Gabon : Oligui Nguema, la voix gabonaise monte à Addis-Abeba
Libreville, Lundi 31 Août 2026 (Infos Gabon) – À Makokou, la diplomatie gabonaise s’est invitée au cœur des urgences africaines. En marge des célébrations du 30 août, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu le Dr Mamadou Tangara, Haut Représentant du président de la Commission de l’Union africaine pour le Sahel et chef de la Mission de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, MISAHEL.
Derrière cette audience, consacrée notamment aux crises sécuritaires et politiques du continent, se dessine une ambition qui dépasse les frontières gabonaises, celle d’un Gabon davantage présent dans les mécanismes africains de paix, de médiation et de recherche de solutions aux crises.
La rencontre intervient dans un contexte continental particulièrement tendu. Le Sahel demeure confronté à la persistance des groupes armés, à l’instabilité politique et aux difficultés de coordination entre les différentes initiatives de sécurité. L’Union africaine cherche justement à renforcer son rôle dans la prévention et le règlement des conflits, en misant davantage sur le dialogue, la médiation et la coordination des réponses africaines. Le mandat de Mamadou Tangara s’inscrit directement dans cette dynamique. L’Union africaine le présente officiellement comme son Haut Représentant et chef de MISAHEL.
C’est dans cet environnement que l’émissaire africain a livré une appréciation particulièrement favorable de l’expérience gabonaise. Selon le compte rendu de la rencontre, il a relevé les évolutions enregistrées depuis le 30 août 2023 et estimé que l’expérience du Gabon pouvait nourrir la réflexion d’autres États africains. Il a notamment mis en avant les qualités de dialogue, d’écoute, d’inclusivité et de discernement politique attribuées au chef de l’État.
Cette reconnaissance mérite d’être replacée dans la trajectoire institutionnelle du Gabon. Après une transition de vingt mois consécutive au 30 août 2023, le pays est revenu à l’ordre constitutionnel à la suite de l’élection présidentielle du 12 avril 2025 et de l’investiture de Brice Clotaire Oligui Nguema le 3 mai de la même année. La présidence gabonaise présente cette période comme une transition pacifique et inclusive ayant conduit à la restauration de l’ordre démocratique.
Une expérience gabonaise désormais regardée de l’extérieur
Le propos de Mamadou Tangara prend une dimension particulière parce qu’il vient d’un responsable placé au cœur de la diplomatie continentale. L’Union africaine a elle-même encouragé Tangara et l’envoyé spécial pour le Sahel à intensifier les échanges avec les différentes parties prenantes et à renforcer le soutien diplomatique et stratégique de l’organisation dans cette région.
Lorsque cet acteur de la médiation africaine affirme que le président gabonais pourrait « apporter beaucoup de solutions » aux problèmes du continent, le message est donc plus significatif qu’une simple formule de circonstance. Il suggère que Libreville pourrait progressivement être considérée comme une capitale utile aux discussions africaines sur la gouvernance, la médiation et la stabilité.
Mais cette reconnaissance crée aussi une exigence nouvelle. Être regardé comme une expérience de référence oblige à démontrer que les principes invoqués peuvent produire des résultats durables. Le Gabon devra notamment montrer que son propre modèle de gouvernance peut conjuguer stabilité politique, respect des institutions, dialogue social, développement économique et cohésion nationale.
Cette crédibilité est d’autant plus importante que l’Union africaine se trouve elle-même confrontée à une question stratégique. Comment faire en sorte que les solutions africaines aux crises africaines ne restent pas enfermées dans des déclarations diplomatiques mais deviennent des mécanismes capables d’agir rapidement ?
Sur ce terrain, le Gabon peut avoir une carte à jouer. Son expérience récente lui permet de dialoguer avec des États engagés dans des trajectoires politiques différentes tout en ayant lui-même effectué le passage de la transition à un ordre constitutionnel. Cette position pourrait lui offrir un rôle de passerelle, à condition que Libreville transforme progressivement sa capacité de dialogue en initiatives concrètes.
Du rayonnement diplomatique à l’influence
L’entretien de Makokou intervient également après une tournée africaine du président gabonais au cours de laquelle la présidence avait déjà mis en avant le renforcement du positionnement du Gabon sur la scène continentale. Cette séquence suggère une diplomatie qui ne cherche plus uniquement à défendre les intérêts économiques du Gabon, mais à accroître son influence dans les dossiers qui façonnent l’avenir du continent.
Ce repositionnement peut servir plusieurs objectifs. Il peut renforcer la visibilité internationale du pays, ouvrir de nouveaux espaces de coopération et accroître sa capacité à défendre ses intérêts dans les grandes négociations continentales. Mais il peut également donner au Gabon une responsabilité supplémentaire dans les crises régionales.
Le Sahel constitue à cet égard un test majeur. L’Union africaine insiste sur la nécessité d’une coopération plus étroite entre l’organisation continentale, les communautés économiques régionales et les Nations unies, notamment pour harmoniser les stratégies antiterroristes, renforcer les mécanismes d’alerte précoce et développer les instruments de médiation.
Dans ce contexte, le Gabon peut difficilement prétendre peser sur les équilibres africains sans clarifier ce qu’il peut concrètement apporter. Sa valeur diplomatique pourrait précisément résider dans sa capacité à favoriser le dialogue, à défendre le règlement pacifique des différends et à mobiliser son expérience institutionnelle récente.
La rencontre avec Mamadou Tangara constitue donc moins une consécration qu’un point de départ. Le compliment diplomatique doit désormais être converti en capital politique. Pour devenir un acteur qui compte, le Gabon devra participer à des initiatives, proposer des solutions, investir les espaces de médiation et maintenir une diplomatie suffisamment cohérente pour être entendue par des partenaires aux intérêts parfois contradictoires.
À Makokou, le message venu du Sahel est finalement clair. Le Gabon est désormais observé au-delà de ses frontières et son expérience politique récente intéresse des acteurs engagés dans la recherche de réponses aux crises africaines. Mais l’influence ne se décrète pas et la reconnaissance ne suffit pas. Elle se construit par des initiatives, une constance diplomatique et la capacité à produire des résultats.
Brice Clotaire Oligui Nguema dispose désormais d’une fenêtre pour faire du Gabon une voix davantage écoutée sur les questions de paix et de stabilité. La prochaine étape sera décisive. Libreville devra démontrer qu’elle ne veut pas seulement être citée comme une expérience réussie, mais devenir elle-même un acteur capable d’aider l’Afrique à résoudre ses propres crises.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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