’État doit réellement, à qui, au titre de quels engagements et sur la base de quelles décisions.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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