Gabon : A qui appartiennent vraiment les banques ?
Libreville, Lundi 31 Août 2026 (Infos Gabon) – Le secteur bancaire gabonais raconte une histoire plus complexe que celle d’un simple marché de huit établissements. Il révèle surtout une économie dont les banques sont installées au Gabon, financent les entreprises et collectent l’épargne locale, mais dont le capital est désormais largement arrimé à de grands groupes africains et internationaux.
À fin juin 2026, BGFIBank et AFG Bank dominaient à eux deux 68,75 % du marché du crédit et 68,10 % des dépôts, selon les statistiques de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Gabon rapportées par L’Économie.
La photographie du marché doit d’abord être actualisée. Les données de la Banque africaine de développement portant sur 2024 comptabilisaient huit banques commerciales, avec la BCEG encore absente de leurs statistiques parce qu’elle venait de lancer ses activités en décembre 2024. Depuis, la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon est devenue un nouvel acteur du paysage bancaire, avec un capital de 17 milliards de FCFA et un actionnariat annoncé comme entièrement gabonais. Le nombre d’établissements ne dit donc pas, à lui seul, toute la réalité du marché.
La géographie du capital est, elle, particulièrement révélatrice. BGFIBank constitue le principal groupe à ancrage gabonais et s’est transformé en groupe bancaire panafricain présent dans plusieurs pays du continent. Face à lui, AFG Bank Gabon, issue de l’ancienne BICIG, appartient au groupe ivoirien Atlantic Financial Group, tandis que l’UGB est contrôlée par le groupe marocain Attijariwafa bank.
Le reste du marché confirme cette internationalisation. UBA porte les intérêts du Nigeria, Ecobank est issu d’un groupe bancaire panafricain historiquement basé au Togo et Orabank appartient à un autre groupe régional d’origine ouest-africaine. Quant à Citibank Gabon, elle reste rattachée au groupe américain Citi, qui identifie officiellement Citibank Gabon comme une entité du réseau supervisée dans le cadre de ses activités internationales.
Ce mouvement n’est pas nouveau. Le marché bancaire gabonais a progressivement cessé d’être dominé par les intérêts français qui avaient historiquement structuré une partie importante du système. Depuis les années 2000, le capital bancaire s’est davantage africanisé avec l’arrivée de groupes marocains, nigérians, togolais, ivoiriens et panafricains. La trajectoire traduit aussi l’intégration croissante des économies de la CEMAC et la volonté des grands groupes financiers africains d’étendre leur présence régionale.
Une bataille de capitaux, mais surtout de crédits
La vraie question pour le Gabon n’est pourtant pas uniquement de savoir qui détient les banques. Elle est de savoir ce que ces banques font de l’épargne gabonaise. Les chiffres de juin 2026 sont à cet égard particulièrement instructifs. BGFIBank détenait 40,65 % du marché des crédits, AFG Bank 28,10 %. UGB, Orabank, Ecobank, Citibank et UBA se partageaient les positions restantes. Cette concentration signifie que deux établissements se trouvent au centre d’une grande partie du financement de l’économie.
Cette situation comporte une force et un risque. La force est celle de banques suffisamment capitalisées pour accompagner de grands projets publics et privés. Le risque est celui d’une dépendance excessive de l’économie à un nombre réduit de prêteurs. Une difficulté importante touchant l’un des principaux établissements pourrait avoir des répercussions disproportionnées sur l’ensemble du système.
L’autre interrogation concerne les PME. Le Gabon veut accélérer son industrialisation, développer l’agriculture, renforcer le contenu local et faire émerger davantage d’entreprises nationales. Or ces ambitions nécessitent un accès au crédit adapté aux réalités des petites entreprises. Une économie peut disposer de banques solides sans pour autant disposer d’un financement suffisamment profond pour les entrepreneurs.
C’est précisément là que l’arrivée de la BCEG introduit une différence stratégique. Son modèle est explicitement orienté vers l’entrepreneuriat et le financement de proximité, avec l’ambition d’offrir des services dans les chefs-lieux des neuf provinces. La banque indique également proposer des crédits bonifiés et des instruments de financement d’équipements productifs.
Le défi pour l’ensemble du système sera donc de transformer la concurrence bancaire en concurrence sur la qualité du financement. Les entreprises gabonaises doivent pouvoir choisir leurs partenaires, négocier leurs conditions et accéder à des solutions adaptées à leur cycle d’activité.
La vraie question est celle de la souveraineté financière
La présence de capitaux étrangers n’est pas, en elle-même, une faiblesse. Elle peut apporter des ressources, des compétences, des technologies bancaires et l’accès à des réseaux financiers internationaux. Elle peut aussi faciliter le financement du commerce régional et des investissements transfrontaliers.
Mais elle devient un enjeu de souveraineté lorsque l’économie nationale dépend presque exclusivement de décisions prises par des groupes dont les centres stratégiques se trouvent hors du Gabon. Le sujet n’est donc pas de fermer le marché aux investisseurs étrangers. Il est de construire un système capable de servir prioritairement les besoins de l’économie gabonaise.
Cela passe notamment par une capacité renforcée à financer les secteurs productifs. Agriculture, transformation locale, logement, PME, infrastructures et économie numérique ont besoin de crédits de long terme, rarement compatibles avec une logique bancaire centrée uniquement sur les risques les plus faibles et les clients les plus solvables.
Le Gabon dispose désormais d’un élément intéressant dans cette équation avec une banque à capital entièrement national, la BCEG. Son développement devra toutefois être conduit avec la même exigence prudentielle que les groupes internationaux. Une banque nationale forte n’est pas celle qui prête sans discernement. C’est celle qui transforme efficacement l’épargne en investissements productifs tout en protégeant les déposants.
Le paysage bancaire gabonais est donc moins une question de nationalité des actionnaires qu’une question de puissance financière au service du développement. Les capitaux marocains, ivoiriens, nigérians, ouest-africains, américains et gabonais coexistent désormais dans un même marché. Cette diversité peut être une force considérable. Mais elle n’aura une véritable valeur pour le pays que si elle se traduit par davantage de crédits aux PME, plus de financement de l’agriculture, un accompagnement accru des entrepreneurs et une participation plus forte des banques à la transformation locale de l’économie.
La prochaine bataille du secteur bancaire gabonais ne sera pas celle de la propriété. Elle sera celle de la capacité à financer le Gabon de demain.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : Nzeng-Ayong, le pari du Gabon sur ses producteurs

















