Economie

Gabon : Poulet, le compte à rebours est lancé

Libreville, Lundi 31 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon entre dans la dernière ligne droite avant un bouleversement majeur de son marché avicole. À quatre mois de l’échéance fixée au 1er janvier 2027 pour mettre fin aux importations de poulet de chair, l’Institut national de la statistique engage une phase complémentaire de l’Enquête sur le suivi de la filière avicole au Gabon, l’ESFAG, dans la province de l’Estuaire.

L’objectif est clair, disposer d’une photographie beaucoup plus fiable de la production nationale avant que le pays ne ferme progressivement la porte à une dépendance alimentaire devenue structurelle.

Du 23 au 27 août 2026, une mission de sensibilisation a parcouru Libreville, Ntoum, Kango et Cocobeach. La collecte proprement dite doit commencer dans une dizaine de jours. Cette nouvelle opération vise à corriger les insuffisances relevées dans la première enquête réalisée en novembre 2025 et à identifier notamment les exploitations créées depuis cette date.

L’Instat indique que les données manquantes représentent environ 7 % de la première base. Des informations essentielles, dont la nationalité de certains fermiers, coopératives et sociétés, doivent également être complétées. Les enquêteurs devront donc actualiser le fichier des producteurs, mesurer l’évolution de la production et mieux connaître les capacités réelles des exploitations.

Le dispositif prévoit d’abord de reprendre contact par téléphone avec les 2 178 exploitations déjà visitées, avec une attention particulière portée aux 140 producteurs de poulet de chair. Les exploitations qui ne pourront pas être jointes seront ensuite visitées sur le terrain, avec l’appui des directions provinciales de l’Agriculture. La démarche est importante, car une décision aussi lourde que l’arrêt des importations ne peut être accompagnée sérieusement sans connaître précisément la capacité productive du pays.

L’écart actuel entre consommation et production explique l’urgence. Selon les données gouvernementales, le Gabon importait en moyenne 55 000 tonnes de poulet de chair par an entre 2020 et 2024, pour une production nationale évaluée autour de 4 000 tonnes annuelles. Le marché repose donc encore très largement sur l’offre extérieure.

Cette dépendance constitue précisément la faiblesse que la politique de souveraineté alimentaire veut désormais corriger. Le 30 mai 2025, le Conseil des ministres avait acté l’interdiction de l’importation de poulet de chair à compter du 1er janvier 2027, avec l’ambition de stimuler la production locale, l’investissement agricole, l’emploi rural et la création d’une véritable chaîne de valeur nationale.

Depuis, le gouvernement a commencé à construire les conditions de cette transition. Le Plan opérationnel d’urgence pour la filière avicole prévoit notamment un accompagnement des producteurs et un mécanisme de financement. En avril 2026, les autorités indiquaient déjà travailler à l’augmentation de la production et à l’amélioration de l’approvisionnement en poussins.

En mai, cinq conventions d’investissement représentant plus de 775 milliards de FCFA ont par ailleurs été annoncées dans le cadre du développement de la filière avicole. Ces engagements doivent contribuer à accroître fortement les capacités nationales, à renforcer les infrastructures de production et à structurer progressivement les différentes composantes de la chaîne.

Mais c’est précisément ici que l’enquête de l’Instat devient stratégique. Les investissements, les infrastructures et les financements doivent être confrontés aux réalités du terrain. Combien d’éleveurs sont réellement opérationnels ? Quelle est leur capacité de production ? Où sont-ils implantés ? Quels volumes peuvent-ils fournir chaque mois ? Quel cheptel est disponible ? Quelles sont leurs difficultés en alimentation animale, en poussins, en énergie, en accès au financement ou en équipements sanitaires ?

Sans ces réponses, l’interdiction pourrait créer un effet inverse à celui recherché. Une réduction trop rapide de l’offre importée sans production nationale suffisante pourrait provoquer des tensions sur l’approvisionnement et une hausse des prix. La souveraineté alimentaire ne consiste donc pas seulement à interdire l’importation. Elle suppose de disposer, au même moment, d’une offre locale compétitive en quantité, en qualité et à un prix acceptable pour le consommateur.

C’est pourquoi le rôle de la Centrale d’Achat du Gabon devient également intéressant. En août 2026, le ministère de l’Agriculture et la CEAG ont signé un cahier des charges destiné à faciliter l’écoulement de la production avicole nationale et à préparer l’arrêt des importations. Le dispositif ouvre la perspective d’une connexion plus directe entre producteurs et marché national.

La transition devra donc être pensée comme une chaîne complète. Produire davantage ne suffira pas. Il faudra nourrir les volailles à coût maîtrisé, assurer la disponibilité des poussins, renforcer la santé animale, financer les exploitations, organiser l’abattage, la conservation, le transport et la distribution, puis garantir un prix suffisamment compétitif pour que le consommateur accepte durablement le « poulet gabonais ».

L’enquête complémentaire de l’Estuaire apparaît ainsi comme beaucoup plus qu’une opération statistique. Elle intervient au moment où le gouvernement doit passer d’une ambition politique à une réalité industrielle. Les chiffres produits devront permettre de mesurer le chemin restant à parcourir avant le 1er janvier 2027 et d’ajuster, si nécessaire, les dispositifs d’accompagnement.

Le Gabon a fixé une échéance. Il lui faut désormais démontrer qu’il possède les moyens de la tenir. La vraie victoire ne sera pas de voir disparaître le poulet importé des quais et des rayons. Elle sera de voir le poulet produit au Gabon prendre sa place sans pénurie, sans explosion des prix et avec une filière capable de créer des revenus et des emplois.

L’ESFAG devra donc fournir plus qu’un recensement. Elle devra devenir la boussole de cette transition. Car fermer une frontière commerciale est une décision politique. Nourrir durablement un pays avec sa propre production est une décision économique, agricole et industrielle autrement plus exigeante. Le 1er janvier 2027 approche. Le Gabon n’a plus seulement besoin de producteurs. Il a besoin d’une filière.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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