Economie

Gabon : Nzeng-Ayong, le pari du Gabon sur ses producteurs

Libreville, Lundi 31 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut désormais mettre ses propres producteurs au centre de la bataille contre la vie chère. Les 3 et 4 septembre 2026, le stade de Nzeng-Ayong accueillera le Grand marché des produits locaux, une opération annoncée par la Maison de l’Entrepreneur qui réunira 1 173 producteurs recensés dans les neuf provinces.

Plus qu’une foire commerciale, le rendez-vous veut tester une équation devenue stratégique pour le pays. Peut-on rapprocher durablement la production agricole nationale des consommateurs urbains tout en faisant baisser le coût du panier de la ménagère ?

Pendant deux jours, bananes, manioc, féculents, œufs, tomates et autres produits « plantés, produits et élevés » au Gabon seront proposés à des tarifs préférentiels. L’objectif est de réduire la distance entre celui qui produit et celui qui achète, en contournant autant que possible les multiples intermédiaires qui peuvent alourdir le prix final.

L’intérêt du dispositif réside surtout dans le travail réalisé en amont. La Maison de l’Entrepreneur affirme avoir entrepris un recensement des exploitants et une cartographie de leur capacité de production dans les provinces. Une démarche qui pourrait sembler administrative, mais qui constitue en réalité l’une des conditions de base d’une politique agricole crédible. On ne peut pas organiser une chaîne d’approvisionnement nationale sans savoir précisément qui produit, quoi, en quelle quantité, à quelle période et dans quelle région.

Cette connaissance de l’offre doit permettre de constituer un répertoire plus fiable de la production agricole gabonaise. Elle pourrait surtout aider à dépasser une faiblesse ancienne de l’agriculture nationale, la difficulté à disposer de données suffisamment précises pour connecter producteurs, marchés et besoins des consommateurs.

Pour Eugène Assoume, directeur général de la Foire agricole, l’enjeu est également de déconstruire l’idée selon laquelle le Gabon serait incapable de produire suffisamment pour nourrir sa population. Le principe « Consommons ce que nous produisons » prend ici une dimension plus opérationnelle. Il ne s’agit plus seulement d’appeler les Gabonais à acheter local, mais de démontrer qu’une offre existe et qu’elle peut être organisée.

Cette démonstration est importante dans un contexte où la souveraineté alimentaire est devenue une priorité politique. La dépendance aux importations expose en effet le marché intérieur aux variations des prix internationaux, aux coûts du transport et aux perturbations logistiques. Produire davantage localement peut donc constituer un instrument de résilience autant qu’un moyen de réduire certaines pressions sur les ménages.

Mais la question fondamentale demeure celle du volume et de la régularité. Un grand marché peut montrer que des produits gabonais existent. Il ne garantit pas qu’ils seront disponibles en quantité suffisante chaque semaine dans les supermarchés, les marchés de quartier, les cantines scolaires ou les restaurants. La lutte contre la vie chère ne pourra être remportée avec des opérations ponctuelles. Elle exige une chaîne agricole structurée, de la production au stockage, au transport, à la transformation et à la distribution.

C’est là que le recensement des producteurs peut prendre toute son importance. Si les données sont régulièrement actualisées, elles peuvent servir à programmer les besoins en semences, équipements, financement et infrastructures, mais aussi à mettre en relation les producteurs avec les acheteurs institutionnels ou privés.

Le défi est également celui de la transformation. Une partie importante de la valeur agricole peut être créée après la récolte. Transformer le manioc, conserver les fruits et légumes, conditionner les œufs ou développer des chaînes du froid permettrait de limiter les pertes et d’allonger la durée de commercialisation. À terme, une agriculture productive ne doit donc pas seulement alimenter les marchés, elle doit également faire naître une industrie agroalimentaire gabonaise.

Le Grand marché de Nzeng-Ayong servira ainsi de test grandeur nature. Il permettra de confronter l’offre recensée aux attentes des consommateurs et d’observer la capacité des producteurs à répondre collectivement à une forte demande urbaine.

L’initiative pourrait également renforcer la visibilité des exploitants qui travaillent loin de Libreville. Les producteurs des provinces disposent souvent de débouchés limités par les difficultés de transport et d’accès aux marchés. Leur permettre de rencontrer directement les consommateurs peut créer de nouvelles relations commerciales et révéler des filières jusque-là peu visibles.

La dimension sociale est tout aussi importante. Derrière chaque producteur se trouvent des emplois, des familles et des revenus ruraux. Une augmentation de la production agricole locale signifie potentiellement davantage d’activité dans les campagnes, mais également davantage de débouchés pour les transporteurs, commerçants, transformateurs et artisans.

Le Grand marché des 3 et 4 septembre ne doit donc pas être considéré comme une simple manifestation commerciale. Il peut devenir le premier maillon d’une politique beaucoup plus ambitieuse de structuration de l’offre agricole gabonaise. La véritable réussite ne sera pas de remplir le stade de Nzeng-Ayong pendant deux jours. Elle sera de faire en sorte que les 1 173 producteurs recensés deviennent progressivement les fournisseurs réguliers d’un marché national mieux organisé, capable d’approvisionner les ménages à des prix compétitifs.

La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit dans les champs, se consolide par les infrastructures et se vérifie au moment où le consommateur peut acheter local, à prix accessible, toute l’année. Nzeng-Ayong peut être une vitrine. Le véritable enjeu est d’en faire le point de départ d’un système.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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