Economie

Africa N°1 : le Gabon récupère enfin la voix mythique du continent

Libreville, Mercredi 13 Mai 2026 (Infos Gabon) – Pendant des décennies, Africa N°1 a incarné bien plus qu’une station de radio. Elle fut l’une des rares voix panafricaines capables de relier Libreville à Dakar, Abidjan à Kinshasa, Paris à Brazzaville, dans un espace médiatique africain longtemps dominé par les puissances étrangères.

Mardi, à Libreville, une page historique s’est tournée. Le Gabon et la Libye ont conclu un accord actant le transfert intégral du contrôle d’Africa N°1 à l’État gabonais. Une décision hautement symbolique qui marque la fin d’un long feuilleton diplomatique, financier et stratégique autour de l’avenir de ce média emblématique.

Selon des sources concordantes au ministère gabonais de la Communication et des Médias, les discussions engagées depuis plusieurs jours entre les délégations gabonaise et libyenne ont abouti à un consensus définitif. Selon laquelle, la radio panafricaine sera désormais entièrement administrée par le Gabon.

Derrière cette annonce se cache une évolution majeure dans le paysage médiatique africain. Pour Libreville, il ne s’agit pas uniquement de récupérer un outil de diffusion. Il est question surtout de reprendre le contrôle d’un symbole d’influence continentale longtemps fragilisé par les crises financières, les conflits de gouvernance et les bouleversements géopolitiques.

La fin d’une longue zone de turbulence

Créée en 1981 à l’initiative du président Omar Bongo Ondimba et du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Africa N°1 s’était progressivement imposée comme la première radio généraliste panafricaine francophone. Son rayonnement dépassait largement les frontières gabonaises. Mais au fil des années, les difficultés économiques, les tensions entre actionnaires et l’effondrement du partenariat libyo-gabonais après la chute du régime Kadhafi avaient plongé la station dans une instabilité chronique.

La question du contrôle du groupe était devenue un dossier sensible mêlant enjeux diplomatiques, actifs financiers et influence régionale. Les négociations ouvertes entre Libreville et Tripoli visaient précisément à solder cet héritage complexe. En obtenant aujourd’hui la pleine propriété de la radio, le Gabon met fin à plusieurs années d’incertitudes autour de l’avenir d’Africa N°1.

Un enjeu d’influence stratégique

Cette reprise intervient dans un contexte où les États africains cherchent de plus en plus à renforcer leur souveraineté informationnelle. Face à la domination des grands réseaux internationaux, plusieurs gouvernements africains tentent de reconstruire des outils médiatiques capables de porter des narratifs africains sur les grands enjeux politiques, économiques et culturels du continent.

Pour le pouvoir gabonais, le contrôle total d’Africa N°1 ouvre désormais la possibilité d’une relance éditoriale, technologique et diplomatique de la station. Libreville pourrait chercher à repositionner la radio comme plateforme panafricaine d’information, de débats et d’influence culturelle à l’échelle continentale.

Le défi reste toutefois immense. La renaissance d’Africa N°1 nécessitera des investissements lourds, une modernisation numérique ambitieuse et surtout une crédibilité éditoriale capable de reconquérir des audiences dispersées par la concurrence des médias internationaux et des plateformes numériques.

Le retour d’une ambition panafricaine

Au-delà de l’aspect médiatique, cette décision révèle également une volonté plus large du Gabon de réoccuper certains espaces d’influence régionale. Après les initiatives diplomatiques récentes menées en Afrique de l’Est, les ambitions économiques affichées à Nairobi et Kigali, ou encore la stratégie de souveraineté industrielle engagée dans les secteurs minier et énergétique, la récupération d’Africa N°1 s’inscrit dans une logique cohérente : restaurer la capacité d’influence du Gabon sur la scène africaine.

Car dans l’Afrique contemporaine, la bataille du pouvoir ne se joue plus seulement sur les ressources naturelles ou les infrastructures. Elle se joue aussi dans la maîtrise des récits, des images et de l’information. En reprenant le contrôle de la radio panafricaine qu’il avait contribué à faire naître il y a plus de quarante ans, le Gabon tente aujourd’hui de récupérer une partie de cette puissance symbolique. Reste désormais à transformer ce patrimoine historique en véritable média d’avenir.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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