Economie

Le Gabon lance sa bataille agricole

Libreville, Mercredi 13 Mai 2026 (Infos Gabon) – En 100 jours, Libreville accélère sa stratégie de souveraineté alimentaire.

Longtemps dépendant des importations pour nourrir sa population, le Gabon tente désormais d’opérer une rupture stratégique majeure. Celle de produire davantage sur son propre sol et transformer l’agriculture en pilier de souveraineté nationale.

Cent jours après sa prise de fonctions, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, a dévoilé un premier bilan qui traduit l’ampleur des ambitions portées par les autorités gabonaises. Derrière les chiffres et les annonces, se dessine surtout une nouvelle doctrine agricole : faire de la sécurité alimentaire un enjeu économique, politique et même géostratégique.

Présenté au vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, ce bilan des « 100 jours » s’articule autour de cinq priorités stratégiques censées refonder l’appareil agricole national. Un chantier colossal pour un pays qui importe encore une part considérable des produits consommés sur son territoire et dont le potentiel agricole reste largement sous-exploité malgré des terres abondantes et un climat favorable.

Le pari de la souveraineté alimentaire

Le premier axe dévoilé par le ministère donne immédiatement le ton. La souveraineté alimentaire est désormais placée au cœur des priorités gouvernementales. Dix projets structurants ont déjà été engagés, accompagnés par la signature de partenariats public-privé évalués à plus de 775 milliards de FCFA avec cinq opérateurs économiques.

Ce volume d’investissement marque un changement d’échelle rarement observé dans le secteur agricole gabonais. L’objectif affiché est clair. Il faut réduire progressivement la dépendance extérieure du pays et bâtir une capacité nationale de production capable de sécuriser l’approvisionnement alimentaire.

Parmi les projets les plus symboliques figure la sécurisation des Fermes agricoles nationales intégrées (FANI) de Bifoun, présentées comme l’un des futurs leviers de la production de masse. Trois autres FANI sont actuellement en cours de sécurisation, tandis que deux nouveaux projets sont déjà à l’étude auprès de l’ANUTTC.

“Produire ce que nous mangeons”

Le deuxième pilier du programme repose sur la modernisation des filières agricoles. Le gouvernement a validé une première version du Plan sectoriel agricole 2026-2030, baptisé avec une formule révélatrice : « Produire ce que nous mangeons ».

Derrière ce slogan se cache une volonté politique forte. Celle de rompre avec des décennies d’économie de rente dominée par le pétrole et replacer l’agriculture au centre du développement national. Ce plan stratégique doit désormais être soumis au Conseil interministériel avant son déploiement à grande échelle.

Le document prévoit notamment une réorganisation des filières, une meilleure structuration des productions locales et une montée en puissance des capacités de transformation agricole. Une approche qui rejoint les nouvelles orientations économiques défendues par Libreville autour de la transformation locale et de la création de valeur.

Coopératives, micro-fermes et inclusion rurale

Le troisième axe met l’accent sur les infrastructures agricoles et l’inclusion des acteurs locaux. En seulement cent jours, 247 coopératives ont bénéficié d’un accompagnement public, tandis que 150 micro-fermes avicoles ont été retenues dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt.

Ce volet traduit une volonté d’élargir la base productive du pays en soutenant les petites exploitations et les initiatives rurales. Le projet IBSA a également permis d’équiper 97 exploitations agricoles dans trois provinces stratégiques, notamment la Ngounié, le Haut-Ogooué et l’Estuaire.

Au-delà des chiffres, cette stratégie cherche aussi à répondre à une urgence sociale. Il faut créer des emplois ruraux, ralentir l’exode vers les grandes villes et redonner une attractivité économique aux activités agricoles.

Santé animale et formation : les faiblesses du système ciblées

Le gouvernement semble également vouloir corriger plusieurs failles structurelles longtemps négligées. Dans le domaine de la santé animale, un audit zoosanitaire est actuellement mené sur trente fermes avicoles afin d’améliorer les normes sanitaires et sécuriser les productions locales.

Trois vétérinaires ont été identifiés pour renforcer les capacités nationales dans ce domaine, signe que Libreville cherche à professionnaliser davantage les filières d’élevage.

L’autre priorité concerne la formation. Plus de 256 agriculteurs ont déjà été formés avec l’appui de l’Institut gabonais d’appui au développement (IGAD), tandis que plus de 200 agents publics ont suivi des sessions complémentaires. Douze textes réglementaires ont également été élaborés pour encadrer cette nouvelle dynamique agricole.

Une ambition immense face à des défis considérables

Malgré cette accélération visible, les défis restent gigantesques. Le Gabon demeure confronté à des problèmes récurrents d’accès au financement, de logistique, d’infrastructures rurales et de compétitivité des productions locales face aux produits importés.

La réussite de cette stratégie dépendra donc moins des annonces que de la capacité de l’administration à transformer rapidement les projets en résultats tangibles sur le terrain. Routes agricoles, stockage, accès à l’énergie, mécanisation et formation technique, autant de chantiers encore indispensables pour rendre durable cette ambition de souveraineté alimentaire.

Mais une chose semble désormais acquise. Le pouvoir gabonais veut faire de l’agriculture bien plus qu’un simple secteur économique. Dans un contexte mondial marqué par les crises alimentaires, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la hausse du coût des importations, Libreville considère désormais la production agricole comme une question de stabilité nationale et de puissance économique.

À travers ce programme des cent jours, le Gabon envoie donc un signal clair : l’ère de l’agriculture marginale semble progressivement céder la place à une nouvelle bataille stratégique, celle de l’autonomie alimentaire.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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