Economie

Gabon : FONED, le pari des 100 milliards

Libreville, Vendredi 4 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon vient de lancer une bataille décisive pour son autonomie financière. À la clôture du premier Forum national de l’épargne pour le développement, le 3 septembre à Libreville, la Caisse des dépôts et consignations a fixé un objectif qui donne une mesure concrète à l’ambition affichée pendant deux jours.

En s’appuyant sur ses nouveaux produits d’épargne réglementée, Okira et Okira 24, la CDC vise environ 100 milliards de francs CFA de collecte sur dix ans. Derrière ce montant, c’est une nouvelle architecture du financement du développement que Libreville cherche à construire.

Le principe est simple, mais son exécution sera autrement plus exigeante. Il s’agit de récupérer une partie des ressources financières déjà disponibles chez les ménages, les entreprises, les investisseurs institutionnels et les Gabonais établis à l’étranger, puis de les orienter vers des investissements de long terme. Les deux produits doivent s’adresser respectivement aux résidents et à la diaspora et être distribués avec l’appui d’établissements financiers de la place. Le logement et d’autres projets structurants figurent parmi les premières destinations envisagées.

De l’épargne disponible au capital productif

Le mérite du FONED est d’avoir déplacé le débat. Le problème du Gabon n’est pas uniquement le manque de capitaux. Il réside aussi dans la difficulté à transformer une épargne existante en financement durable de l’économie réelle. Cette conversion suppose des produits adaptés, des rendements crédibles, une gestion rigoureuse des risques et surtout un cadre suffisamment transparent pour convaincre l’épargnant que son argent ne disparaîtra pas dans des circuits opaques.

Les participants au forum ont ainsi recommandé la création de fonds thématiques, de sociétés de projet et de mécanismes de financement mixte. L’objectif est de mutualiser les ressources, partager certains risques et rendre finançables des projets qui ne peuvent reposer uniquement sur le budget de l’État. Cette logique est essentielle pour une économie qui veut simultanément moderniser ses infrastructures, développer son industrie, financer le logement et renforcer le secteur productif.

La CDC se trouve donc face à une responsabilité nouvelle. Elle ne doit pas seulement collecter. Elle doit démontrer que l’épargne mobilisée revient dans l’économie sous forme d’investissements identifiables, contrôlables et capables de produire de la valeur.

La diaspora comme réservoir de capitaux

L’autre enseignement majeur du FONED concerne la diaspora. Le projet DIASDEV, financé par l’Agence française de développement et mis en œuvre par Expertise France, accompagne les CDC du Bénin, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, de la Mauritanie et de la Tunisie afin de développer des services d’épargne et d’investissement destinés à leurs ressortissants établis à l’étranger. Le dispositif prévoit notamment, pour le Gabon, des travaux de faisabilité autour d’un produit d’épargne dédié à la diaspora.

Cette dimension est stratégique. Les transferts de la diaspora constituent déjà une source importante de ressources pour de nombreux pays africains. L’ambition consiste désormais à aller au-delà de la consommation courante pour permettre à une partie de ces flux de devenir du capital de développement. Cela suppose une expérience financière moderne, entièrement numérisée lorsque cela est possible, une sécurité juridique réelle et une rémunération suffisamment attractive pour concurrencer d’autres placements.

La confiance devient alors le véritable nerf de la stratégie. Sans elle, ni Okira ni les futurs instruments d’épargne longue ne pourront atteindre leur potentiel. La transparence des projets financés, la gouvernance des véhicules d’investissement et la traçabilité de l’utilisation des fonds seront donc aussi importantes que le taux de rémunération.

Le test ne sera pas le montant annoncé

Le FONED a également posé les bases d’un écosystème plus large. Les recommandations portent sur le développement de produits d’épargne adaptés aux ménages et aux entreprises, le renforcement des investisseurs institutionnels et l’approfondissement des marchés financiers nationaux et sous-régionaux. Cette approche est cohérente avec l’objectif d’Expertise France de renforcer la mobilisation des ressources intérieures et le rôle des marchés de capitaux dans le financement du développement.

Mais l’objectif de 100 milliards de francs CFA ne constituera pas, à lui seul, un succès. Il faudra regarder ce que ces milliards auront effectivement financé. Des logements livrés, des PME renforcées, des infrastructures achevées, des entreprises créées et des emplois générés seraient des indicateurs autrement plus significatifs qu’une collecte record.

La deuxième édition du FONED devra précisément permettre de mesurer ce passage de l’intention aux résultats. Le Gabon entre ainsi dans une phase où la souveraineté financière ne pourra plus être seulement un concept politique. Elle devra se traduire par la capacité à mobiliser son épargne, à la sécuriser et à l’investir dans des projets qui augmentent réellement la richesse nationale.

Le pari des 100 milliards commence donc maintenant. La CDC devra convaincre les épargnants que leur argent peut devenir un instrument de transformation économique. Et l’État devra démontrer qu’il sait créer les conditions de confiance permettant au capital gabonais de financer durablement le Gabon.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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